Francis Cordelette, l'homme qui défie Darty

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DossierL'ancien patron d'Auchan n'a plus rien à prouver. Pourtant, il étonne encore avec la reprise de Saturn France et fait de Boulanger un solide challenger de Darty. Retour sur un parcours hors norme.

« J'aime bien rappeler que je suis fils de facteur. » À 63 ans, après une carrière exemplaire dans la distribution, Francis Cordelette n'en est pas à sa première interview. L'homme est connu pour son sens de la mesure, pèse ses mots et sait exactement ce qu'il veut communiquer. « Je ne suis pas né dans le monde des affaires, ni avec une cuillère en argent dans la bouche, et ça ne m'a pas empêché de réussir. » Et, objectivement, le fils du facteur de Saint-Quentin n'a pas démérité.

C'est dans la capitale de la Haute-Picardie que Francis Cordelette passe son enfance et son adolescence. Pendant que son père effectue ses tournées pour les PTT, sa mère reste à la maison pour s'occuper de lui, de ses deux frères et de sa soeur. Dans la famille, on n'a pas vraiment la fibre du commerce. « Quand on a un père facteur, il rêve que vous deveniez instituteur, raconte-t-il. Moi, j'avais envie de faire, de faire faire, de créer. »

De fait, il a très bien compris l'importance de l'éducation. Après avoir obtenu son bac, il décroche une bourse, travaille pendant les vacances, et part étudier l'agronomie à Dijon, de 1967 à 1971, dans ce qui est devenu Agrosup. Ensuite, ce sera l'Edhec, à Lille, jusqu'en 1972. Francis Cordelette n'alimentera pas la légende des autodidactes qui ont fait la grande distribution.

 

« Une puissance de travail phénoménale »

Son premier job, il le décroche dans l'administration, à la Datar. Il n'y mène qu'une seule mission sur le potentiel du saucisson sec et du jambon sec d'Auvergne. Pas vraiment le coup de foudre... Il y reste deux ans avant de partir chez Auchan, comme chef de rayon crémerie à Hénin-Beaumont, « le premier terril sur la gauche quand on vient de Paris », aime-t-il plaisanter.

Très vite, il se fait remarquer. « Il a une puissance de travail phénoménale, assure Benoît Vermersch, directeur du marketing de Boulanger à ses côtés de 2003 à 2007. Francis peut arriver au bureau vers 7 h 15 et en repartir à 20 heures. Sans oublier les nombreux déplacements sur le terrain, et là c'est du 6 h 30 à 22 heures. » Plus les samedis matin, et parfois les dimanches...

Après la crémerie, et le rayon textile de Maubeuge, il est nommé directeur adjoint pour l'ouverture d'Auchan à Strasbourg-Haute Pierre, en 1977. Fort de cette expérience, il est rappelé à Maubeuge pour prendre la direction du magasin. En 1980, Auchan lui confie son plus gros point de vente, à Englos. C'est là qu'il obtiendra l'estime de la famille Mulliez.

« Nous avons dû contrer l'ouverture d'un Euromarché, se souvient Francis Cordelette. Nos études de marché nous donnaient une baisse de chiffre d'affaires de 20%. » Mobilisation des équipes, sacrifice de marge... Le jour J, les ventes ne bougent pas. Au bout d eun mois, il peut même rétablir ses marges ! Une performance qui pousse Gérard Mulliez à l'inviter à l'Huîtrière, l'une des tables les plus chic de Lille. On est loin des fameuses invitations au Flunch, mais il en faudra plus pour écorner sa légende de Gripsou. « C'est moi qui ai fini par payer l'addition », se souvient Francis Cordelette.

Après un passage en direction régionale, il obtient la direction des hypers en 1992. Là encore, Francis Cordelette impressionne en menant à bien la fusion avec Docks de France (Mammouth, Atac). Entre 1996 et 1999, le parc passe de 52 à 110 magasins. Ses talents de manager vont faire mouche. Pour éviter tout conflit culturel, des directeurs de magasins Docks de France partent diriger des Auchan, et vice-versa, les budgets formation tournent à plein, les employés d'Auchan vont enseigner les bonnes pratiques aux nouveaux, etc. « Cela a été une fusion exemplaire en termes de développement du chiffre d'affaires, de rentabilité et de création d'emplois, assure-t-il. Mon management a reposé sur trois choses : la confiance, l'exigence et la chaleur humaine. » Très logiquement, il obtient dans la foulée la présidence d'Auchan France.

 

Le confetti Boulanger

Il cumule alors les sièges en conseil de surveillance dans la galaxie Mulliez, pour Immochan et Pimkie, entre autres, mais aussi à l'Edhec, son ancienne école. Activités chronophages, pas assez concrètes. En 2003, il demande à retourner sur le terrain.

La famille Mulliez hésite, mais finit par lui proposer Boulanger. Un confetti en comparaison du mastodonte Auchan ! Dans le rouge depuis des années, traumatisé par une migration SAP ratée... « J'ai dû mettre un quart d'heure avant d'accepter, s'amuse-t-il. L'intérêt d'une entreprise n'est pas dans sa taille, mais dans son projet. » Chez Boulanger, la surprise est totale. Mais il fera rapidement l'unanimité en redressant l'enseigne à force de rationalisation et de repositionnement. Sans même parler de la reprise de Saturn. « Je dois reconnaître que ma principale inquiétude aujourd'hui, c'est de savoir qui va remplacer Cordelette », explique Christian Bar, délégué Force ouvrière, acquis aux méthodes éprouvées du patron.

La retraite ? Pour le moment, cet hyperactif ne veut pas en entendre parler. « Est-ce ce qu'il a préparé sa suite ? C'est un vrai problème, analyse un ancien collaborateur. Il occupe tellement d'espace que les personnalités fortes, qui auraient l'envergure pour lui succéder, ont du mal à cohabiter avec. »

Francis Cordelette, lui, ne se fait pas de souci. Si après la fusion avec Saturn la famille Mulliez veut le remplacer, il lui restera toujours la sienne. Son fils, 28 ans, et sa fille, 30 ans, viennent de fonder leur entreprise, dans la photographie et le design. Ils accepteront bien un ou deux conseils de leur papa...

Mon management repose sur trois choses : la confiance, l'exigence et la chaleur humaine.

Francis Cordelette, président directeur général de HTM Group

Une année charnière pour Boulanger

- Avec la reprise des 34 magasins de Saturn, Boulanger va dépasser la barre symbolique des 2 milliards d'euros et passer de 6 à 8% de part de marché.

- En passant de 96 à 140 magasins dans les mois à venir, Boulanger confirme son statut de challenger de Darty (220 points de vente).

- Les résultats 2010 ne sont pas encore connus, mais ils s'inscrivent dans une dynamique de conquête de parts de marché après une excellente année 2009 (+ 14,3% de chiffre d'affaires pour HTM Boulanger).

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Article extrait
du magazine N° 2162

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