Grasse mise sur Leclerc

La ville des parfums veut se doter d'un nouveau centre-ville. · En implantant un hypermarché et une GSS dans une ancienne friche industrielle.

Redonner vie au coeur de la cité et combattre la grande distribution périphérique par des grandes surfaces de centre-ville. Tel est le projet de Jean-Pierre Leleux, maire de Grasse, qui veut du même coup réhabiliter une zone de 2 hectares de friche industrielle, à la lisière sud de la vieille ville. « L'opération s'inscrit dans une réflexion globale de création d'un grand centre-ville. Elle permettra de sauver notre centre historique médiéval, partie fondamentale de l'âme de la cité», explique le premier magistrat. Une nouvelle Zac, Porte neuve, sera ainsi créée. Les deux tiers du terrain appartiennent à Progeréal, promoteur installé à Marseille, et le reste à la Société grassoise d'HLM.

L'objectif de la municipalité est de stopper l'évasion de la clientèle grassoise vers les centres commerciaux de Nice, Cannes, Antibes (Carrefour) et Mandelieu (Géant), à une trentaine de kilomètres. L'hémorragie du coeur historique a débuté dans les années 60 : aujourd'hui, une soixantaine de magasins sur 260 auraient fermé, selon une étude du cabinet Menighetti réalisée en 1996. Le reste de la ville compte 350 magasins.

Un hyper de 5 200 m2

« Le futur complexe urbain sera le chaînon manquant entre la ville basse avec son Palais de justice en construction et la ville haute et son centre historique », explique François Guy, l'architecte du projet. Avec le bureau Atelier 9 à Marseille, il a préparé ce que pourrait être la Zac Porte neuve. Le projet de 42 500 m2 de Shon accueillerait un Leclerc de 5 200 m2, une moyenne surface spécialisée de 5 000 à 5 800 m2, un équipement culturel de 600 m2, des bureaux (2 000 m2), une résidence parahôtelière (2 000 m2), des boutiques (5 900 m2), 150 logements et 800 places de stationnement en sous-sol. L'ensemble devrait être livré en 2000-2001. Estimation de l'investissement global nécessaire : 450 millions de francs.

Pour atteindre son objectif, Grasse doit résoudre un problème épineux : la circulation. Comment gérer l'afflux de voitures qu'engendrera le complexe commercial ? Comment éviter l'engorgement et attirer les automobilistes venant de l'extérieur ? Là encore, les solutions mises en oeuvre sont d'envergure : création d'un nouveau tunnel (le tunnel du Magnolia) intégré dans le boulevard du sud de Grasse, élargissement de voies, création d'un nouveau mode de transport urbain. En effet, la forte déclivité de la ville rend difficile une desserte par bus entre le haut de la commune où se trouve le centre historique, et le bas, site de la future Zac. Un funiculaire pourrait permettre cette liaison. La municipalité travaille sur la réouverture de sa gare, qui serait desservie par le funiculaire. La réhabilitation de la ligne coûterait 200 millions de francs et serait intégrée au XIIe plan.

Des commerçants inquiets

Beaucoup de commerçants grassois sont inquiets devant le projet de création de la Zac et l'arrivée de l'hypermarché Leclerc. « C'est faire entrer le loup dans la bergerie », craint l'un d'entre eux. Un sentiment partagé par André Pais-Becker, directeur du Monoprix, la locomotive actuelle du centre-ville avec ses 2 804 m2, ses 90 salariés, ses 25 caisses et son parking de 548 places.

« Monoprix ne doit pas nous considérer comme un concurrent, mais comme un complément », rétorque Anny Courtade, PDG du Leclerc de Cannet Rocheville et chef de file de l'enseigne dans le sud-est de la France. Complémentaire par un Espace culturel attractif, un rayon livre-disque-vidéo-micro-informatique d'environ 1 000 m2. « Des espaces tels que celui-là vont enrayer l'évasion de la clientèle vers les autres villes et leurs grandes surfaces. Le taux d'évasion de Grasse est d'environ 30%, ce qui est énorme. »

Mais le dossier Porte neuve n'en est encore qu'à sa phase administrative. L'étude d'impact est en cours et la création de la Zac est prévue au mois de juin. Les permis de construire et la demande en CDEC seront ensuite déposés. La municipalité examine également la possibilité de bénéficier des dispositions légales en faveur des centres-villes. Un statut qui facilitera le passage en CDEC et CNEC. « Son intérêt est d'être liée à la réhabilitation des centres urbains et de permettre une interaction entre le centre historique et le centre-ville », explique Jean-Pierre Leleux. Le parcours sera long avant l'ouverture de l'hypermarché Leclerc et des autres surfaces commerciales au début du troisième millénaire.

Testez LeMoniteur.fr en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Toutes les actus de la consommation et de la distribution

je m’inscris à la newsletter

Article extrait
du magazine N° 1539

Couverture magasine

Tous les jeudis, l'information de référence de la grande consommation Contactez la rédaction Abonnez-vous

Appels d’offres

Accéder à tous les appels d’offres