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Groupe André : Quelle stratégie pour la nouvelle équipe ?

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Exit Jean-Claude Sarazin et Jean-Louis Descours. Place à Georges Plassat et à Nathaniel Rothschild. Le fonds d'investissement britannique, NR Atticus, vient de placer ses hommes pour diriger le groupe français de distribution d'habillement et de chaussures. Reste à définir une nouvelle stratégie, en particulier pour les enseignes de centre-ville, peu rentables.

NR Atticus a réussi son putsch à la tête du Groupe André. Sans lancer d'OPA, le fonds d'investissement britannique, fort de ses 32,9 % de droits de vote, a imposé un nouveau président du directoire, Georges Plassat, grâce à un conseil de surveillance renouvelé dont il a maîtrisé la composition lors de l'assemblée générale du 5 avril. S'ouvre maintenant une nouvelle ère : celle de l'après Jean-Louis Descours, celle d'une jeune génération d'actionnaires qui voit en l'ancien président de Casino l'homme capable de redresser Groupe André, d'en faire un « leader de la distribution » en France.

Le cofondateur de NR Atticus, Nathaniel Rothschild, qui, à 29 ans, remplace Jean-Louis Descours, 83 ans, à la présidence du conseil de surveillance, est resté silencieux quant aux objectifs stratégiques que Georges Plassat devra viser. Son porte-parole a simplement rappelé que NR Atticus recherche des « investissements à moyen et long terme » dans des sociétés présentant des caractéristiques de valorisation pour ses actionnaires et salariés, avant d'indiquer vouloir réaliser un « audit complet du groupe ». À charge pour Georges Plassat d'ici à « deux ou quatre mois de faire des recommendations au nouveau conseil de surveillance ».

Premier chantier prioritaire : le redressement des enseignes de centre-ville du groupe. Avec un chiffre d'affaires de 3,29 milliards de francs HT (501,8 M EUR), il s'agit, outre Caroll et Kookaï, des chaînes de chaussures Orcade, Minelli, San Marina et André. Enseigne fondatrice de Groupe André, cette dernière constituera le dossier le plus épineux de Georges Plassat.
 

La chaîne André reste dans le flou

Objet d'une restructuration en 1998, la chaîne André, qui a essuyé des pertes de 100 millions de francs (15 M EUR) en 1999, a fortement contribué aux contre-performances du groupe (13,5 milliards de chiffre d'affaires en 1999, soit 2,05 Mrds EUR) sur le dernier exercice : après un millésime 1997-1998 encourageant, le groupe avait en effet déçu avec une progression de son résultat d'exploitation de 0,6 % à 566 millions de francs (86,3 M EUR).

Faute de stratégie claire sur la vocation de cette chaîne discount de centre-ville, André, dont les comptes se seraient redressés au cours du premier exercice 2000, reste toujours dans le flou. Un changement de concept, une rénovation de l'image de ses magasins vieillissants et une plus forte différenciation de son offre par rapport à celle des autres enseignes de chaussures de périphérie du groupe s'imposent. Georges Plassat devra donc trancher.

Conclue au plus fort de la bataille boursière entre les fonds d'investissement NR Atticus et Wyser-Pratte et les représentants de la famille de Jean-Louis Descours, l'acquisition de la chaîne de chaussures San Marina, (un chiffre d'affaires de 509 millions de francs, soit 77,6 M EUR, avec 194 magasins) pourrait compliquer la tâche. Réalisé à l'issue de « huit mois de négociations » pour « un montant de 12 fois son résultat net », selon Jean-Claude Sarazin, ce rachat est, selon certains actionnaires, une erreur stratégique. Le positionnement de San Marina sur un créneau de prix moyen de gamme, son assortiment mode, la mixité de son réseau (102 succursales et 92 franchises) et les emplacements de ses magasins, souvent très proches des unités André, pourraient limiter les possibilités d'évolution de l'enseigne historique du groupe et constituer un handicap de poids lors de son indispensable modernisation.

« L'acquistion de San Marina, qui a été surpayée, est une pillule empoisonnée », affirme ainsi Guy Wyser-Pratte. Comme d'autres, l'arbitragiste américain, qui détient 8,49 % des droits de vote, regrette l'absorption de ce concurrent. Le travail de Georges Plassat ne sera pas facile, confirme un analyste : « Il aura à arbitrer entre cession de magasins, fermetures et changements d'enseignes. » Voire à trouver une solution plus radicale, propre à satisfaire les objectifs de valorisation d'actifs immobiliers dont Guy Wyser-Pratte est partisan...

L'avenir des petites enseignes du groupe qui, selon certains observateurs, « n'ont pas atteint la taille critique suffisante », devrait aussi être examiné à la loupe. Comme Creeks et ses 30 unités de 800 m2 situées en périphérie.

Groupe André, qui, sous l'impulsion de Jean-Claude Sarazin, s'est défait de plusieurs de ses activités de fabricant (dont les vêtements de travail Adolphe Lafont en 1997), pourrait voir son périmètre se modifier encore : certains le jugent trop dispersé et trop franco-français par rapport à ses principaux concurrents internationaux, qui se développent souvent autour d'une poignée d'enseignes puissantes.
 

Une situation sociale tendue

Autre grief : la faiblesse de l'activité internationale. Le groupe ne réalise que 4,5 % de son chiffre d'affaires à l'étranger. Implanté en Suisse, en Espagne et en Pologne, le pôle discount (991 unités dont 75 hors de France) souhaitait accélerer le développement de ses enseignes en République tchèque et en Hongrie. Parmi les enseignes de centre-ville, Caroll (193 magasins en France et 42 à l'étranger) faisait aussi partie de celles destinées à être implantées davantage à l'étranger. Reste à savoir si cette internationalisation figurera parmi les priorités de la nouvelle direction.

Issu de la distribution alimentaire, Georges Plassat, qui siège au directoire aux côtés de Catherine Djunbushian, directeur des ressources humaines, et d'Antoine Metzger, ancien directeur financier de La Redoute, devra aussi s'imposer comme le catalyseur des équipes dirigeantes des 11 enseignes du groupe. Et restaurer la confiance des salariés et des cadres. Le défi n'est pas facile. Les cinq mois que Groupe André vient de vivre et le grand chambardement qui en résulte laisseront des traces. Déjà endémique dans plusieurs enseignes, le turn-over ne risque-t-il pas d'en être renforcé ?

En outre, le nouveau patron hérite d'une situation sociale houleuse. La CGT, FO et la CFDT ont déjà demandé à le rencontrer. En toile de fond : le devenir des salariés des enseignes de centre-ville, dont le nombre a considérablement diminué. Les dernières années chez Orcade, Minelli et André. Autre sujet de doléances : les 35 heures. À l'exception des plate-formes logistiques d'Issoudun et de Châteauroux, aucune des sociétés du groupe n'est encore passée aux 35 heures.

Rassurée par le faible coût de la non-application de la loi Aubry, compte tenu du nombre de salariés à temps partiel, la direction avait jusqu'ici décidé de prendre son temps pour boucler ce dossier. Mais il semble désormais nécessaire de forcer l'allure. Le nouveau patron de Groupe André ne devra donc pas tarder à imprimer sa patte, sous peine d'accuser un retard par rapport à des concurrents à l'appêtit insatiable. Il devra aussi lever les inconnues qui subsistent sur les intentions réelles de NR Atticus, nouveau venu sur la place parisienne.
 


Encadré(s)
ENCADRÉ1-Les priorités de la nouvelle équipe

Mener un audit complet du groupe

Améliorer la rentabilité des enseignes de centre-ville

Redresser la chaîne André

Donner une dimension internationale au groupe

Redonner confiance aux salariés
 

Georges Plassat prend les commandes

Georges Plassat (51 ans), l'ex-« enfant terrible » de la grande distribution est de retour en France. NR Atticus a recruté l'ancien patron de Casino (entre 1990 et mai 1997) pour l'imposer au poste de président du directoire. Il cherchait à rebondir depuis son départ, en octobre 1999, de la direction générale de Pryca, la filiale espagnole de Carrefour. Ce choix marque une véritable rupture par rapport à l'ancienne équipe d'André, décriée pour sa gestion vieillotte et « son capitalisme à la papa ». Car ce diplômé de l'École hôtelière de Lausanne est un fonceur au caractère bien trempé et qui n'a pas sa langue dans sa poche. Mais ce spécialiste de la distribution alimentaire saura-t-il s'adapter au métier d'André : l'équipement de la personne ? « Les deux secteurs ne sont pas si différents, confie-t-il à LSA. Les GMS font 10 à 12 % de leur CA dans le textile. Et le Groupe André tire les trois quarts de ses résultats de ses grandes surfaces de périphéries, voisines des enseignes alimentaires. » J. P.
 

Un groupe trop dispersé

Groupe André

Via12 enseignes et marques (La Halle aux Chaussures, La Halle aux vêtements, Chaussland, San Marina, Besson Chaussures, André, Minelli, Orcade, Kookaï, Caroll, Creeks, Liberto) et 2 358 magasins.
 

face à ses concurrents

Groupe Eram

7 Mrds F (1,07 Mrds e)

Via 14 enseignes et 1 500 magasins.

Groupe Bata

CA : NC

Via 2 enseignes totalisant 4 500 succursales.

Inditex (Zara)

CA : 13,3 Mrds F (2,03 Mrds e)

Via 5 enseignes totalisant 924 magasins.

Groupe Gap

CA : 65 Mrds F (9,91 Mrds e)

Via 3 enseignes totalisant 2 900 magasins.

Hennes & Mauritz

CA : 24,7 Mrds F (3,77 Mrds e)

Via une enseigne de 613 magasins.

Kiabi

CA : 2,4 Mrds F (640 M e)

Via une enseigne de 89 unités.

Pimkie

CA : 6,6 Mrds F (1,01 Mrds e)

Via deux enseignes totalisant 710 unités.

Etam

CA : 6,55 Mrds F (999 M e)

Via 5 enseignes totalisant 1 072 magasins.

* en 1999. Source : xxx
 

Un nouveau conseil de surveillance de 11 membres

Pour NR Atticus : Nathaniel Rothschild, et Timothy Baraket, cofondateurs de NR Atticus, Peter Miller, conseiller du fonds d'investissement britannique et sir David Alliance, PDG du britannique N.Brown (VAD).

Pour le groupe Descours : Jean-Louis Descours, Jean-Christopher Descours, son petit-fils, et Jacques Calvet, ex-PDG de PSA.

Fonds Wyser-Pratte : Guy Wyser-Pratte.

Pour Unijet : Philippe Mailfet, président du fonds détenu par Gustave Leven.

Pour le marché : Didier Pineau-Valenciennes, ex-PDG de Schneider, et Jean-Pierre Mattéi, président honoraire du tribunal de commerce de Paris.
 

Le nouveau directoire

Georges Plassat, président.

Catherine Djunbushian, directrice des ressources humaines.

Antoine Metzger, directeur financier.
 

Le marathon d'une assemblée générale historique

Sept heures ont suffit à NR Atticus pour installer Georges Plassat à la tête de Groupe André le 5 avril. L'assemblée générale s'est ouverte sur la démission de Jean-Claude Sarazin, qui a laissé de marbre une assistance policée, préparée à vivre en direct la chute du clan Descours. La voie était libre pour NR Atticus : il pouvait appliquer son plan. Le fonds britannique avait choisi pour porte-parole un Français, Jean-Pierre Martel. Et pour cause : ses deux très jeunes cofondateurs, Nathaniel Rothschild et Timothy Baraket, moins de 60 ans à eux deux, ne parlent pas français. L'avocat d'affaires parisien a présenté le fonds d'investissement britannique, précisant qu'il « n'est pas un raider » mais un « investisseur à moyen et long terme », et appelé à faire « table rase du passé ». C'est-à-dire à révoquer tous les mandats des membres du conseil de surveillance. Résolution qui sera approuvée par 54,95 % des actionnaires. NR Atticus a ensuite établi la liste des11 candidats à même de « refléter l'actionnariat actuel du groupe » et proposé Georges Plassat, comme président du directoire, candidature qui n'a soulevé aucune réaction de l'assistance. Quelques minutes plus tard, c'était au tour de Guy Wyser-Pratte d'entrer en scène. Après avoir salué l'assemblée d'un ironique « Bons baisers de l'Amérique ! », l'ancien marines franco-américain a plaidé, sans vraiment convaincre, pour ses résolutions préconisant plus de transparence dans la gestion du groupe. Une courte suspension de séance a alors permis à chacun d'évaluer les forces en présence. Avant que n'intervienne le grand perdant de cette journée : Jean-Louis Descours. S'interrogeant sur la stratégie de NR Atticus - « développement ou démantèlement » ? - il a confirmé sa candidature au conseil de surveillance et celles de son petit-fils, Jean-Christopher (27 ans) et de Jacques Calvet, ancien président de PSA. En se posant comme défenseur « des intérêts d'une entreprise qu'il a dirigée pendant trente-six ans ». Il a ensuite remercié tous les salariés, omettant de saluer Jean-Claude Sarazin.
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