Foule d'investisseurs !

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Encadré par une future loi d'ici à la fin de l'année, le financement participatif associe créateurs et consommateurs. Chacun y trouve son intérêt et le virus commence à gagner la grande consommation.

Sauver le manoir natal d'Albert Londres, le pape du journalisme, dont l'adjudication doit être prononcée d'ici à fin novembre. Tel

Un cadre législatif qui évolue

Fleur Pellerin, ministre de l'Économie numérique, a proposé un cadre plus souple et protecteur via trois modifications juridiques : un statut à part entière de conseiller en investissement participatif, une simplification des démarches en cas d'appel public à l'épargne et une remise en cause du monopole des banques sur les prêts rémunérés. Les banques ne seraient plus les seules à pouvoir prêter de l'argent moyennant intérêts.

est le défi lancé par une association vichyssoise via le site ulule.com. Ulule ? Une plate-forme où les internautes peuvent verser la somme qu'ils veulent pour aider qui un court-métrage intitulé Les Amants effrontés, qui une bande dessinée L'Arbre ou encore un chanteur Théo Phan. Plus de 3 000 projets ont été financés depuis son lancement en 2010 avec le soutien d'internautes de 180 pays. Si Les Parapluies de Cherbourg ont de nouveau chanté sur nos écrans cet été, c'est grâce (en partie) aux 25 000 € versés par des inconditionnels de Jacques Demy sur le site Kisskissbankbank. Et aujourd'hui, c'est une statue célèbre qui date de 190 avant J.-C. à laquelle il manque un million d'euros pour faire peau neuve. La vénérable institution qu'est le Louvre a eu l'idée de faire appel à des donateurs privés pour permettre la rénovation de la Victoire de Samothrace.

Distribution incluse

Le crowdfunding, ou financement participatif, gagne aujourd'hui tous les pans de l'économie... jusqu'aux produits de grande consommation. Yannick Robert, passionnée de jeux de société depuis son enfance, a levé plus de 500 000 € pour créer son site MyWittyGames, qui accompagne les créateurs en herbe de futurs Monopoly à voir leur projet arriver à terme.

Depuis sa naissance il y a trois ans, il a aidé à la conception de huit jeux et les internautes ont déboursé la coquette somme de 145 000 €. « Un jeu coûte entre 15 000 et 30 000 €, explique cet entrepreneur. Nous recevons plus d'une centaine d'idées de jeux par an, nous les testons auprès des joueurs, organisons des soirées de célibataires qui les essaient. » La sélection s'avère rude. Pour le dernier jeu sorti fin septembre, dix-huit auteurs ont proposé un thème autour du jeu du hacking et un projet a été retenu, celui de Serge Holly, qui travaille de jour à la direction informatique de la RATP ! MyWittyGames ne s'apparente pas à un simple péage, les créateurs sont accompagnés jusqu'à la distribution de leur « bébé » en magasins. De fait, le Jeu du métro, sans aucune pub télé, double le best-seller le Dobble au Village Joué Club à Paris !

Pour Yannick Robert, pas de doute, « le crowdfunding résulte d'une alchimie, entre intérêt économique et intérêt de participer à une

Et quand la grande conso s'y met...

Le meilleur exemple n'est pas forcément le téléphone intelligent Ubuntu Edge commercialisé par Canonical, lequel n'a pas atteint son objectif... Mais les cas de réussite abondent, qu'il s'agisse de la bière écossaise Brewdog, qui exporte à présent plus de 120 000 bouteilles par mois dans le monde entier, ou du Jeu du métro, commercialisé par MyWittyGames, et vendu dans une centaine de points de vente spécialisés et dans deux cents Joué Club et magasins La Grande Récré.

entreprise positive. Les internautes s'approprient aussi le jeu, voient monter la jauge, essaient les prototypes... »

Colette et Jake

C'est aussi une manière de zapper les circuits traditionnels de distribution. « Des agriculteurs viennent financer leur matériel chez nous, raconte Vincent Ricordeau, fondateur du site Kisskissbankbank. Nous en sommes à l'étape où le produit sort avant d'être manufacturé. Nous sommes dans la cocréation, dans l'autofabrication et l'autodistribution. » Il arrive que certains produits finissent leur vie dans un circuit de distribution classique, tels les foulards Masomonos vendus chez Colette, rue du Faubourg-Saint-Honoré, à Paris.

Mais Colette n'est pas Auchan. Ce dernier, justement, s'est inspiré du financement par tous en important des États-Unis Quirky, un réseau social dédié à la cocréation et au partage d'idées des internautes pour créer les produits dont ils rêvent ou dont ils ont besoin tout simplement.

Le plus gros succès de Quirky jusqu'ici, une multiprise sur laquelle on peut brancher plusieurs gros adaptateurs. C'est Jake, un lycéen américain, qui en a eu l'idée. Avec l'aide de 709 contributeurs de la communauté, il a vendu 400 000 exemplaires et... empoché au passage 350 000 $.Le téléphone intelligent Ubuntu Edge, lui, ne verra pas le jour. Quelque 20 000 personnes ont participé à sa campagne de financement sur Indrigogo, mais cela n'a pas suffi. Débourser 600 $ des mois à l'avance n'était pas visiblement pas assez motivant.

Qu'est-ce que le crowdfunding ?

Il n'existe pas de traduction française, mais il s'agit du « financement collectif ». Historiquement le concept est né aux États-Unisà la fin des années 2000, où il représente aujourd'hui un marché de 1,6 milliard de dollars, selon Xerfi. En France, le crowdfunding ne pèse « que » 80 millions d'euros, mais est promis à un joli avenir avec un doublement du marché en un an.

Il est arrivé avec la création dans le monde de la musique avec MyMajorCompany créée en 2007, dont le premier artiste à atteindre sa « jauge » fut le célèbre Grégoire, avec 70 000 € collectés en moins de deux mois. Le succès n'est pas le même dans l'édition ou le cinéma.

Les acteurs

Aux États-Unis, la plate-forme communautaire la plus importante s'appelle Kickstarter. Modèle en la matière, elle a levé, à elle seule, 320 millions d'euros en 2012 ! Elle a même financé des jeux vidéo (178), dont le mode de production se prête pourtant peu à ce mode de financement. En France, les deux principaux sites de crowdfunding se nomment Kisskissbankbank et Ulule. Le premier a aidé à la création de 4 500 projets pour une somme de 8,2 millions d'euros. Ulule a permis à plus de 3 000 projets d'éclore dans 67 pays.

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Article extrait
du magazine N° 2292

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