[Food Tech] "Une nouvelle économie de la food est en train de naître", Kevin Camphuis, ShakeUpFactory

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Ex-directeur marketing puis responsable de l'Atelier Digital du Groupe Seb, Kevin Camphuis vient de cofonder ShakeUpFactory, un accélérateur de start-up de la food tech. Partenaire du salon Seeds & Chips 2016 de Milan et intervenant plébiscité lors des rencontres BPI Innovation des 25 et 26 mai 2016, il nous dit pourquoi il croit en l’essor de ces jeunes pousses françaises de l’alimentaire.

Kevin Camphuis

LSA : Vous parlez d’"Amazonisation de l’alimentation"*. Qu’entendez-vous exactement par-là ?
Kevin Camphuis :
Amazon vient d'annoncer coup sur coup livrer des plats de restaurants et lancer ses marques propres de produits alimentaires. A l'instar d'Uber, c'est l'exemple même d'un nouvel entrant qui vient s'imposer comme un leader global sur un secteur de l'agroalimentaire encore peu "disrupté", avec des solutions technologiques qui révolutionnent toute l'expérience utilisateur et court-circuite une chaîne de valeur qui n'a que peu évolué depuis des décennies.

LSA : Pourquoi soutenir les start-up françaises de la Food tech ?
K. C. :
En 2015, la food tech a généré 10 milliards de dollars d’investissements privés au niveau mondial, dont 5Md$ dans les produits et services, et 5 autres dans la livraison et le commerce. C’est l'équivalent de ce que les acteurs d'agroalimentaire ont investi en recherche. Une nouvelle économie de la food est donc en train de naître, soutenue par des acteurs privés internationaux. Aujourd’hui, un fondateur de start-up de la food tech sur deux est issu de l’univers industriel, comme le fondateur d’Hampton Creek, la mayonnaise vegan, qui a travaillé des années pour Unilever. En 24 mois, sa société a été valorisée à 1 milliard de dollars. La force de ces gens-là, c’est qu’ils maîtrisent des technologies que les industriels ne maîtrisent pas. Ils savent faire de l’intelligence artificielle, de l’IoT, du machine learning, des GPS… Uber, par exemple, fait aujourd’hui de la livraison grâce à sa maitrise exceptionnelle du GPS. Mais au-delà de cette maîtrise technologique, ils ont une agilité phénoménale. Il s’agit de petites équipes, pluridisciplinaires, à l’abri de toute gouvernance aux process de décision longs. Et la France, pays d'excellence agroalimentaire, ne représente que 1% des levées de fonds en 2015

Comment expliquez-vous ce phénomène ?
K. C. :
L’alimentation est un besoin quotidien, où il y a des attentes encore non résolues : saveur, équilibre, livraison… Toutes les start-up s’engouffrent dans cette voie et inventent des réponses inédites et attractives.

Pourquoi un tel retard en France ?
K. C. :
Le retard est d'abord et avant tout financier. Car il y a bien des pépites food tech en France. Ce qui manque, ce sont des fonds pour financer l’amorçage des start-up. L’Industrie agro-alimentaire a réussi à créer des fonds de recherche et des fonds de capital développement (Seventure, Capagro, Unigrains…). Mais entre les deux, il y a un vrai manque.

Quelle est la mission de ShakeUpFactory ?
K. C. :
Elle est double. La première concerne l’amorçage. Nous apportons du conseil et de l’expertise auprès des start-up. Ensuite, nous abordons avec elles la phase de financement et sommes en train de rassembler des fonds auprès d'investisseurs : nous invitons les grands groupes à s'y associer. Nous sommes en avance de phase sur ce qui se passe aujourd'hui outre-Atlantique, et dès aujourd’hui, de nombreux entrepreneurs de taille intermédiaire nous ont déjà confirmé leur intérêt car ils savent qu’ils sont les premiers à risquer de se faire "disrupter".
La deuxième mission vise à créer des collaborations entre l’ancienne économie qui est une vraie richesse française et la nouvelle économie qui est aussi une vraie opportunité. Les deux réunies peuvent permettre à la France de maintenir son avance. Au-delà de la gastronomie, la France a des utilisateurs passionnés, un savoir-faire technologique et une compréhension des enjeux que beaucoup de nations nous envient. C'est pour cela aussi que nombre de startups food tech de la Silicon Valley accueillent des Français.

N'y a-t-il pas cependant un risque de bulle ?
K. C. :
Sur l’e-commerce, on voit déjà les signes d’une première concentration, en effet. Rocket Internet a déjà revendu certains projets  et certaines structures ont mis la clé sous la porte aux Etats-Unis ces dernières semaines. Pour autant, cela est devenu un réflexe, même en France, de se faire livrer son sandwich au bureau. Et sur le reste de la chaine de valeur , nous n’en sommes qu’au début ! Cet effet de bulle est compensé par de nouveaux besoins : anti-gaspillage, veganisme, cuisine connectée… D’une manière ou d’une autre, l’Agro-alimentaire, comme bien d’autres industries, trouvera son salut dans sa capacité à collaborer et innover avec des start-up. Or, sur les 15 start-up de produits alimentaires innovants présentes à BPI Inno Generation le 25 mai dernier (voir vidéo "La France s'invite au menu de la food tech"), quasiment aucune n'a encore sa place chez un grand distributeur français... Mais en 6 mois, tout peut changer en France

*Article : "Après l'ubérisation de l'économie, préparez-vous à l'Amazonisation de l'alimentation", Kevin Camphuis, 21 mai 2016

#FOODTECH FORUM, le rendez-vous à ne pas manquer :
De la R&D à la livraison : comment "disrupter" les modèles traditionnels avec les start-up.
Les nouveaux défis de la révolution du numérique pour innover dans le food.
RDV le 5 juillet 2016

 

Meet-up des start-up françaises de la Food Tech, organisé le 25 mai 2016 lors des rencontres BPI Innovation.

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