Gaspillage alimentaire, une loi est-elle utile ?

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Le rapport Garot propose un arsenal juridique pour lutter contre le gaspillage alimentaire. Ce discours détonne dans la distribution, qui n’a pas attendu pour s’organiser face à cette problématique. 

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zero gachis.psd© dr

Mardi 14 avril 2015, Guillaume Garot, député PS de la Mayenne, a remis au Premier ministre Manuel Valls, ainsi qu'aux ministres de l’Écologie et de l’Agriculture, Ségolène Royal et Stéphane Le Foll, son rapport intitulé "Lutte contre le gaspillage alimentaire : propositions pour une politique publique". Ce document propose une série de mesures législatives pour intervenir sur cette problématique, qui touche les ménages, la restauration, les industriels du secteur agroalimentaire et la distribution. Le parlementaire justifie cette approche législative, car « le gaspillage alimentaire choque les consciences, et révèle un gâchis économique et écologique. Aujourd’hui, l’expression “gaspillage alimentaire” est quasi absente des textes législatifs. Or, c’est le droit qui régit les rapports entre les personnes. Si la lutte contre le gaspillage alimentaire n’est mentionnée nulle part dans l’arsenal législatif, elle ne restera qu’une pétition de principes, une proclamation de bons sentiments. »

Perplexité des enseignes

Ce rapport laisse les distributeurs plus que perplexes... « Notre métier consiste à acheter à des fournisseurs pour revendre ensuite à des clients, résume Fabienne Prouvost, de la Fédération du commerce et de la distribution (FCD). Nous avons donc tout intérêt à limiter les invendus ! »

Même son de cloche chez Carrefour. « Le rapport Garot correspond à ce que nous mettons déjà en place chez Carrefour, précise Sandrine Mercier, directrice du développement durable du groupe. Nous avons même reçu un prix antigaspi, le 16 octobre dernier, par le ministre de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire pour récompenser nos actions de lutte contre le gaspillage ­alimentaire ! »

En fait, l’éventualité d’une loi pour « interdire de jeter » choque d’autant plus qu’elle stigmatise la distribution, alors que c’est le secteur le plus actif dans la lutte contre le gaspillage alimentaire. Les chiffres de l’Ademe et d’Eurostat pour la France la placent en bon élève, avec 6,6% des déchets produits (562 000 tonnes – 9,1 kg/hab./an), soit beaucoup moins que les ménages qui en génèrent 73,6% (6,323 millions de tonnes – 101,9 kg/hab./an), la restauration (1,08 million de tonnes – 7,4 kg/hab./an), ou l’industrie agro­alimentaire (626 000 tonnes – 10,1 kg/hab./an).

Sur le terrain, Thomas Pocher, propriétaire de trois magasins Leclerc dans le Nord-Pas-de-Calais, n’a pas attendu de loi pour chercher une seconde vie à ses invendus. « Dès 2008, nous avons identifié le gaspillage alimentaire comme un gisement à travailler, explique-t-il. Il s’agit de marges que l’on ne fait pas ! Nous arrivons à donner environ 50% de nos invendus. Certains produits sont retravaillés pour revenir en rayon sous forme de smoothies ou de soupes. » Très impliqué sur le sujet, l’entrepreneur s’est lancé en octobre 2014 dans un nouveau projet de « social business », baptisé Bon et Bien, pour soutenir l’emploi local, tout en luttant contre le gaspi. Son hyper de Templeuve (59), la société McCain, Randstad et les banques alimentaires sont impliqués dans ce projet de transformation de légumes écartés du triage auprès des cultivateurs régionaux pour créer des soupes revendues par le magasin. Pour Thomas Pocher, qui déplore que le gaspi se résume trop aux GSA, « ce rapport a au moins le mérite de maintenir à l’esprit cette problématique. »

Des start-up sur les rangs

Ce constat est partagé par deux jeunes sociétés françaises, Zérô- Gâchis et Phenix, qui accompagnent les distributeurs dans la gestion de leurs invendus. Leurs objectifs consistent aussi bien à travailler en amont, pour limiter la casse, qu’à trouver des solutions, notamment via des associations. « Nous nous sommes aperçu que les magasins ne traitaient pas forcément le gaspillage alimentaire de façon efficace, alors qu’ils pensent bien faire, raconte Christophe Menez, cofondateur de Zérô-Gâchis. En créant des zones dédiées en magasins, où l’on donne envie de cuisiner plus que de consommer, les produits s’écoulent plus facilement, et nos résultats montrent que le panier moyen de ces acheteurs est plus élevé que la moyenne. » Preuve que, malgré les efforts produits, les distributeurs ont encore à en faire et des conseils à recevoir.  

Ce qu’ils en pensent…

 

Nous comprenons mal pourquoi la distribution est montrée du doigt, alors que c’est le meilleur élève en la matière, et surtout, pourquoi vouloir une loi qui pourrait créer des barrières, alors que le système fonctionne de lui-même.

Fabienne Prouvost, FCD

 

Attention à ne pas résumer le gaspillage alimentaire à la distribution ! Mais ce rapport reste positif, car il permet de débattre de cette problématique.

Thomas Pocher, Leclerc Wattrelos

 

Les points avancés par le rapport Garot correspondent à des actions déjà mises en place dans nos magasins. Mais rappelons que le modèle de la distribution repose avant tout sur la vente de ses produits.

Sandrine Mercier, Carrefour

 

La sanction contre les distributeurs ne changera rien, la casse fait partie du métier. Cela peut inciter ceux qui pensent bien faire à s’améliorer. Il est possible de regagner 1 à 2 points de marge.

Christophe Menez, Zérô-Gâchis

 

Il existe divers niveaux de maturité des distributeurs sur la gestion des invendus, mais il reste très rare que rien ne soit mis en place, et tous ont noué des partenariats avec des associations locales.

Jean Moreau, Phenix

 

Aujourd’hui, si les enseignes de la grande distribution mettent à disposition leurs invendus, les associations alimentaires n’ont pas les moyens logistiques et financiers pour gérer les produits.

Nicolas Chabanne, collectif des Gueules cassées

 

le rapport garot

  • Interdiction de jeter les invendus.
  • Création des rayons dédiés « anti-gaspi ».
  • Proposer les invendusà des associations.
  • Interdiction de javelliser.
  • Rajout d’encadré anti-gaspisur les supports publicitaires.

les bienfaits

  • Sensibilisersur le sujet.
  • Pousser à plus d’excellence.
  • Inciterles distributeurs qui ne font rien.

Les limites

  • Stigmatisation de la distribution.
  • Encadrement trop rigide.
  • Ne résout pasle problème d’équipementdes associations.

Deux bonnes initiatives

Zéro-Gâchis et la création de zones dédiées

La start-up Zéro-Gâchis accompagne les distributeurs pour limiter le gâchis alimentaire autour de deux services. Cela commence par l’identificationdes produits en DLC courte, avec leur signalement informatique pour ajuster en amont les stocks, et un étiquetage spécifique pour signaler la baisse du prix. Parallèlement, Zéro-Gâchis valorise ces produits dans des espaces dédiés, avec une communication adaptée. Cette méthode permetde revaloriser la casse à 80% en GMS (contre 20 à 30% en moyenne dansles centres), et un gain de margede 1 à 2 points sur le rayon frais.

Phenix et le coaching anti-gaspi

Pour réduire le gaspillage alimentaire en amont, Phenix travaille avec les distributeurs, en impliquant le personnel pour limiter les invendus. Et quand la casse ne peut être évitée, Phenix se charge de trouver des débouchés pourun réemploi en magasin, auprès des associations locales, ou pour la méthanisation des déchets. Par exemple, sur un magasin, la société a réussi à donner 29 300 €de produits par mois, au lieu de 4 500?€ sans Phenix,et à diminuer par trois le nombre de bacs à ordures.

  • 5% du gaspillage alimentaire est causé par la grande distribution
  • 42% par les ménages
  • 39% par l’industrieagroalimentaire
  • 14% par la restauration

Source : Commission européenne

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Article extrait
du magazine N° 2363

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