Haro sur la facture énergétique

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Depuis deux ou trois ans, les distributeurs investissent sur des équipements plus économes en énergie. Les centaines de millions d'euros payés chaque année par la profession ont de quoi affoler, en effet, les compteurs. Tirant profit d'une offre technique performante, certaines enseignes commencent à engranger des points de rentabilité.

60 millions d'euros. Le montant annuel estimé de la facture d'électricité payé par Carrefour pour ses 230 hypers en France, pour une consommation proche de 11 millions de kWh. 50 kWh par m2 et par an. L'objectif de consommation à ne pas dépasser pour tout bâtiment neuf en 2012. Les enseignes sont encore loin d'atteindre cet objectif défini lors du Grenelle 1 de l'environnement. 30 % Le gain d'énergie constaté à Auchan Poitiers grâce à un système de climatisation à haut pouvoir énergétique (HPE) installé il y a un an par le fabricant ETT. Le surcoût par rapport à un système de traitement de l'air standard s'élève à 15 %, pour un retour sur investissement de moins de trois ans.
Trouver de nouveaux gisements de rentabilité en traquant les surcoûts énergétiques. Intégrer les exigences de la réglementation thermique et du Grenelle de l'environnement. Développer une nouvelle génération de magasins en accord avec les préoccupations environnementales.
« Remplacer les automates qui lancent la ventilation par des sondes de CO2 peut réduire de 20 % la consommation de climatisation. »
Quand La Fnac réfléchit à la possibilité d'arrêter son installation durant l'hiver parce que les clients assurent eux-mêmes le chauffage. Lorsque l'on propose à la Halle de ne plus faire de la climatisation mais de la ventilation, avec des gains de 4 à 6 °C sans investissement, on voit que la question du traitement de l'air est un enjeu financier de premier plan. Le coût de la climatisation et du chauffage atteint en moyenne 28 % de la facture énergétique globale d'une grande surface spécialisée, et 25 % dans les hypers. L'objectif désormais est d'optimiser le fameux « roof-top » (centrale de traitement d'air sur les toitures) avec des améliorations à plusieurs niveaux : postes de régulation, filtrage, variateurs de fréquences, moteur à efficacité 1 (EF1)... Autre piste, les caissons avec option « free-cooling » qui récupèrent les frigories extérieures (les calories froides rejetées par les équipements froids du magasin) en hiver et en intersaisons.
La question de la réduction du coût de la facture énergétique est bien présente depuis plusieurs années, mais la priorité est moins affirmée en 2009. Effet de la crise ? Un peu rapide comme conclusion. Les distributeurs ont intégré la démarche de rationalisation, et, pour beaucoup, déjà investi dans des équipements de nouvelle génération ou s'apprêtent à le faire.
L'implication dans le développement durable répond en priorité à des impératifs financiers : baisser ses charges énergétiques, prévenir une hausse du prix de l'énergie (gaz et électricité). C'est logique pour un chef d'entreprise. Plus intéressant, le bâton de la législation n'apparaît pas encore comme un facteur déterminant d'engagement, l'image véhiculée auprès des clients semble être plus motivante.
Ce poste de charge est celui sur lequel les enseignes en France sont les plus avancées dans la mise en oeuvre de technologies économes. L'éclairage représente, il est vrai, 43 % du poste énergie pour une GSS, et 22 à 24 % pour les hypers et supers. Le jeu en vaut donc la chandelle. Technologie la plus en vogue, le tube fluorescent T5 à ballast électronique est la norme adoptée ou en voie d'adoption par tous, au moins pour l'éclairage dit en nappe (plafonds). Ainsi, presque tous les magasins La Halle sont déjà équipés en périphérie. En centre-ville, où les plafonds sont plus bas, les zones spécifiques viennent en complément avec des lampes fluo compactes. D'autres investissent sur les lampes basse consommation, comme Ikea, qui entame sa transition vers des lampes de 30 W. Les leds, pénalisées par leur faible intensité et en dépit d'une durée de vie de dizaines de milliers d'heures, sont utilisées avec parcimonie dans le mobilier des boutiques, essentiellement pour l'éclairage d'accentuation, pour certains meubles froids, voire pour des enseignes la nuit et sur le parking.
La recherche d'une meilleure performance économique, qui recueille 40,9 % des réponses, ne doit pas être analysée que comme la quête d'un meilleur chiffre d'affaires au m². Il faut aussi y voir la rationalisation des coûts d'investissement initiaux, par exemple dans l'éclairage d'accentuation.
La consommation globale d'électricité par mètre carré et par an d'un Kiabi nouvelle génération, contre 150 kWh/m² pour un magasin ancien.
Le gain estimé d'économie d'énergie pour le centre commercial Okabe labellisé Haute Qualité environnementale (HQE) du Kremlin-Bicêtre, dans le Val-de-Marne.
Les meubles de froid sont une mine d'or pour réduire les charges d'exploitation grâce à un geste simple : fermer la porte du réfrigérateur après s'être servi. Les magasins ont parfois oublié cette règle élémentaire, et si la plupart des meubles de froid négatif sont désormais équipés de portes, ceux en froid positif demeurent béants, les moteurs tournant à plein régime. Les responsables du Super U de Thouars, dans les Deux-Sèvres, ont franchi le pas cette année et ont équipé leur matériel de portes battantes et coulissantes. Résultat, en mai, ils constataient déjà une baisse de 25 % de la facture d'électricité. Selon Coexens, société qui a géré ce chantier, l'économie peut atteindre 60 %, avec un retour sur investissement de deux à quatre ans. Outre les portes, d'autres gains sont possibles, en mettant l'éclairage non pas dans, mais au-dessus des meubles, pour éviter la compensation de chaleur émise par les lampes, ou en utilisant d'autres fluides frigorifiques que le HCFC vierge, à l'exemple de certains magasins de l'enseigne allemande Rewe.
On l'oublie parfois un peu trop, les portes coulissantes ont aussi un coût de maintenance et d'exploitation. Même si aucune enseigne ne dispose de comptage de la consommation par poste, le sujet commence à en titiller certains, comme Patrick Destribats, directeur des travaux de la Compagnie européenne de chaussures (La Halle et Chaussland). Après avoir fait enlever les sas d'entrée destinés à limiter les échanges thermiques pour libérer de la surface commerciale, il envisage de les remettre. Car une porte automatique est parfois, aussi, un rideau d'air chaud qui n'a pas toujours démontré son efficacité. À tel point que chez Ikea on étudie des modèles plus performants mais aussi six fois plus chers. Plus inattendu encore, La Halle réfléchit à l'opportunité de revenir aux portes battantes, dont le coût, autour de 25 000 E, est pourtant un peu supérieur à la porte automatique. Kiabi, pour sa part, n'envisage pas cette solution : « La porte automatique, c'est l'idéal », avec un coût de maintenance de 180 E par an.
Le montant annuel moyen de la facture électrique d'une succursale Top Office.
Si l'enjeu principal de la rationalisation des coûts ne porte pas sur les lignes de caisses, elles recèlent, malgré tout, des gisements de gains d'exploitation. Des logiciels permettent de moduler le lancement des fonctions des caisses uniquement lorsque le besoin s'en fait sentir, avec un gain en consommation électrique de l'ordre de 50 %. Une gestion à distance, avec des vérifications régulières et des mises à jour des systèmes de paiement ou de scanners, peut éviter des interruptions synonymes de coûts financiers. Pour Jean-Pierre Tupin, expert chez Perifem, « il est difficile d'arrêter une ligne de caisses, qui doit rester sous tension », mais il est possible de « jouer sur la qualité de l'onduleur », qui transforme le courant alternatif en courant continu.

Jamais dans l'histoire de la distribution la facture énergétique des magasins n'avait été épluchée avec autant de soin. Celle des 230 hypers de Carrefour en France, par exemple, est estimée à plus de 60 millions d'euros. Compte tenu du coût de l'énergie, on comprend que cette consommation d'équipements gourmands en énergie soit l'objet de toutes les attentions. Toutes les enseignes sont engagées dans de vastes plans de rationalisation des coûts - 2,1 milliards d'euros pour Carrefour d'ici à 2012 ! - et de maîtrise des investissements. Dans le même temps, elles doivent intégrer des contraintes environnementales toujours plus lourdes.

L'énergie y joue une place importante, d'autant plus que, dans ce domaine, on sort des expériences isolées menées dans des coins de magasins sur l'éclairage ou les meubles froids, pour entrer dans l'ère de la modélisation et du retour sur investissement. Les initiatives s'inscrivent dans de véritables stratégies de groupe, à l'exemple d'Intermarché, qui teste, depuis quelques mois, diverses technologies comme les rideaux de nuit sur les meubles de froid positif ou la récupération de frigories pour le chauffage, dans une dizaine de magasins, avant un éventuel déploiement.

Sur la durée de vie d'un magasin, l'investissement représente 20 % du coût global, le coût d'exploitation et de maintenance 80 %. On mesure donc l'importance d'investir à long terme sur les grands postes de charges gloutons en électricité que sont le traitement de l'air, l'éclairage, le froid alimentaire et, de manière plus secondaire, les portes, les rideaux d'air chaud, les systèmes informatiques et les terminaux de point de vente.

Investir à long terme

Le must est d'investir sans changer les conditions financières initiales d'aménagement ou de construction d'un magasin. Kiabi a réussi le challenge. L'enseigne rénove à tour de bras en s'équipant de systèmes de climatisation (« roof-top ») à haute performance énergétique et en passant ses éclairages de plafonds en néons T5 à ballast électro-nique. Même avec un surcoût « de 15 % par exemple pour la climatisation, se félicite Ludovic Poutrain, directeur technique de Kiabi, un magasin ne revient pas plus cher (380 à 480 E par m2), parce que nous avons fait des économies ailleurs ». La consommation globale des nouveaux magasins est descendue à 115 kWh par m2 et par an, contre près de 150 kWh sur des sites anciens.

Les gains se font à coup de dizaines de pourcents, comme le relate Pierre Deyries, directeur du développement durable d'Ikea : « Le simple fait de remplacer les automates qui lancent la ventilation ou le chauffage par des sondes de CO² (600 à 900 E pièce) calées sur le nombre de personnes en magasin peut réduire facilement de 20 % les consommations de climatisation. »

Des économies records

La réfrigération n'est pas en reste. Après les meubles de froid négatif fermés, désormais généralisés, l'enjeu se porte, depuis un à deux ans, sur les meubles de froid positif où, selon Perifem, l'association technique du commerce et de la distribution, les gains peuvent aller jusqu'à 45 % de la facture initiale. Des précurseurs se sont lancés en France, comme à Gorron, en Mayenne, où le nouveau Super U a été équipé de meubles en froid positif disposant de portes vitrées cette année. L'initiative a immédiatement généré une baisse de 25 % de la facture d'électricité pour un retour sur investissement estimé à trois ans et demi environ.

Désormais, tout est une source potentielle de baisse des coûts, quitte à remonter le plus possible en amont et à s'attaquer aussi à la maintenance. Laurent Houitte, directeur du marketing du prestataire et concepteur de solutions informatiques Wincor Nixdorf, explique ainsi : « Sur les lignes de caisses ou l'étiquetage électronique, nous sommes maintenant sur de la globalisation. Les clients constatent qu'il peut y avoir, de notre part, une meilleure disposition au meilleur coût, même si, au départ, nous ne sommes pas les moins-disants. » Les entreprises comme Wincor Nixdorf investissent sur du préventif, sur la surveillance, histoire d'éviter les arrêts des systèmes informatiques, synonymes de pertes financières.

Des millions à la pelle

« Ce sujet des coûts d'exploitation devient concurrentiel souligne Franck Charton, secrétaire général de Perifem. Tous font leurs tests et commencent à être en phase de retour d'expériences. Aujourd'hui, ils ne souhaitent pas donner trop d'informations. » Car l'enjeu est de taille. Il se chiffre, en extrapolant à peine, à plusieurs centaines de millions d'euros en économie potentielle. Selon nos estimations, la consommation électrique annuelle des hypers Carrefour s'élève à près de 11 millions de kWh, soit la modique somme de 60 millions d'euros. Fantaisiste ? Pas sûr, lorsque l'on apprend que l'une des grandes enseignes de l'habillement premier prix dépense, pour sa part, 20 millions d'euros par an pour ce poste. La grande bagarre médiatisée des grands patrons de la distribution sur l'air du « Regardez comme je suis moins cher que cher » cache une autre lutte en coulisses entre directeurs financiers : il s'agit de baisser les coûts fixes, de gagner en rentabilité, de dégager du cash. Ainsi, Carrefour a réaffirmé ses objectifs de réduction de coûts, et enregistre un gain de 114 millions d'euros pour le premier semestre 2009 sur la seule exploitation des magasins.

La prise de conscience de l'importance de ces gains potentiels est due à de multiples causes. Patrick Destribats, directeur des travaux de la Compagnie européenne de chaussures (La Halle, Chaussland), en voit au moins trois : « Le facteur politique, avec une élection présidentielle où l'on a un peu plus parlé écologie. Le facteur coût, avec une note d'électricité qui a grimpé de 20 % l'hiver dernier. Enfin, l'écologie, qui commence à rimer avec la logique économique, et l'apparition de cabinets et de produits avec des prix en baisse. »

Anticiper sur la réglementation et les CDAC

Le mouvement bénéficie aussi d'une législation plus exigeante, qui laisse de moins en moins le choix aux promoteurs pour le neuf comme pour les opérations de rénovation. Le Grenelle 1 de l'environnement avait déjà placé une première barre de consommation maximale à 50 kWh par mètre carré pour 2012. La réglementation thermique - RT2005 - fixe les règles pour la performance énergétique des bâtiments neufs et existants, en limitant en particulier le recours à la climatisation et à la demande en électricité. L'aiguillon législatif fait son oeuvre, reconnaissent les responsables techniques des enseignes, surtout au moment de remplir les indispensables dossiers de demande d'ouverture en CDAC. Là, les choses se sont un peu compliquées avec l'arrêté du 21 août 2009 fixant le contenu des dossiers en matière de développement durable, avec sept objectifs à respecter. Restons un moment sur la question du développement durable.

Opportunisme ou véritable stratégie à long terme pour certaines enseignes ? À la limite, peu importe, car, d'une manière ou d'une autre, comme le montre la démarche emblématique « Ikea goes renouvable », on en revient toujours au cash. « L'approche globale a été lancée en 2006, pour aller vers une sobriété énergétique avec plus d'énergies durables, rappelle Pierre Deyries. C'est une approche environnementale à la scandinave, et l'angle n'a jamais été de dire que nos magasins nous coûtent trop, même si les économies sont une conséquence positive.» S'inscrire dans le développement durable va au-delà des questions de rationalisation de coûts. Mais les actions destinées à maîtriser sa ressource énergétique ou à développer des énergies renouvelables y participent, comme le montre le programme récent d'installation de panneaux photovoltaïques par Casino.

Économiser, une question de méthode

Mais, faute de moyens humains ou financiers, toutes les enseignes n'ont pas enclenché la marche avant. Ainsi, Bernard Granger, le responsable des travaux de Top Office, ne s'en cache pas : « On peut le dire, le Top Office reste un bâtiment basique avec de la gondole métallique, du carrelage et un éclairage standard. » Pour l'enseigne, qui compte 30 sites en succursale et 8 en franchise, l'enjeu n'est pas encore d'investir pour économiser sur sa facture d'électricité (18 000 E en moyenne par an et par magasin), mais d'ouvrir le plus vite possible des coques louées et sur lesquelles elle investit 200 000 à 350 000 E. « Un mois de fermeture pour travaux, c'est aussi un mois de loyer à payer. » Économiser est donc aussi une question de moyens. Mais pas seulement comme le souligne Pierre Rougier, fondateur associé de Kepler, cabinet spécialisé dans l'optimisation de la performance opérationnelle, qui travaille justement pour une enseigne française du bricolage sur l'optimisation des investissements liés à la construction et la rénovation des magasins : « Il faut avoir une démarche globale, travailler le concept sur l'axe valeur, réfléchir à la pertinence des fournisseurs, challenger la qualité des prestataires et mesurer l'impact sur l'exploitation. » Aujourd'hui, c'est toute une machine qui se met en place avec des acteurs majeurs. Ainsi, depuis trois ans, EDF, au travers de sa filiale EDF Optimal Solutions, s'attaque au marché des entreprises en général, et de la distribution en particulier. Une centaine de contrats globaux ont été signés avec la plupart des enseignes alimentaires. « L'idée est de concevoir l'hyper ou le supermarché comme un système énergétique global, précise Sylvie Moulet, directrice commerciale, et la distribution est un secteur d'activité très investi. »

Modéliser les expériences

À l'avenir, toute la difficulté sera de dupliquer les expériences menées ici ou là. Chaque magasin a sa vérité, mais les exemples servent de moteur à l'ensemble d'un parc. L'Ikea de Saint-Étienne, dans la Loire, se situe dans le top 5 mondial en termes de consommation électrique au mètre carré, et participe à la dynamisation du reporting mensuel mondial du groupe sur ce sujet. « Lorsqu'Auchan entre dans la démarche HQE, confie Jean-Philippe Creutz, directeur de programme chez le promoteur immobilier Altaréa, c'est avec pour objectif de trouver un référentiel. »

La machine est lancée, même si des à-coups sont toujours possibles. Le cabinet Reflexions, spécialiste de l'éclairage pour la distribution, a vu ses commandes s'effondrer de 40 % en novembre 2006. Au lieu d'accélérer le processus, la crise semblait l'avoir stoppé. « Il a fallu attendre mai 2009 pour retrouver notre niveau d'activité », souligne Benoît Escandell, directeur général. Pour autant, le mouvement de fond n'est pas si dépendant que cela des soubresauts de l'économie.

Les enseignes attendent de voir jusqu'où les paris techniques en magasins vont porter leurs fruits. Car tout n'est pas si évident. Ikea avoue ne pas se satisfaire des actions engagées depuis 2006 sur l'éclairage. « Nous ne sommes pas contents des résultats, reconnaît Pierre Deyries. C'est en dessous de ce que nous attendions. » Plus intéressant encore, l'expérience de chauffage par géothermie pour remplacer totalement les outils de chauffage et de ventilation, engagée fin 2008 dans l'Ikea de Tourville-la-Rivière (Seine-Maritime), laissait entrevoir une économie de 40 %. Il n'en est rien. Pire, la consommation est restée la même. « Nos collaborateurs ne sont pas assez formés. C'est un problème dont on ne parle pas. De plus, pour régler certaines machines, il faut un an et demi. » Une fois l'expérience acquise, l'an 2 de la facture énergétique devrait s'annoncer plus radieux.

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Article extrait
du magazine N° 2104

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