Marchés

Haro sur les composants à risques !

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Les exigences sur la qualité environnementale et nutritionnelle, désormais au cœur des préoccupations d’achat, bouleversent la composition des PGC.

Accusés, levez-vous ! Chips et biscuits bourrés d'huile de palme, ou encore meubles exotiques dont le bois n'affiche pas clairement son origine ont du plomb dans l'aile... Tout ça à cause de citoyens qui réclament de plus en plus de produits éthiques et responsables, qu'il s'agisse de leur impact sur la santé ou l'environnement. L'huile de palme est le symbole de cette tendance : très décriée pour son rôle dans l'encrassement des artères, mais également pour la déforestation qu'elle provoque, elle est progressivement rejetée par les consommateurs ou remplacée par une huile de palme certifiée durable. Bien moins chère que d'autres matières grasses végétales équivalentes, elle faisait jusqu'ici la joie des fabricants de produits alimentaires, mais les temps changent, avec de nombreux reportages qui ont mis au jour ses aspects négatifs.

« Le niveau de connaissance des consommateurs augmente, ce qui a un impact sur la composition des produits. Du point de vue de l'amélioration nutritionnelle, il y a des pistes sur l'huile de palme, mais également sur les acides gras trans, le sirop de glucose... », note Béatrice de Reynal, nutritionniste et directrice du cabinet Nutrimarketing.

 

Une sensibilisation croissante

Le retrait progressif des colorants, conservateurs et additifs participe aussi à cette tendance à une alimentation plus naturelle et moins industrielle. « Dans un contexte de crise des valeurs, les gens sont de plus en plus sensibles à la nécessité d'agir », poursuit Béatrice de Reynal. D'où l'intérêt des initiatives éthiques qui permettent aux consommateurs « de retrouver ces valeurs qui ont tendance à se perdre avec des phénomènes tels que la mondialisation, la croissance des inégalités sociales et économiques, la surconsommation, la recherche croissante de profit parfois aux dépens de la qualité... ».

Ce mouvement, que de nombreux observateurs qualifient de retour à une quête de sens, rejaillit également sur le secteur de l'ameublement, avec des initiatives sur le bois certifié FSC (Forest Stewardship Council), une organisation non gouvernementale qui promeut une gestion responsable des forêts. Pour les entreprises utilisant ce type de bois, l'objectif est d'assurer un approvisionnement éthique, qui ne met pas en danger la ressource. Castorama travaille depuis longtemps dans ce domaine, et Ikea indique viser à long terme un approvisionnement exclusif en bois « provenant de forêts gérées de manière responsable et certifiées comme telles ». Et actuellement, « le FSC est la seule organisation fournissant une norme correspondant à cet objectif », indique Ikea.

 

De plus en plus de secteurs concernés

Dans sa sélection de cadeaux de fin d'année, le WWF propose même une gamme de poêles Evergreen, munies d'un revêtement sans PTFE ni PFOA. Ces substances toxiques, utilisées dans la fabrication de la plupart des revêtements antiadhésifs, ne se dégradent pas et s'accumulent dans les organismes.

Même démarche dans le secteur des cosmétiques, de l'hygiène et de l'entretien, qui réduisent, voire éliminent, leurs composants trop chimiques. Corine de Farme met en avant des gammes avec 95 % d'ingrédients d'origine naturelle, sans paraben, ni phenoxythanol (un conservateur qui peut être allergisant), et les labels fleurissent pour attirer les acheteurs à coups d'arguments responsables.

Selon l'étude annuelle d'Ethicity, la santé est d'ailleurs devenue de peu le premier levier d'achat pour les produits respectueux de l'environnement, devant la préservation de la planète. Cette demande d'éthique a bien été intégrée par les distributeurs, qui tentent de capitaliser sur cette opportunité commerciale. « Je sens une méfiance de plus en plus grande vis-à-vis du produit industriel. Le lien avec le producteur a été cassé. Les distributeurs sont inquiets de ce phénomène et réagissent. Et sur ce sujet, les marques sont à la traîne », déplore le nutritionniste Jean-Michel Cohen, qui décrypte en continu la composition des produits alimentaires. Ainsi, Casino a été le premier à déclarer renoncer à l'huile de palme sur certaines gammes de MDD, mais cet effet d'annonce doit être mis en parallèle avec le travail de fond, plus discret, mené par Auchan ou Carrefour. À un degré moindre, le bien-être animal est également cité dans les préoccupations des acheteurs, ce qui incite certaines entreprises à délaisser les oeufs de poule élevées en cage pour des oeufs de poule plein air, une problématique prise très au sérieux dans les pays du Nord de l'Europe.

Cependant, trop communiquer autour de la poussée des produits éthiques et responsables peut être risqué. D'une part, cette transparence soudaine peut laisser penser que les pratiques en vigueur jusqu'ici n'étaient pas très vertueuses. D'autre part, 65 % des Français considèrent qu'il y a trop de labels pour les produits durables, selon Ethicity, et 53 % qu'il y a trop de messages publicitaires sur la consommation durable.

 

Un risque de confusion chez le consommateur

Le risque tient également à la confusion entre consommation responsable et déconsommation. « Les Français pensent de plus en plus que consommer responsable, c'est consommer moins, et ils sont de moins en moins enclins à payer plus pour des produits éthiques », souligne Béatrice de Reynal. Attention donc à ne pas creuser sa propre tombe. D'autant que cette course à l'éthique a un coût. Avec des matières premières plus nobles et plus chères, du fait de la certification ou des conditions de production, ce différentiel se répercute sur le produit final, et constitue la barrière principale à un développement tous azimuts.

 

«La fameuse quête de sens dont tout le monde parle»

«Le consommateur s'intéresse de plus en plus à l'origine des produits. C'est la fameuse " quête de sens " dont tout le monde parle. Il y a une recherche de valeurs différentes, et une forte sensibilisation du public, grâce au levier de l'information.

La notion de responsabilité sociale et environnementale des entreprises est aujourd'hui abordée partout. Même dans les écoles de commerce, ou l'on ne parlait que de business, on consacre aujourd'hui du temps à cette fameuse responsabilité sociale.

Tout le monde a un rôle à jouer. En amont, c'est l'entreprise, vis-à-vis de ses pratiques et de son approvisionnement. Ensuite, c'est au consommateur d'agir. Et les gens reviennent à des questionnements de base. »

Moins d'huile de palme

Les MDD (Auchan, Carrefour, Casino...) et certaines marques stoppent ou limitent l'utilisation d'huile de palme (pour les chips notamment) mauvaise pour la santé et l'environnement. Dans certains cas, elles passent à l'utilisation d'une huile de palme certifiée durable (association RSPO). 18 % des approvisionnements de Nestlé en huile de palme étaient certifiés en 2010, un chiffre qui devrait atteindre 50 % d'ici à la fin de 2011. Nestlé a notamment dû stopper ses achats d'huile de palme avec Sinar Mas, deuxième producteur mondial accusé de déforestation.

Moins de sirop de glucose-fructose

Ce produit issu du maïs ou du blé remplace le saccharose ou le glucose, grâce à un pouvoir sucrant supérieur et un coût inférieur. Mais son impact sur la santé est plutôt néfaste pour les artères. Dans une campagne de publicité, la marque bio Bjorg a mis l'accent sur l'absence de ce sirop controversé dans ses gammes. Mais les initiatives sont encore peu nombreuses.

Moins de paraben

Les produits cosmétiques et l'hygiène sont le royaume de la chimie... et cela déplaît de plus en plus au consommateur. Résultat, un nombre croissant de marques sortent des références sans paraben, Shampooings, gel douche et autres délaissent progressivement l'utilisation de ce conservateur de synthèse controversé pour un possible rôle cancérigène. Les deux dernières nouveautés shampooing de Garnier font l'impasse sur ce composant, tout comme les colorations permanentes Naturel Color 10 d'Eugene Perma, sans ammoniaque ni paraben.

Moins de revêtement nocif

Ces poêles et ustensiles de cuisine de la gamme Evergreen possèdent un revetement dépourvu de PTFE et PFOA, des substances antiadhésives mais nocives, qui s'accumulent dans l'organisme.

Pour une exploitation raisonnée des forêts

Le FSC (Forest Stewardship Council) est une organisation non gouvernementale internationale qui cherche à promouvoir un mode de gestion responsable des forêts. Ce label de plus en plus présent chez les distributeurs permet de distinguer un bois (et donc des meubles en bout de chaîne) exploités de manière durable. Kingfischer et sa filiale Castorama travaillent notamment sur la mise à disposition de bois FSC, « un label qui offre des avantages considérables, comme une image de marque fortement améliorée, une protection accrue contre les risques inhérents à l'importation de bois, un canal de communication efficace, l'attrait de nouveaux clients, etc. », indique FSC France.

Moins 2100 tonnes d'huile de palme

L'économie réalisée par Findus qui a totalement renoncé à utiliser de l'huile de palme dans toutes ses gammes de produits depuis peu. Elle a été remplacée principalement par de l'huile de colza.

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