Guerre des prix : la lettre de la FCD aux présidents de fédérations alimentaires

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Après la lettre à Manuel Valls, LSA publie ci-dessous la lettre de la FCD destinée à Philippe Mangin, président de Coop de France, Jean-Philippe Girard, président de l'Ania et Xavier Beulin, président de la FNSEA.

Philippe Mangin (à g), Xavier Beulin et Jean-Philippe Girard ont été destinataires d'une lettre de la FCD relative à la guerre des prix
Philippe Mangin (à g), Xavier Beulin et Jean-Philippe Girard ont été destinataires d'une lettre de la FCD relative à la guerre des prix

Messieurs les Présidents,

Monsieur Jean-Philippe Girard

Président de l'Ania

Monsieur Philippe Mangin

Président de Coop de France

Monsieur Xavier Beulin

Président de la FNSEA

Paris, le 16 juin 2014

 

Vous venez de rendre publique une lettre au Premier Ministre sur l'évolution des prix des produits alimentaires et l'état des relations commerciales entre industriels et distributeurs. Beaucoup de ses termes sont inexacts et relèvent surtout d'une démarche de communication.   Vous trouverez ci-après la lettre que je viens d'adresser, en réponse, au Premier Ministre.

Compte tenu du caractère fondamental du sujet évoqué, je souhaite en outre vous répondre sur le fond, au nom des enseignes de la FCD.

La déflation actuelle des prix de nombreux produits de grande consomination est une réalité. Elle n' est ni spécifique à la France, ni spécifique aux produits alimentaires. Elle résulte avant tout d'une situation économique exceptionnelle de recul du pouvoir d'achat, qui fragilise la consommation et renforce la compétition entre tous les acteurs. Jamais les consommateurs n'ont été ainsi à ce point sensibles à la fois à l'évolution des prix et au niveau de la qualité.

Une telle situation, dont nous ne sommes pas à l'origine, est incontestablement mauvaise pour l'ensemble de la filière. Elle fragilise tous les acteurs, en particulier les PME, dont les marges sont très inférieures à celles des grands groupes industriels internationaux. Elle entrave les investissements nécessaires pour répondre aux attentes renouvelées des consommateurs, chez les industriels comme chez les distributeurs. Mais elle s'accompagne aussi, dans le même temps, d'un mouvement, nouveau et positif, de valorisation des produits, qui favorise le maintien d'une faible croissance des volumes.

Dans un tel contexte, difficile pour toute la filière, il est donc inutile et contre-productif de stigmatiser l'attitude de tel ou tel acteur. Les consommateurs ont une attitude économique rationnelle en refusant des hausses de prix incompatibles avec l'évolution de leurs revenus. Les distributeurs sont tout aussi rationnels, en investissant une partie de leurs marges dans la baisse des prix de vente, pour répondre aux attentes de leurs clients. Et certains industriels sont tout aussi cohérents, en alimentant la baisse des prix, afin de sauvegarder ou accroître leurs parts de marché. Quant aux garanties de marges que vous dénoncez une nouvelle fois, les enseignes adhérentes à la FCD respectent la loi et n'ont pas recours à de telles pratiques abusives.

Il n'y a pas de remède miracle à cette situation déflationniste. Toutes les lois ont été votées et n'ont fait qu'apporter de nouvelles complexités, au détriment des PME. Seul un retour à la croissance économique permettra de relancer la consommation. Et, plus que jamais, la solution doit être dans la création de valeur plutôt que dans son partage. C' est pourquoi je souhaite, en complément de ma réponse au Premier Ministre, vous proposer plusieurs initiatives permettant de répondre ensemble à la situation actuelle de la filière agro-alimentaire :

La première est de conclure au plus vite les travaux que nous avons menés sur le label « relations fournisseurs responsables». Seul manque aujourd'hui l'accord de l'Ania, qui doit accepter que notre secteur privilégie les relations avec les PME, conformément à l'accord que nous avons passé avec la FEEF. Il est temps de passer de l'époque de la loi à celle des codes de bonne conduite, comme nous l'avons d' ailleurs initié entre industriels et distributeurs au niveau européen.

Notre deuxième proposition est de nous mettre rapidement autour d'une même table pour examiner la situation créée par ce nouveau contexte économique et réfléchir aux initiatives envisageables, dans le respect des règles de concurrence, et sans créer de nouveau dispositif administratif complexe. Les membres de la FCD seraient à cet égard favorables à un engagement volontaire de suppression de la publicité nationale sur les comparateurs de prix, dès lors que tous les distributeurs accepteraient une telle règle de bon sens.

Notre troisième proposition est enfin de lancer ensemble une étude sur l'avenir de la filière  agroalimentaire, qui pourrait être confiée à un cabinet spécialisé. Comme nous l'avons déjà évoqué à de nombreuses reprises, il est en effet urgent de sortir des éternels débats de court terme, et de nous concentrer sur les vrais sujets d'avenir: quelle évolution possible des cours de matières premières et comment y faire face? Comment sécuriser nos approvisionnements ? Comment préserver un bon équilibre entre filières végétales et animales? Comment préserver notre modèle alimentaire? Comment faire repartir à la hausse la part du budget alimentation, notamment chez les jeunes? Comment mieux répondre aux besoins de produits de qualité chez les consommateurs? Sur tous ces sujets, nos intérêts sont communs et nos approches peu éloignées, par exemple sur le refus de toute notation nutritionnelle des produits.

En espérant que vous saisirez cette occasion de mieux travailler ensemble, je vous prie de croire, Messieurs les Présidents, à l' assurance de ma parfaite considération.

Jacques Creyssel

Délégué général

P. J. : Lettre au Premier Ministre

 

 

 

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