Frigo, micro, techno : la maison de demain

Une nouvelle génération d'équipements arrive. Ils seront bientôt tous en réseau et reliés à l'internet. Ils vont modifier la gestion du quotidien et abattre les cloisons entre produits bruns, gris et blancs.

Un ordinateur de poche posé sur le bord d'un bureau clignote discrètement. Sa propriétaire termine une réunion. Il est 18 heures ce jeudi de novembre 2002, le soleil fait rougeoyer la pièce vide plongée dans une semi-pénombre. Dans une demi-heure, il fera nuit. Elle reviendra à son bureau. Son premier réflexe sera d'interroger la messagerie électronique de son ordinateur de poche : pas d'e-mail urgent de l'étudiante qui garde les trois enfants à la maison. Elle cliquera quand même sur la fonction vidéocam pour vérifier que l'aîné travaille dans sa chambre sur son micro et que le petit dernier prend son bain sous la surveillance de l'étudiante. À ce moment, une violente rafale de vent fait siffler l'huisserie métallique de la fenêtre, laissant penser que la température a chuté. Notre cadrette vérifie alors le thermostat de la chaudière, la position de chauffe est supérieure à celle du matin. Son mari, frileux, a dû intervenir depuis le PC de son bureau. Avant de boucler le dernier dossier de la semaine, notre cadrette n'a plus qu'à interroger la fonction stock de son réfrigérateur interactif, sa dernière acquisition. Quel soulagement ! La commande transmise ce matin par e-mail sur le site commercial de son enseigne d'hyper préférée a bien été livrée. Dans l'arrivage, un rôti de veau élaboré avec de la viande en provenance d'un élevage bio de Bretagne, qui pèse 1,25 kg et dont la date de péremption lui permet d'être réservé pour le repas de samedi midi.

Reste la question du dîner de tout à l'heure. Heureusement, en femme organisée, elle s'est abonnée au service interactif de recettes animé par la marque de son réfrigérateur. Après avoir saisi le nombre de convives et le temps disponible pour la préparation du dîner, le service lui propose une série de recettes. Ce soir, ce sera gratin de courgettes et escalope de dinde à la crème. Pas besoin de préchauffer le four à distance. Notre cadrette aurait pu tout aussi bien piloter sa maison depuis son PC ou son portable, mais elle préfère la convivialité de l'écran tactile de son ordinateur de poche, qui lui offre un lien plus intime avec sa cellule familiale.

Des appareils conviviaux et des services en ligne

Le secret de la nouvelle domotique réside justement dans la convivialité et l'interactivité des systèmes qui vont être proposés. Les premiers concepts limités à la programmation du chauffage ou à la fermeture des volets roulants n'ont pas séduit le consommateur. Expert des grandes évolutions de la maison, Gérard Laizé, directeur de l'agence de valorisation de l'innovation dans l'ameublement (Via), estime que « la première génération de la domotique a effrayé tout le monde avec ses tableaux de commandes et ses mécanismes automatiques. Demain, la technologie sera partout dans la maison mais ne se verra pas », souligne-t-il. Loin de la vision sécuritaire de la domotique des années 80, la maison technologique des années 2000 communiquera avec le monde entier, via internet et grâce à des appareils domestiques électroniques connectés entre eux.

Dès 2001, des plates-formes de communication mettront les appareils en réseaux. On pourra alors piloter sa maison depuis son micro-ordinateur, son téléviseur ou son four. Pour s'y préparer, Thomson Multimédia lancera, au printemps prochain, toute une gamme de téléviseurs multimédias Tak. Le surcoût devrait être limité à 10 % par rapport à un téléviseur actuel. À partir de sa télé, l'utilisateur pourra lire ses e-mails, passer ses commandes sur internet. De quoi concurrencer les PC. TPS annonce même pour son bouquet de télévision par satellite, un nouveau décodeur intégrant un disque dur pour enregistrer les programmes télévisés.

Dès lors, comment faut-il envisager l'évolution des deux produits vedettes de l'électronique de loisirs que sont la télévision et l'ordinateur familial ? Pour Michel Ayel, directeur des nouvelles technologies chez Philips France, « le rêve d'une fusion des deux appareils relève plus du fantasme que du bon sens ».En réalité, lorsque la maison fonctionnera en réseau, le téléviseur interactif se trouvera en concurrence avec les réfrigérateurs, lave-linge et fours reliés eux aussi à internet et qui permettront de commander à distance l'enregistrement d'un film. Le groupe italien d'électroménager Merloni proposera, dès le printemps 2000 en Italie, et trois mois plus tard en France, une gamme d'appareils Digital sous sa marque Ariston. Ils communiqueront entre eux directement par le réseau électrique. L'ordinateur de poche Leon@rdo (Merloni) offrira cependant un meilleur confort de communication, notamment sur internet.

Au-delà du lancement de la deuxième génération d'appareils domestiques, les industriels préparent une autre révolution : celle des services. Ils ne se contenteront plus de vendre un produit. Alors que certaines marques, comme Whirlpool, étudient la possibilité à l'horizon 2015 de facturer les appareils à chaque utilisation comme un service en ligne. Merloni bâtit un service après-vente sur mesure. Reliés à un SAV européen, les lave-linge en panne transmettront directement des informations sur l'origine du problème (coupure locale de courant ou d'eau, programmateur arrêté ). Ces informations seront basculées sur des SAV locaux qui enverront, si besoin, des réparateurs à domicile. Tak, filiale commune de Thomson Multimédia et Microsoft, ne vendra pas seulement des téléviseurs, elle commercialisera une gamme de services payants : guides des programmes, résumé des films de la semaine, pub interactive.

Les fabricants doivent s'entendre sur une norme

L'émergence de la maison technologique et la profusion de services qu'elle engendrera ne doivent pas aboutir au chaos. La première étape passe par l'adoption d'un système de communication commun. Philips a réuni ses principaux concurrents - Sony compris, cela mérite d'être souligné - au sein du projet Havi. Une norme de connexion universelle, acceptée par les PC, les téléviseurs, les magnétoscopes ou les lecteurs de DVD. Basée sur un standard informatique, la norme Havi prévoit encore un câblage obligatoire. Mais nul doute qu'une alternative sans fil verra le jour sans tarder. Airport, la technologie utilisée sur le nouveau portable grand public d'Apple, pourrait faire l'affaire. Sans oublier le système d'ondes radio Bluetooth, de plus en plus répandu dans l'informatique et la téléphonie. La question suivante sera d'assurer une réelle compatibilité fonctionnelle de tous les appareils. Et pour leur faire parler le même langage, la condition est claire : ils doivent fonctionner sur un système d'exploitation commun. Beaucoup penseront immédiatement à Windows, la référence du monde PC, que Microsoft a déclinée dans une version allégée - Windows CE - théoriquement capable de gérer n'importe quel appareil. Mais que ceux que le monopole de Bill Gates effraie se rassurent : les alternatives existent. Java, le langage développé par Sun Microsystems, ou encore le système du joint-venture Symbian semblent techniquement crédibles. Reste à les imposer face à la puissance marketing de Microsoft.

Une fois la mise en réseau réalisée, la convergence devient possible. Il paraît envisageable, par exemple, qu'une grosse console unique gère les activités de loisirs de la maison. Et soit relayée par de petites unités mobiles à usage personnel, que les spécialistes appellent pour l'instant « appliances », faute de nom français.

Les distributeurs deviendront pédagogues

Les acteurs de l'électronique grand public ont réalisé un premier pas avec la télécommande universelle et intelligente. Celle-ci n'en est qu'à sa première génération, mais un mariage avec le téléphone mobile et le PC de poche paraît logique. D'autant que ces deux dernières familles de produits ont entamé un rapprochement à marche forcée, qu'illustre aujourd'hui un produit hybride comme le Nokia 9110.

Plus seulement téléphone ou téléviseur, lave-linge ou four, ces produits multimédias risquent de déconcerter le consommateur, d'autant que le rythme des lancements de produits s'accélère. Gaudérique Paris, consultant de Mathema Partners, met en garde « contre le risque de confusion, qui guette la maison technologique, à l'image de l'opacité des forfaits de téléphonie et des abonnements à l'internet ».

Le consommateur imagine aisément ce que vont devenir ses appareils domestiques et en parle sans angoisse. Mais il reste traditionaliste en termes d'intention d'achat. « Nos études prouvent que le consommateur ne recherche encore qu'un simple téléviseur. S'il permet de se connecter directement à Internet, c'est un plus », précise Gaudérique Paris. De même, en matière de présentation dans les magasins, les secteurs blanc, brun et gris doivent être préservés. « Certains distributeurs ont été tentés de créer un univers de produits technologiques, explique-t-il, mais, testé auprès des consommateurs, le concept a été rejeté. » Ceux-ci ont besoin de réassurance sur des produits qu'ils ne maîtrisent pas et sur lesquels ils n'osent pas poser trop de questions, par peur de paraître dépassés. Pour séduire les masses, la maison technologique devra donc faire preuve de pédagogie au travers d'une offre claire valorisée au sein d'espaces de démonstration en magasin. C'est à ce prix seulement que la domotique pourra enfin s'imposer.

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Article extrait
du magazine N° 1653

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