Georges Plassat fait son show lors des résultats semestriels de Carrefour

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Un avant-goût de vacances, une volonté de rassurer sur son état de forme après un incident de santé qui l’a écarté des manettes du groupe en début d’année ? Toujours est-il que Georges Plassat, le PDG de Carrefour a gratifié la communauté financière et les quelques journalistes présents à Paris vendredi 31 juillet 2015, d’un show dont il a le secret lors de la présentation des résultats semestriels du groupe. Reléguant au second rang des résultats plutôt bons et sans surprises. Morceaux choisis. 

Georges Plassat Carrefour AG 11 juin 2015
Georges Plassat Carrefour AG 11 juin 2015© Ch. Lebedinsky/Carrefour

Un petit air de vacances. Les résultats du premier semestre 2015 du groupe Carrefour, présentés ce vendredi 31 juillet, au pavillon Gabriel, à Paris, ont pris une tournure franchement drolatique, contrastant avec la présentation très sérieuse faite la veille, au même endroit, par le rival français, Casino. La faute ou plutôt le mérite à un Georges Plassat, patron du groupe Carrefour, au sommet de son art : bronzé, affuté, en forme, incisif, distillant ici les bons mots et les félicitations à ses équipes, là des franches bourrades à Pierre Jean Sivignon, directeur financier, dont l’épaule gauche a du chauffer.

Le sentiment du travail accompli

Et le voilà félicitant le patron du Brésil, un profil de financier à l’origine, d’avoir su délaisser un peu la comptabilité pour aller "flatter la tomate" et arpenter le pays. Le voici aussi prédisant, goguenard, une carrière toute tracée de Ministre de l’agriculture à Jérôme Bédier, son autre directeur général délégué, après lui avoir laissé quelques minutes exposer les actions et la vision de Carrefour sur des crises agricoles "préoccupantes" et qui, selon lui, pourraient gagner d’autres pays qui, comme en France, n’ont pas soldé "l’ire agricole". Le voilà, enfin, réagissant aux difficultés de L’Oréal au Brésil, quand son groupe semble y faire fi de la crise, avec une analyse frappée du coin du bon sens consistant à dire que "les Brésiliens ont sans doute d’autres priorités en ce moment que de se tartiner de crème…". Eclats de rire garantis dans la salle !

Comme toujours, le patron de Carrefour n’a en tout cas pas manqué de féliciter les équipes, ouvrant même sa partie de commentaires, une fois la litanie des chiffres achevées, sur ce thème. "Nos vacances seront sereines – je ne dis pas lascive – on part avec le sentiment du devoir accompli, le résultat d’un travail d’équipe". Serein Georges Plassat semblait l’être, égrenant, l’air de ne pas y toucher, les différents points de friction du moment.

La chine… bientôt le rebond

Les technologies en évolution très rapide, le big data, le e-commerce (secteur sur lequel il promet de prochaines annonces) ? Même pas peur : "Elles obéiront à un moment où un autre au principe de la décantation et au retour aux réalités économiques de la rentabilité notamment", avertit le dirigeant. "C’est surtout l’amélioration et la qualité de notre offre et notre capacité à créer l’évènement qui sera essentielle demain, plus que l’utilisation des multiples données clients".

Le périmètre du groupe ? Il ne devrait pas bouger à l’entendre. "Il y a peu de pays où on pourrait regretter de ne pas y être ou y avoir été", commente Georges Plassat. Et visiblement peu de pays où il regrette que Carrefour soit encore ! La Chine, dont les résultats, chiffre d’affaires comme rentabilité, dégringolent ? "Elle a touché les difficultés maximales mais ça nous donne l’occasion d’y réorganiser l’activité  ce que nous n’avions pas fait jusque-là, notamment en intégrant notre logistique. La Chine restera un bassin de croissance, c’est évident. Nous y sommes une marque pionnière, arrivée en 1995, respectée où la qualité d’exploitation est exceptionnelle. On en reparlera dans 5 ans, un peu comme l’Europe dont tout le monde disait il y a quatre cinq ans qu’elle ne valait pas un clou", souligne… l’oracle.

En Europe justement. L’Espagne se redresse après des efforts et « un courage » exceptionnels. La Belgique va bien et devrait profiter du flottement que va entrainer la fusion entre Delhaize et Ahold pour continuer à croître. L’Italie aussi est de nouveau sur de bons rails "dans un pays où Carrefour n’avait jamais fait des étincelles et où la concentration n’a pas débuté" (les amateurs apprécieront…). Le patron soulignant les très belles performances des supermarchés urbains dans ce pays.  

 

Dia pour renforcer… Contact

Autre question du moment, Dia ? "Ce sera une bonne affaire pour le groupe qui va nous permettre de faire émerger une nouvelle enseigne, Contact, de taille intermédiaire avec un assortiment étoffé et une bonne capacité de croissance", confirmant au passage que le parc de Dia ne sera transformé qu’en Carrefour City, Contact ou Express et "pas autre chose"…  Quant au mouvement de déflation, Georges Plassat pense qu’il va s’essouffler. "La déflation est une maladie grave, ni souhaitable, ni praticable, je ne pense pas qu’elle se poursuive". Même si, précisera-t-il un peu après, "Carrefour compte s’appuyer sur une politique soutenue et déterminée de prix bas et de promos, notamment en France". 

Sinon, à part ça, les résultats du premier semestre sont conformes aux attentes : le chiffre d’affaires hors taxes de 37,7 Md€ est en hausse de +5,2% (+2,9% en organique) - "La plus forte croissance du groupe depuis 2008", insiste Pierre-Jean Sivignon, le directeur financier - le résultat opérationnel courant augmente de +2,6% à changes constants à 726 M€, le résultat net ajusté, part du Groupe hausse de +17,5% à 233 M€.

 « Nos marges en France sont bonnes » 

Certes, la marge opérationnelle (ROC) de la France est en baisse assez sensible à 1,8% du chiffre d’affaires (321 ME) contre 2,4% l’an dernier, sous le triple effet de la taxe sur les surfaces commerciales (Tascom), de l’intégration de DIA et du transfert des loyers de galeries commerciales à Carmila mais ça n’a pas l’air d’inquiéter le boss. "Les marges en France sont bonnes. Nous ne sommes plus à l’époque où on privilégiait ce critère, aujourd’hui ce qui compte c’est la croissance des ventes et les prises de part de marché. D’ailleurs, ce critère de taux de marge opérationnel est illisible, personne ne le calcule de la même façon, il vaudrait mieux raisonner en masse de marge et en marge semi-nette", avance le PDG, avec un air d’initié que, pour une fois, peu de gens dans la salle semble partager. Comme quoi il sait aussi être sérieux.

Bonnes vacances Mr Plassat !


Répartion des chiffres d'affaires et du résulat opérationnel par pays, source Carrefour 31 juillet 2015

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