Galbani en mal d'image en Italie

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PRODUITS LAITIERS - Racheté par Lactalis en 2006, le numéro un du fromage en Italie voit son image sérieusement écornée après la révélation d'un nouveau scandale alimentaire.

« Galbani ? C'est fini, je n'en achète plus ! Mon père, lui, a déjà arrêté de prendre leurs fromages depuis cet été. » Comme Errica, cette mère de famille milanaise, de nombreux Italiens ont décidé de ne plus acheter les produits du numéro un transalpin du fromage depuis que celui-ci a été touché par un nouveau scandale alimentaire. L'affaire a été révélée par le quotidien « Repubblica » la semaine dernière. Des employés d'un dépôt du fromager à Pérouse, dans le centre du pays, ont porté plainte pour « avoir été contraints pendant des années, par les chefs du personnel, à vendre la marchandise avec une date de limite de consommation contrefaite ». « Lorsque la marchandise commandée arrivait périmée, ils nous disaient qu'il fallait la vendre par tous les moyens. Nous devions effacer la date de péremption et en mettre une nouvelle, raconte l'un d'entre eux au journal. Cela a duré de 2000 à 2005. »

Principe de précaution

L'entreprise, qui détient les mozzarelle Santa Lucia et les fromages Bel Paese, s'est fendue d'un communiqué précisant qu'il s'agissait « d'un épisode remontant à 2005 et circonscrit à la conduite d'un seul employé du dépôt de Pérouse », assurant que le problème avait été aussitôt résolu. Galbani a beau clamer investir « plus de 6,5 millions d'euros en qualité et sécurité » et répéter que « la qualité de ses produits et la santé de ses consommateurs restent ses objectifs prioritaires », cette affaire écorne sérieusement son image.

Le fromager a d'emblée accusé le coup, puisque la chaîne des supermarchés Coop du centre de l'Italie a retiré de ses gondoles les produits Galbani « à titre de précaution »... Pour les réinsérer le lendemain, en précisant « qu'aucun de ses magasins ne se fournissait auprès du dépôt incriminé ». Des associations de consommateurs ont annoncé leur intention de se porter partie civile. L'affaire a rebondi jusque dans la sphère politique, le ministère de la Santé dénonçant « des fraudes intolérables pénalisant l'image du pays ».

L'été dernier, déjà, cette marque centenaire rachetée par le français Lactalis en 2006 s'était trouvée impliquée avec d'autres sociétés italiennes et étrangères dans un vaste scandale de fromages avariés. L'enquête, toujours en cours, lancée il y a deux ans par les parquets de Crémone et de Plaisance, a dévoilé comment certaines entreprises, dont Galbani, avaient vendu leurs produits périmés à une société italienne, qui recyclait cette marchandise en la retravaillant avec des fromages frais, pour la revendre ainsi « rafraîchie » à ces mêmes multinationales.

Optimisme de rigueur

Galbani soutient ne pas avoir constaté de baisse significative dans ses ventes. « La force de notre marque nous a permis de dépasser cette crise, déclare un porte-parole du groupe. Les ventes ont ralenti, certes, mais comme chez nos concurrents, à cause de la chute générale de la consommation. » Une analyse partagée par Massimo Forino, directeur d'Assolatte (l'association italienne de l'industrie laitière et fromagère), qui confirme « une chute générale des ventes et un net déplacement des achats de produits laitiers, des grandes marques vers les marques de distributeurs. »

« Galbani, c'est un nom historique en Italie, l'une des rares marques de notre secteur alimentaire à avoir survécu, souligne Daniela Ostidich, de la société de consultants Marketing et Trade et auteur du livre " Consumare qualità " [consommer de la qualité]. Selon une enquête réalisée l'an dernier, la marque bénéficiait d'une très bonne perception qualitative. Or, de tels épisodes, même s'ils se réfèrent au passé, ont forcément un impact sur le consommateur. Lorsque la relation de confiance avec le client est rompue, il est très difficile de la retrouver. » « Si le doute persiste auprès du consommateur, cela aura indéniablement des conséquences », renchérit un distributeur.

En attendant, les petits fromagers traditionnels se frottent les mains, comme Pietro Paolo Martinelli, qui produit le pecorino di farindola, ancestral fromage de brebis des Abbruzzes : « Nous faisons un produit de niche à un prix élevé. Pourtant, nos ventes n'ont jamais été aussi bonnes. Je ne suis absolument pas touché par la crise. Au contraire, j'envisage d'augmenter ma production. »

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Article extrait
du magazine N° 2063

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