Forme de gestion : les indépendants n'ont pas dit leur dernier mot

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· La concentration de la distribution n'épargne pas les supermarchés. · Mais elle ne remet pas en cause la suprématie des enseignes d'indépendants organisés. · Quelle que soit la forme de gestion, l'essentiel est en effet de trouver le bon dosage entre centralisation et décentralisation.

Les mutations de la distribution remettront-elles en cause la suprématie des enseignes d'indépendants sur les succursalistes dans le secteur des supermarchés ? Avec deux groupements et une franchise - Intermarché, Super U et Champion - dans le tiercé de tête des chaînes de supermarchés, le commerce indépendant organisé domine le circuit. Métier de proximité et influence de la « culture Leclerc » obligent, supermarché et indépendance ont longtemps fait la paire.

Le développement de leurs enseignes a en outre bénéficié de l'effet multiplicateur propre à la franchise et aux groupements : on croît plus vite quand on est plus nombreux à investir. Mais la concentration, l'internationalisation de la distribution et des achats, le gel des grandes surfaces ajoutés à la crise, modifient la donne.

Face aux difficultés rencontrées pour ouvrir de nouveaux magasins et aux modifications des habitudes de consommation, les enseignes doivent désormais rendre leurs magasins plus performants et miser sur la croissance externe. Dans ce dernier cas, les indépendants sont a priori moins bien armés que les groupes intégrés. Rares sont en effet les enseignes d'indépendants qui peuvent se permettre de grosses opérations de croissance externe.

Intermarché vient certes de prouver le contraire en prenant le contrôle de l'allemand Spar. Mais le leader français des supermarchés est aussi le plus intégré des groupements. Cela dit, la plupart des enseignes sont déjà adossées à un grand groupe de distribution. Les autres tentent de nouer des alliances génératrices d'économies d'échelle, tel Système U, qui n'atteint pas la taille critique sur le marché français et cherche à se rapprocher de Leclerc.

Par ailleurs, la compétition pour le recrutement ou le rachat de magasins à laquelle se livrent enseignes concurrentes est potentiellement déstabilisante pour les réseaux d'indépendants. Il leur faut d'abord fidéliser leurs adhérents ou franchisés. Pour ce faire, les moyens juridiques, tels que le droit de préemption, existent. Les clauses les plus contestables ont même été validées par les tribunaux : la cour d'appel de Versailles a récemment jugé légitimes la longue durée du contrat (vingt-cinq ans...) et l'indemnisation en cas de sortie anticipée du réseau instaurées par Leclerc (LSA n° 1540).

Toutes les formes d'exploitation ont leurs chances

Mais les indépendants ne peuvent se contenter de se protéger juridiquement. Pour exercer leur droit de préemption, voire pour mener des politiques offensives d'acquisition (dans le cas de transmissions par exemple), ils leur faut des capitaux : « Dans ce but, nous sommes en train de nous doter de moyens financiers provenant des sociétaires, du groupement, et d'investisseurs », explique Serge Papin, vice-président de Système U Ouest et responsable du comité d'enseigne du groupement.

Reste la croissance « interne ». Sur ce chapitre, les indépendants disposent d'un net avantage sur les succursalistes : ils sont leurs propres patrons, ce qui leur permet de prendre plus facilement des initiatives, notamment pour s'adapter au marché local. Ce qui n'exclut pas de développer des politiques communes : « Les groupes intégrés ont l'avantage de pouvoir prendre et faire appliquer très rapidement leurs décisions. Dans notre cas, nous devons obtenir un consensus préalable et une implication des adhérents. Mais, une fois l'accord réalisé, rien n'empêche d'aller vite. Par exemple, entre un tiers et la moitié des magasins U disposeront à la fin de l'année - c'est-à-dire en même temps, voire avant, nos concurrents - de la carte de fidélité du groupement. La décision a été prise il y a un an », souligne encore Serge Papin.

« Les franchisés ont un regard plus critique, moins contraints par la hiérarchie, tant sur les attentes de la clientèle que sur le fonctionnement interne de l'enseigne », estime pour sa part François Picq, responsable de la franchise Atac. L'enseigne du groupe Auchan, comme d'ailleurs Champion chez Promodès, croit à la nécessaire cohabitation entre franchises et succursales au sein d'un réseau : les premiers (majoritaires chez Champion, minoritaires chez Atac), jouant le rôle d'aiguillon tandis que les seconds font office de « référence ».

Une plus grande intégration des enseignes d'indépendants n'est ainsi pas forcément incompatible avec leur statut juridique. Il ne faut pas confondre succursalisme et intégration : quel que soit le mode de gestion de l'enseigne, l'essentiel est de trouver le bon dosage entre centralisation et décentralisation. Toutes les formes d'exploitation ont ainsi encore leurs chances sur le créneau du supermarché.
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Article extrait
du magazine N° 1542

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