Halte au feu... médiatique

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N'en déplaise aux sceptiques et aux incrédules par nature, la sécurité alimentaire n'a jamais été aussi bonne et contrôlée.

Yves Puget
Yves Puget©Bernard Martinez

Encore une fois, des émissions de télévision et des magazines tirent à boulets rouges sur l'alimentaire. Les plus aimables parlent de « malbouffe », d'autres crient à la manipulation. Sans oublier ceux qui évoquent un « empoisonnement de masse ». On discrimine, on incrimine, on stigmatise, on accuse. Un acharnement médiatique redoutable qui ne sera pas sans laisser de traces dans l'imaginaire des consommateurs déjà touchés par les psychoses de la vache folle, du poulet à la dioxine, de la grippe aviaire ou de la bactérie E.coli. En quelques lignes ou phrases, les lecteurs ou téléspectateurs apprennent que l'acrylamide et l'aspartame provoquent des cancers, que le bisphénol A est un perturbateur endocrinien, que le colorant E 124 provoque des allergies, que l'huile de palme favorise des dépôts graisseux à l'intérieur des artères... La liste des produits ainsi lancés en pâture est longue. Parfois à raison, et de temps en temps à tort. En ligne de mire, la santé des Français, mais aussi l'obésité, qui touchait 3% des enfants en 1965 et pourrait en concerner 32% en 2020. Autant dire que la situation est grave, et ça, personne ne peut ou ne veut le nier. Même si le catastrophisme et la dramatisation sont deux caractéristiques de notre époque, le débat public est normal. Il est même sain et nécessaire. Reste pourtant quelques abus de langage et des restrictions de pensée.

N’en déplaise aux sceptiques et aux incrédules par nature, la sécurité alimentaire n’a jamais été aussi bonne et contrôlée.

Yves Puget, directeur de la rédaction.

 

Oui, les industriels et les distributeurs qui ne respectent pas les règles d'hygiène ou sanitaires doivent être lourdement condamnés. Oui, les moyens des instances responsables de la surveillance de la qualité de nos produits doivent être renforcés. Mais non, il n'est pas possible de dire tout et son contraire ! N'en déplaise aux sceptiques en tous genres, aux incrédules par nature et aux pourfendeurs de l'économie moderne, la sécurité alimentaire n'a jamais été aussi bonne et aussi contrôlée : manger n'est en rien un acte héroïque ! Et non, on ne peut pas laisser des médecins venus de nulle part clamer que l'alimentaire « fout le camp ». Non encore, on ne peut pas rester sans réaction lorsque des scientifiques en mal de notoriété courent après la moindre émission de télé. On comprend que le doute puisse l'emporter, mais il ne saurait être question de vivre dans la suspicion permanente, voire dans la calomnie. D'autant que ceux qui critiquent les pratiques de l'agroalimentaire ne disent pas comment faire pour nourrir des hommes et des femmes de plus en plus nombreux, dont les goûts à travers le monde s'harmonisent et qui veulent plus que jamais des « prix bas ».

Il convient de ne pas tout mélanger. D'un côté, il y a la supposée malbouffe, mauvaise sur le plan diététique. Soyons naïfs : la question se réglera par une meilleure éducation, une modification des pratiques alimentaires en quantité et en fréquence. Absolument pas par des lois et des taxes. Ensuite, il convient de plancher sur la sécurité alimentaire. De gros efforts ont déjà été menés, avec de nouvelles règles et de nouvelles pratiques. Enfin, on ne peut pas ignorer les interrogations autour de certains ingrédients utilisés dans la composition des produits. Si certains sont déclarés dangereux pour les consommateurs, il faut les retirer... et rapidement. Mais il convient de ne pas confondre la dangerosité d'un ingrédient avec la quantité absorbée. Car en regardant certaines émissions de télé, je me dis qu'il doit bien y avoir un scientifique dans le monde qui a déclaré un jour qu'un abus de petit écran provoque quelques troubles physiologiques. Faut-il pour autant bannir la télévision des salons ?

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Article extrait
du magazine N° 2234

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