Gérard Mulliez, Auchan, Président du conseil de surveillance : "L'organisation de l'hyper doit rester à l'échelle humaine"

Demeurer au contact du consommateur, garder assez de souplesse pour s'adapter aux évolutions du terrain. Pour Gérard Mulliez, le fondateur d'Auchan, l'entreprise de distribution ne doit pas hésiter à simplifier ses structures pour relancer une dynamique fondée sur les hommes.

"Quand un patron ne peut pas visiter tous ses magasins au moins une fois dans l'année, c'est que la structure est trop grosse. Dans ce cas-là, il faut couper et démultiplier."

LSA : Avec le recul, sur quel élément clé repose, pour vous, le succès de l'hypermarché ?
Gérard Mulliez : La seule valeur d'une entreprise de distri- bution, c'est la valeur et la motivation de chaque personne qui la compose. Ce qui a fait la prospérité d'Auchan, c'est d'avoir su motiver les femmes et les hommes par le partage du savoir, du pouvoir et de l'avoir. La formation joue un rôle clé : elle permet la responsabilisation de chaque collaborateur. Vient ensuite le partage des résultats : en 1968, Auchan a été parmi les toutes premières entreprises à mettre en place la participation légale ; en 1972, la prime de progrès ; et 1977, l'actionnariat salarié. La formation métier-produit ou la formation à l'économie d'entreprise permettent à chacun de grandir dans sa fonction et d'être entreprenant et responsable là où il est.

LSA : Une forme d'autogestion, en quelque sorte
Gérard Mulliez : D'autogestion et de décentralisation. à la création d'Auchan, la base de l'organisation était calquée sur celle de l'industrie : chaque rayon avait son propre compte d'exploitation. À mes chefs de rayons, je donnais cette consigne : organisez-vous comme un vrai commerçant indépendant. Avec ses risques et ses avantages. Chacun d'entre eux se trouvait en contact direct avec ses fournisseurs et ses clients, avec un compte d'exploitation qui lui permettait de mesurer ses performances au quotidien et de se comparer avec ses collègues des autres magasins.

LSA : Cet état d'esprit est-il toujours d'actualité aujourd'hui ?
Gérard Mulliez : Les cycles de centralisation et décentralisation sont inhérents aux différentes étapes de l'évolution de l'entreprise. L'objectif de la réorganisation que nous avons entamée depuis plusieurs mois est d'une simplicité enfantine : permettre à l'organisation de l'hypermarché de rester à l'échelle humaine. Quand un patron ne peut pas visiter tous ses magasins au moins une fois dans l'année, rester en contact permanent avec le consommateur et les équipes, c'est que la structure est trop grosse. Dans ce cas-là, il faut couper et démultiplier : faute de quoi, on ne peut plus s'adapter aux réalités du terrain. Dans les organisations mastodontes, les gens n'entreprennent pas, ils appliquent des règles. Et la multiplication des règles accélère la démotivation.

LSA : Des structures hiérarchiques plus courtes risquent de bloquer l'ascenseur social
Gérard Mulliez : La distribution garde cet avantage : on peut y entrer comme manutentionnaire et devenir, un jour, directeur de magasin, pour peu qu'on fasse preuve de rigueur, de courage et des capacités émotionnelles qui vous permettent de comprendre les clients. Mais la distribution est freinée aujourd'hui par le cadre législatif français : en limitant le développement des entreprises, celui-ci freine l'ascenseur social. Résultat, les opportunités de carrière sont beaucoup plus grandes à l'étranger qu'en France. Mais, là aussi, pour que le système fonctionne, il faut que le développement de l'actionnariat salarié soit possible. Or, il ne l'est que s'il y a de la rentabilité. Autrement dit, Auchan doit être rentable sur toutes ses implantations. Notre croissance internationale joue par conséquent la prudence et poursuit des objectifs raisonnables, plus qualitatifs que quantitatifs.

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Article extrait
du magazine N° 1816

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