Guerre des prix : la lettre de la FCD au Premier ministre Manuel Valls

Le délégué général de la FCD, Jacques Creyssel, a pris sa plume pour répondre, le 16 juin, aux arguments développés par les présidents de la FNSEA, de l'Ania et de Coop de France. LSA publie à la fois la lettre de la FCD au Premier ministre, et aux trois lobbies de l'alimentaire.

La FCD s'adresse au Premier ministre à la suite du courrier des fédérations de l'alimentaire
La FCD s'adresse au Premier ministre à la suite du courrier des fédérations de l'alimentaire© Portail du Gouvernement

Monsieur Manuel Valls

Premier Ministre

Hôtel de Matignon

57 rue de Varenne

75700 Paris

Paris, le 16 juin 2014

 

Monsieur le Premier Ministre,

Les Présidents de l'ANlA, de la FNSEA et de Coop de France viennent de vous adresser une lettre publique sur l'évolution des prix des produits alimentaires et l'état des relations commerciales entre industriels et distributeurs. Beaucoup de ses termes sont inexacts et relèvent surtout d'une démarche de communication. Compte tenu du caractère fondamental du sujet évoqué, il nous paraît toutefois important de vous faire part de nos observations sur les différents points abordés dans cette lettre :

La déflation actuelle des prix de nombreux produits de grande consommation est une réalité. Elle n' est toutefois ni spécifique à la France, ni spécifique aux produits alimentaires. Elle résulte avant tout d'une situation économique exceptionnelle de recul du pouvoir d'achat, qui fragilise la consommation et renforce la compétition entre tous les acteurs. Elle favorise par ailleurs, à court terme, le maintien d'une faible croissance des volumes, ceci d'autant plus qu'elle s'accompagne d'un mouvement, nouveau et positif, de valorisation des produits.

Dans un tel contexte, difficile pour toute la filière, l'attaque renouvelée des grandes entreprises de l'industrie agroalimentaire contre notre secteur masque difficilement leur souhait quasi obsessionnel, réitéré plusieurs fois par an, de réformer les règles des relations commerciales, pour empêcher toute réelle négociation des tarifs. Nous considérons, pour notre part que la loi Hamon a permis de faire évoluer significativement les règles, grâce à la qualité de la concertation initiée par le Gouvernement et le Parlement, et que tout formalisme supplémentaire ne pourrait qu'être défavorable aux PME, qui n'ont souvent pas les compétences juridiques pour y faire face, comme in fine aux consommateurs. Comme les signataires de la lettre ouverte, nous sommes pour une application efficace de la loi, avec une application des règles identique pour tous les distributeurs. Nous ne pouvons à cet égard que vous confirmer que les enseignes membres de la FCD respectent la loi en matière de garanties de marges.

Les critiques concernant le CICE et le Pacte de responsabilité et de solidarité sont à cet égard totalement injustifiées. Notre secteur, qui compte 750.000 salariés, soit une fois et demie le total des effectifs de l'industrie agroalimentaire, est un des principaux employeurs de main d'oeuvre peu qualifiée, et notamment de jeunes sans qualification. Il est donc normal qu'il bénéficie des allègements de charges précisément destinés à ces salariés particulièrement vulnérables.

Le bilan de l'utilisation du CICE présenté devant les comités d'entreprise de nos enseignes montre à quel point ce crédit d'impôt a permis d' investir, dès maintenant, sous forme d'emplois, de nouveaux équipements ou d'actions permettant de maintenir l'activité. Je vous confirme, à cet égard, que notre secteur vient d'engager une négociation dans le cadre du Pacte de responsabilité et de solidarité, après avoir conclu des accords sur les contrats de génération ou sur la pénibilité.

Nous sommes, par ailleurs, totalement conscients des difficultés que connaissent certaines industries agro alimentaires, et notamment des problèmes rencontrés par les PME face aux grands groupes internationaux. C'est pour avancer sur ce sujet que nous avons signé l'an dernier trois accords avec la FEEF, qui mettent en place des règles spécifiques en faveur des PME sur des sujets aussi concrets que la rupture des relations commerciales, l'organisation des négociations annuelles, ou la possibilité des conclure des accords pluriannuels. C'est dans le même esprit que nos enseignes développent de nombreuses actions pour résoudre au quotidien les problèmes rencontrés par les PME, dont certains relèvent d'ailleurs de vraies problématiques de  restructuration industrielle. C'est enfin pour trouver de vraies solution concrètes que je viens d'adresser la lettre ci-après aux trois Présidents des organisations signataire de la lettre ouverte pour leur proposer des initiatives communes, et, en premier lieu, la signature du label « relations fournisseurs responsables» aujourd'hui bloqué par l'ANlA qui refuse que des mesures en faveur des PME soient considérées comme une bonne pratique. Les membres de la FCD seraient de même favorables à un engagement volontaire de suppression de la publicité nationale sur les comparateurs de prix, dès lors que tous les distributeurs, intégrés et indépendants, accepteraient une telle règle de bon sens.

Notre secteur, Monsieur le Premier Ministre, est un des plus importants de notre pays. Il est souvent le premier employeur dans les territoires. Il fait l'admiration à l'étranger, où nous sommes numéros un en Chine, au Brésil ou en Russie. Il est surtout aujourd'hui confronté à un bouleversement complet de son environnement avec le développement d'internet et des technologies numériques, qui vont avoir un impact majeur sur l'emploi, comme sur nos villes.

Nous avons besoin, dans cet environnement si mouvant et si risqué, à la fois de stabilité des règles juridiques, d'encouragements à la croissance et à l'emploi, et de mesures concrètes favorisant notre développement que ce soit en termes d' élargissement des horaires d'ouvertures ou d'autorisations de vente de nouveaux produits. C'est pourquoi nous comptons sur votre soutien pour qu'enfin on s'occupe des vrais sujets de fond de la filière agroalimentaire.

Je vous prie de croire, Monsieur le Premier Ministre, à l' assurance de ma haute considération .

Jacques Creyssel

Délégué général

P. J. : Lettre à M. Jean-Philippe Girard, Président de l'Ania,

M. Xavier Beulin, Président de la Fnsea,

M. Philippe Mangin, Président de Coop de France

 

 

 

 

 

 

 

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