Gestion de crise

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"Les impératifs de confidentialité ne sauraient dispenser du devoir d'explication. "

Les faits sont cruels. Plus habile à communiquer sur le geste santé d'Actimel que sur la légitime réflexion du groupe quant à l'amélioration de sa compétitivité, Danone se voit contraint d'agir sous la pression. Les réunions, ces jours-ci, du comité de groupe européen et du comité central d'entreprise n'y suffiront pas. L'information, révélée par « le Monde », selon laquelle le n° 1 mondial des biscuits sucrés s'apprêterait à supprimer 3 000 emplois en Europe dont 1 700 en France, n'a été que partiellement démentie. Sans confirmer les chiffres, puisés dans une simple note intermédiaire de travail, Danone a attesté l'existence d'un plan de rationalisation des sites de production, conséquence des acquisitions effectuées depuis une dizaine d'années (lire pages 22 à 24).

Tout groupe industriel est fondé à poser, dans la confidence, les éléments d'une saine réflexion sur les meilleures voies à emprunter pour consolider ses positions commerciales. De même est-il naturel qu'il s'assure des conditions d'une croissance profitable autant que durable, sans décalage préjudiciable au bénéfice de ses principaux concurrents. Mais quelque légitimes que soient les impératifs de confidentialité, ils ne sauraient dispenser du devoir de sensibilisation, voire d'explication. Pour ne pas avoir pris suffisamment conscience de ce devoir - dont les entreprises françaises cherchent le plus souvent à s'exonérer -, le management de Danone se trouve aujourd'hui confronté à de singulières turbulences. L'absence de toute communication préalable rime désormais avec communication de crise. Les faits sont cruels, quand bien même ils se révèlent injustes à bien des égards. Les syndicats sont dans leur rôle quand ils expriment le désarroi de salariés inquiets pour leur avenir professionnel. Et les élus locaux sont éminemment prévisibles dans la défense de l'emploi sur leurs communes. Les premiers n'ignoraient pourtant rien de la nécessaire réorganisation d'un pôle biscuits alourdi, au fil des acquisitions, de trop nombreux sites industriels. Et, au final, surdimensionné. Et les seconds ont trop à l'esprit le calendrier électoral - les municipales sont dans deux mois - et le souci de leurs rentrées fiscales, pour ne pas exprimer leur « indignation ».

À l'instar des gouvernements, les entreprises se trouvent elles aussi confrontées aux « mouvements citoyens » ou aux « courants d'opinion », dont les premiers représentants ne sont autres que leurs salariés, souvent doublés d'actionnaires. Vouloir les ignorer, c'est prendre deux risques majeurs. Celui de se heurter à de puissantes revendications, appuyées par un fort mouvement de sympathie dans l'opinion. Danone en fait aujourd'hui les frais avec de multiples grèves ou arrêts de production. Mais aussi celui de provoquer l'intervention des pouvoirs publics. Y aura-t-il un « amendement Danone », comme il y a eu un « amendement Michelin » actuellement revisité au Parlement après avoir été contesté par le Conseil constitutionnel ? Nous n'en sommes pas là. L'actuel projet de loi de modernisation sociale pourrait toutefois y trouver matière à durcissement. Il n'est pas sûr que les entreprises aient à y gagner.
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Article extrait
du magazine N° 1706

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