Foires aux vins : pas d'affaires miracles pour l'an 2000

Il sera bien difficile de faire de bonnes affaires lors des foires aux vins qui s'ouvrent le 15 septembre. Les producteurs ont trop augmenté leurs prix.

«Combien les 140 bouteilles ? Vas-y, achète. » Pour préparer les foires aux vins, les acheteurs vins ressemblent comme deux gouttes d'eau à ces traders des salles de marchés qui doivent dénicher les perles rares. Mais, cette année, devant les prix imposés par les producteurs et les intermédiaires, ils ont fait la grimace. Les 800 à 1 000 vins de 8 F à 25 000 F la bouteille proposés à partir du 15 septembre dans les foires aux vins ne seront pas des plus attractifs.

Pourquoi ? Du côté des grands crus, c'est pour l'essentiel le millésime 1997 qui est proposé. Or, par une sorte de « bordeaux paradox », frère jumeau négatif du « french paradox », ce millésime est cher et de qualité médiocre. Le 1998, qui est bien meilleur et 20 % moins cher, n'est pas encore en vente. « Ce 1997 est une véritable patate chaude, indique un acheteur. Nous allons devoir écraser nos marges pour être sûrs de nous en débarrasser ! »

« Nous n'appliquerons pas un centime de couverture de frais sur les grands crus », confirme Patrick Flahaut, acheteur pour Auchan. Sacrifier les marges, c'est aussi ce que prévoient Carrefour et la Scanormande. Cette dernière a décidé, selon notre confrère « la Revue du Vin de France », de déstocker immédiatement tout son 1997, alors que cette centrale conserve toujours des stocks.

Le 1996, très présent dans les prospectus, serait-il plus attractif ? Du point de vue de la qualité, il est équivalent ou meilleur que le 1995, de grande réputation. En outre, il est « sorti » en primeur à des tarifs plus raisonnables que le 1997. Hélas ! les prix ont dérapé au stade du négoce. Trop cher, il devrait, lui aussi, être boudé. Notons tout de même que Carrefour ou Leclerc achètent en primeur : ils pourraient ressortir quelques bouteilles à prix intéressant pour attirer le chaland et s'amuser à gêner la concurrence.

Les grands crus sont de retour

Déjà, Carrefour propose le château La Lagune à 144 F, le Lynch Bages à 288 F ou encore le Marquis de Termes à 129 F. Chez Auchan, dans le magasin de Fontenay-sous-Bois, le même Marquis de Termes vaut 129,55 F - quelle précision ! - avec une remise de 10 % pour les porteurs de la carte Accor. Ce ne sont pas des prix à tout casser, selon les courtiers contactés, mais ils ne sont pas hors de prix.

Par ailleurs, les très grands crus, absents de la plupart des enseignes l'an dernier (sauf chez Cora) sont de retour dans les foires. « J'avais référencé des seconds vins, persuadé que les premiers étaient trop chers. Finalement, j'ai perdu des ventes. Il y a des clients pour ces vins et pas pour les seconds ! », se borne à constater Patrick Flahaut.

Et les génériques ? À Bordeaux, les petits châteaux seront chers dans leur catégorie. Les côtes-du-rhône et les vins du languedoc ne bénéficient pas d'un millésime mémorable non plus. L'an dernier, ils s'étaient substitués avantageusement aux bordeaux. « Nous avons fait découvrir de nouveaux vins, montré qu'il y avait d'excellents madirans, par exemple, confie Patrick Flahaut. J'espère que les clients les auront appréciés et qu'ils reviendront en acheter cette année ! »

Philippe Houzé, président de Monoprix & Prisunic, se veut optimiste. Il pense que sa clientèle de centre-ville cherchera de bonnes bouteilles pour l'an 2000, même si elle doit délier un peu plus sa bourse « parce qu'elle aura un supplément d'envie d'acheter ». Il propose une gamme courte de 140 vins, généralement réservés aux cavistes, comme le gamay de Marionnet ou des alsaces de Sparr.

C'est aussi l'an 2000 qui a incité à introduire force champagnes dans les foires, contrairement à ce qui est pratiqué d'habitude. Casino en propose 22 dans sa liste. Patrick Flahaut y croit moins : « Les clients vont attendre les prospectus du mois de décembre. La preuve, les ventes de champagne sont en baisse dans les rayons. » Ce qui ne l'empêche pas d'annoncer du Moët et Chandon à 124,50 F (son seuil de revente à perte), du Mumm à 115,90 F, du Tsarine de Chanoine - dont le prix « conseillé » par la maison de champagne se situe à 109 F - étiqueté à 98,50 F.

Pour les foires, il s'agit d'un petit millésime. Elles laisseront quelque 500 millions de francs dans les caisses d'Auchan et autant dans celles de Carrefour et Leclerc. De quoi relativiser la morosité !
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Article extrait
du magazine N° 1643

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