Haro sur le gaspillage alimentaire !

Dossier En chantier souvent depuis plusieurs années chez les distributeurs, la lutte contre le gaspillage alimentaire a pris une nouvelle dimension depuis que le gouvernement s'est penché sur le sujet.

1,3 milliard de tonnes

Le volume annuel d'aliments gaspillés dans le monde

Source : Organisation des Nations unies pour l'agriculture et l'alimentation (FAO)

0,35%

Le taux de « casse » sur les achats chez Auchan

Source : Auchan

Les pistes

  • Améliorer la gestion des dates de péremption, établir de meilleurs liens avec les associations et les banques alimentaires
  • Sensibiliser les clients, dans la mesure où ils seraient responsables de près du tiers du gaspillage alimentaire

Les freins

  • Connaître la réalité du gaspillage alimentaire et ses causes réelles n'est pas évident, les chiffres de la FAO semblant très surestimés
  • Les associations ne sont pas toujours équipées pour gérer la chaîne du froid, ou la logistique de points de vente de proximité

Le chiffre a de quoi marquer les esprits. Selon la FAO, l'Organisation des Nations unies pour l'agriculture et l'alimentation, la somme des aliments gâchés dans le monde représente une perte de 1,3 milliard de tonnes, soit 750 milliards d'euros. Il y aurait de quoi rassasier 868 millions d'affamés. Rien que ça !

Ces chiffres impressionnants ont poussé le gouvernement à lancer un « Pacte national de lutte contre le gaspillage alimentaire », le 14 juin, afin de réduire de moitié ce phénomène d'ici à 2025. Dans la foulée, Carrefour, Monoprix ou Auchan ont fait connaître leur adhésion au programme.

Si l'initiative va dans le bon sens, sa mise en place soulève de nombreuses difficultés. La première, et non des moindres, est déjà d'évaluer la réalité de ce gaspillage. Car selon les chiffres de la FAO, ce serait un tiers de la production mondiale qui passerait à la poubelle !

 

Une majorité de pertes dues à la logistique

« Cela me semble clairement exagéré, estime Karine Viel, responsable du développement durable chez Monoprix. Ce chiffre englobe toute la chaîne, de l'agriculteur au consommateur final. Mais quand un cultivateur met des fruits ou légumes non calibrés au rebut, c'est la plupart du temps pour les dédier à l'alimentation animale. On ne peut pas parler de gaspillage. » Aussi, les habitudes de « non-consommation » changent beaucoup d'un pays, voire d'un continent à l'autre. D'après la FAO, un bon tiers des pertes alimentaires en Europe seraient ainsi le fait des consommateurs, et non des distributeurs ou des producteurs.

« Notre premier réflexe a été de quantifier ce phénomène, explique Anne-Virginie Dissard, responsable du développement durable chez Auchan. Nous avons recruté une stagiaire qui va passer six mois sur le terrain, trois mois en entrepôt, trois mois en magasins, pour en rendre compte. On découvre ainsi que les pertes dans nos stocks sont principalement dues à des palettes qui tombent, ou à des produits frais mal " filmés ", mal emballés. Dans un premier temps, c'est donc assez simple. Nous allons refaire des formations pour que les employés ne fassent pas de palettes trop hautes, qu'ils prennent bien le temps de tout protéger. » Mais au total, chez Auchan, la « casse » concerne 0,35% des achats, et encore, en incluant la fauche en rayon. On est bien loin des rapports de la FAO...

 

Mieux gérer les périodes de consommation des produits

Malgré cela, la distribution s'est tout de même engagée à soutenir l'effort du gouvernement. La principale, et la plus ancienne aussi, consiste à gérer au plus fin les dates de péremption pour donner un maximum de produits aux banques alimentaires ou à des associations.

« Le don alimentaire n'est pas nouveau, mais nous pouvons faire encore mieux », analyse Sandrine Mercier, directrice développement durable de Carrefour. Actuellement, le distributeur est en train de passer en revue les périodes de consommation de toute une série de produits frais afin de voir dans quelle mesure elles peuvent être prolongées. « C'est le fameux exemple du yaourt périmé, mais toujours bon à consommer », poursuit Sandrine Mercier.

Mais dans la réalité, les efforts s'appliquent surtout aux produits d'épicerie. Par exemple, Carrefour étudie les moyens pour faire passer la durée de vie de la coppa de soixante-cinq à cent quarante jours, ou de soixante-cinq à cent vingt jours pour la viande des Grisons. Pour le café, il serait possible de passer de douze à dix-huit mois. En parallèle, la fondation Carrefour a financé, ou cofinancé, l'achat d'une dizaine de camions frigorifiques pour les Restos du Coeur, le Secours populaire ou la Banque alimentaire. Un investissement qui permet notamment de développer le don des produits soumis à la chaîne du froid. Pour Monoprix, l'équation est plus compliquée du fait de ses magasins en centres-villes. De nombreuses associations ne sont pas équipées pour gérer une logistique de petits volumes. « Mais elles font de plus en plus d'efforts, et sont mieux organisées », se réjouit Karine Viel, responsable développement durable chez Monoprix.

 

Emballages, astuces et promotions adaptés

Pour le distributeur, l'objectif est d'atteindre une centaine de magasins inclus dans un dispositif de don alimentaire à fin 2013, contre 56 un an plus tôt. Et en plus de travailler à une optimisation des emballages, l'enseigne étudie une offre « antigaspi » : clips pour bien refermer ses sachets, boules à mettre dans le frigo pour améliorer la conservation des légumes, etc.

Enfin, les commerciaux ont aussi leur mot à dire. Chez Auchan, leur dernière invention a un nom barbare : « Bogofl », pour « Buy one get one free later ». « Depuis octobre, on teste cette promo pour éviter d'engorger les placards, témoigne Anne-Virginie Dissard, d'Auchan. Sur les fruits, les légumes, la viande, on propose de venir chercher son lot gratuit la semaine suivante, plutôt que tout de suite. » Les clients en redemandent.

Sandrine Mercier, directrice développement durable de Carrefour « Des enjeux économiques et environnementaux »

LSA - Quelle est la réalité du développement durable derrière les opérations de communication ?

Sandrine Mercier - Le « dév'dur » existe depuis 2000 chez Carrefour. Pour que cette démarche soit efficace, il faut une adéquation entre enjeux environnementaux, sociaux et économiques. On ne va pas se mentir, c'est impératif pour que cela fonctionne au sein d'une boîte. Sur le plan de l'efficacité énergétique, on a quand même obtenu une amélioration de 33% au mètre carré depuis 2004 en hypermarchés, et de 10% en supermarchés depuis 2006.

LSA - Quels sont les dossiers sur lesquels Carrefour travaille en ce moment ?

S. M. - Nous venons de lancer la collecte et le recyclage de papier en magasins. Nous invitons nos clients à nous amener tout ce qu'ils ont chez eux : prospectus, vieux catalogues... Ces points de collecte sont en place dans tous les hypermarchés depuis la mi-juin. Nous sommes également actifs sur la pêche durable. Nous avons cessé de vendre de l'empereur, de la lingue bleue et du thon rouge.

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Article extrait
du magazine N° 2282

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