Fortes tensions sur les prix de blé "de qualité" destiné à la panification

|

Les industriels de la panification et des viennoiseries font face à une hausse des coûts des matières premières que les cours du blé en bourse, plutôt stables, ne reflètent pas. Ce qui rendrait la lisibilité de la hausse moins facile et la négociation des prix à l’aval plus ardue…

Les cours du blé ne reflètent pas le prix réel payé par les industriels de la panification.
Les cours du blé ne reflètent pas le prix réel payé par les industriels de la panification.© lily - Fotolia

"Le marché du blé tendre est plus complexe cette année que celui du blé dur. La lisibilité des hausses auxquelles les industriels sont confrontés est beaucoup plus difficile car les prix sont élevés en raison des primes à la qualité qui se sont envolées et certains industriels sont contraints d’élargir leurs zones d’approvisionnement, faute de disponibilité du produit", expose Nelly Bonnet, responsable des matières premières et des échanges extérieurs à l’Alliance 7, qui regroupe notamment les entreprises de panification et de viennoiseries industrielles.

Comme les pâtes…

On le sait, le prix des pâtes alimentaires va augmenter sensiblement en raison de la hausse brutale du prix du blé dur. On sait moins qu’il devrait en être de même pour la farine, la baguette, le pain, les pains de mie et autres viennoiseries ou produits de boulangerie. En cause, des tendances inverses entre les cours du blé en bourse et ce qui se passe en réalité sur les marchés physiques auprès desquels s’approvisionnent les industriels de la meunerie, de la boulangerie ou de la panification.

Cours en baisse et… en hausse

"En raison de l’abondance de la récolte, les cours du blé meunier ont plutôt affiché des baisses, avant de se reprendre un peu avec l’embargo russe, ajoute Fabien Castanier, secrétaire général du syndicat de la panification. Et avec l’hétérogénéité de la qualité de la récolte, une grande partie de la récolte de blé meunier a été déclassée en blé fourrager pour l’alimentation animale et les primes à la qualité pour le blé qui sert à notre industrie se sont envolées".

Chute de la récolte de blé meunier

Les chiffres officiels de France Agrimer sont effectivement sans appel : la récolte de blé meunier a chuté de 32 à 21 millions de tonnes, tandis que celle de blé fourrager est passée de 4 à 16 millions de tonnes, en raison des transferts de l’un à l’autre. A cette disponibilité réduite s’ajoutent les barrières à l’exportation du blé russe prise par les autorités en raison de la chute du rouble, qui provoque une hausse des exportations de blé français. Résultat, les industriels auraient du mal à trouver la matière première dont ils ont besoin pour leurs fabrications ! Début décembre, les disponibilités étaient déjà en chute de 25 %. La situation s’est probablement encore tendue…

Acheteurs induits en erreur

Pis, les professionnels des achats sont induits en erreur par les cours du blé meunier sur Euronext, premier opérateur de contrats à terme en zone euro. En clair,  les cours du blé affichés sur les écrans de l’opérateur boursier ne tiennent absolument pas compte de la qualité du blé meunier, et donc des prix physiques réels. A tel point que la plateforme a promis de réformer ses indices à partir de septembre 2017.

Euronext revoit ses cotations

"Euronext confirme son engagement auprès de la filière en étoffant les spécificités de son contrat blé meunier, notre objectif est de donner davantage de lisibilité pour favoriser le négoce et les exportations en alignant nos standards sur des qualités de blés meuniers supérieures", précisait par voie de communiqué Olivier Raevel, directeur des matières première d’Euronext, en octobre dernier.  En clair, Euronext tiendra un peu plus compte de la réalité du marché physique et de l’hétérogénéité de l’offre.

4 millions de tonnes de farine

En attendant, il n’existe pas de mesure précise de l’envolée des prix du blé destiné à l’industrie, et donc du prix des 4 millions de tonnes de farine servant à la fabrication des baguettes pour les boulangeries, biscottes et autres biscuits ou gâteaux. Tout juste peut-on constater que les primes à la qualité sont… 8 fois supérieures en 2014 à celles de 2013 ! "Ajoutons à cela que les industriels sont contraints à des coûts de transport plus élevés lorsqu’ils doivent s’approvisionner dans des régions plus éloignées que leur zone habituelle de production locale", précise Fabien Castanier. Ou alors, ils doivent adapter les formulations pour assurer la même qualité de produits finis.

Mondelez, Jacquet-Brossard, Axiane…

Les ventes de produits de panification s’élèvent à environ 4 milliards d’euros en grande surface, potentiellement impactés par la hausse des cours en amont. Car les industriels sont contraints de prendre en compte les surcoûts liés à l’approvisionnement en blé dans les tarifs proposés aux enseignes ou à d’autres industriels. Pas facile à défendre, alors que les prix de l’alimentation baissent depuis trois ans. Et si, de plus, les cours des matières premières qui peuvent servir d’indicateurs dans les négociations commerciales ne reflètent pas la situation réelle, celle-ci pourrait devenir plus ardue. Parmi les grands intervenants du secteur figurent Mondelez, Jacquet-Brossard (Limagrain),  Harry’s, Pasquier pour les produits de panification ou de boulangerie industrielle, notamment. Pour la meunerie, on retrouve les grandes coopératives agroalimentaires telles qu’Axiane (Axereal) et Nutrixo (Vivescia), ou le groupe Soufflet.

 

 

 

Testez LeMoniteur.fr en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Toutes les actus de la consommation et de la distribution

je m’inscris à la newsletter