Hélène Leclerc, une femme de tous les combats

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L'ÉVÉNEMENT DE LA SEMAINE Femme discrète, mais avec de solides convictions, Hélène Leclerc a reçu, le 12 décembre 2012, un Trophée d'honneur pour l'ensemble de sa carrière. À 85 ans, la mère de Michel-Édouard Leclerc a conservé tout son dynamisme et nous raconte son aventure et son rôle. Passionnant.

«Oui, Michel me ressemble beaucoup. » Après une journée passée à Landerneau, dans le Finistère, entre le manoir familial et la fondation qui porte son nom, Hélène Leclerc lâche cette petite phrase, non sans un sourire malicieux. Il ne faut pas s'y tromper. Si la femme d'Édouard Leclerc n'a jamais fait la « une » des médias, si sur les photos elle apparaît toujours derrière son mari, ceux qui ont côtoyé la famille savent pertinemment quel rôle elle a tenu. Qu'il faut avant tout parler d'un couple, d'une aventure vécue à deux. Quelques semaines après le décès d'Édouard Leclerc et juste avant de recevoir le Trophée d'honneur remis par la rédaction de LSA (récompense qu'elle avait acceptée en début d'année), Hélène Leclerc nous a reçus chez elle, et, chose tout aussi rare, a accepté de parler de son mari, de l'aventure qu'elle a vécue avec lui, mais aussi d'elle et de son rôle en tant que commerçante.

« Nous étions complémentaires », explique-t-elle. « Édouard a eu des idées absolument géniales et moi j'arrondissais les angles. » Un distributeur ose même la comparaison : « Finalement, Hélène était à Édouard ce que Bernadette représente pour Jacques Chirac, un rouage essentiel de sa carrière, de sa motivation et de sa stabilité. » André Jaud, coprésident du Galec et adhérent depuis 1967, préfère dire qu'« Édouard appuyait sans cesse sur l'accélérateur, mais c'était Hélène qui tenait le volant. Ils étaient réellement des partenaires au sein de l'entreprise ». Pour Anny Courtade, la seule femme à diriger une région du mouvement (Lecasud), « Hélène est une femme d'action. Une passionnée. Elle a toujours été la compagne fidèle de son mari et a été de tous les combats. Et si elle n'a jamais été sur le devant de la scène, c'est par respect et admiration pour son époux, mais aussi en raison de son éducation. »

L'HISTOIRE D'UNE FAMILLE

  • 1926 Naissance d'Édouard Leclerc
  • 1927 Naissance d'Hélène Leclerc
  • 1930 Première rencontre avec Édouard... dans la cour de l'école
  • 1948 Nouvelle rencontre avec Édouard
  • 1949 Début des livraisons en camionnette etouverture d'une boutique à Landerneau (20 m²)
  • 1952 Naissance de Michel
  • 1953 Naissance d'Hélène et ouverture de la boutique rue Bélérit, à Landerneau
  • 1956 Premières ventes de textile
  • 1956 Édouard définit les conditions d'affiliation
  • 1957 Naissance d'Isabelle
  • 1958 Ouverture d'un premier magasin à Grenoble
  • 1959 Création de l'enseigne Leclerc Vêtements
  • 1962 Lancement des magasins de textile et de chaussures
  • 1962 Premier supermarché à Brest
  • 1964 Création de l'ACDLec
  • 1976 Lutte contre le monopole des compagnies pétrolières
  • 1982 Ouverture de la première jardinerie
  • 1985 Michel-Édouard devient coprésident de l'ACDelec
  • 1990 Lancement de L. Jeans.
  • 1997 Lancement de la marque Repères
  • 2006 Michel-Édouard Leclerc est nommé président de l'ACDLec
  • 2012 Création de la Fondation Hélène et Édouard Leclerc Septembre
  • 2012 Disparition d'Édouard Leclerc Décembre
  • 2012 Hélène Leclerc reçoit un « Trophée d'honneur » de la part du magazine LSA

Mademoiselle Diquelou, ou la vie tranquille d'une jeune fille de province

Tous deux nés à Landerneau, lui en 1926, elle en 1927, ils se croisent la première fois dans la cour de l'école du village breton. Ils ont alors 3 ou 4 ans. Ils se perdent de vue, puis se retrouvent vingt ans plus tard. Le hasard de la vie, le coup de foudre, la destinée. « Il venait d'acheter des biscuits qu'il n'avait pas encore vendus », se souvient Hélène. Cette fille de commerçant (son père était photographe à Landerneau) menait, selon elle, une vie bien tranquille de jeune fille de province. Mademoiselle Diquelou a pourtant son bac philosophie (ce qui n'était pas si fréquent) et s'intéressait à la musique. Elle tombe sous le charme de l'ancien séminariste et commence par l'accompagner dans ses tournées en camionnette. « Le principe était simple, explique-t-elle. Édouard avait acheté avec un délai de paiement à trente jours. Nous devions donc vendre avant trente jours et au prix des grossistes. » La vente des premiers biscuits encaissés, le couple en achète d'autres, et ainsi de suite.

 

Des débuts difficiles mais passionnants

En décembre 1949, les Leclerc ont 5 000 F en poche ; ils ouvrent leur première boutique - 20 m² et pas encore de libre-service - au 13 de la rue des Capucins. « Dans une maison rectangulaire à un étage dont la façade grise était triste comme un logement de retraité de la SNCF », raconte Étienne Thil dans son livre Combat pour la distribution. Seule originalité, l'unique produit proposé (des biscuits) est présenté « à même le sol dans des caisses empilées jusqu'au plafond et vendu à des prix 25 à 30% moins élevés que chez tous les autres commerçants ». Ce magasin est inscrit au registre du commerce comme « marchand de chocolat en gros et épicerie partielle de troisième classe » ! « C'était encore l'époque du rationnement. Édouard a fait apparaître la vérité sur les prix », se réjouit Hélène Leclerc.

Au début, les épiciers de la ville ne se rendent pas compte que leur nouveau collègue manipule de la dynamite. Ils se moquent : « Ce n'est tout de même pas un gamin de 24 ans, sans le sou, qui va nous faire peur et nous apprendre à travailler. Dans six mois, au plus, on n'en parlera plus. » D'ailleurs, à l'époque, les Leclerc ne font pas de vagues. Édouard ne prêche pas encore devant les micros et les caméras de télévison. Il se fait discret. « C'est vrai que les débuts ont été difficiles, reconnaît Hélène Leclerc, mais la passion a toujours été là. Rapidement, des journalistes nous ont suivis. Certains sont même venus dîner à la maison. »

Malgré les critiques, des clients et des amis commencent à fréquenter la boutique. Édouard et Hélène sont connus dans le village. On vient donc chez les « jeunes fous » pour faire une bonne affaire... et une bonne action. « Au départ, je prenais les commandes, et Édouard livrait. Très vite, des employés ont été embauchés », se souvient Hélène Leclerc. Petit à petit, les ventes ont augmenté. « Nous avons rapidement pris quelqu'un pour nous aider. » D'autant qu'en 1952 la jeune femme met au monde Michel-Édouard, suivi, quelques années plus tard, d'Hélène et d'Isabelle.

 

Une conception du commerce qui dérange

En quelque temps, le chiffre d'affaires bondit, passant de 4,29 millions de centimes à 26,7 millions. Ça commence à faire du bruit dans le Landerneau... La bataille s'envenime. « Il y avait les pour et les contre. Des gens sont venus nous soutenir. Un jour, alors que le magasin était plein, la femme du préfet est passée derrière le comptoir pour me donner un coup de main », raconte Hélène. Mais, petit à petit, les épiciers de la ville exercent des pressions de plus en plus fortes sur leurs fournisseurs pour asphyxier l'impétrant. Ce dernier supporte de multiples tracasseries, dont un contrôle fiscal ! Excédé, Édouard Leclerc va directement frapper à la porte du préfet... Laporte. « Ça bouillonnait autour de nous. Mais face à un obstacle, Édouard avançait tête baissée, sûr de son bon droit », poursuit Hélène. En 1953, le local de la rue des Capucins devient exigu. Le couple transfère son entreprise rue Bélérit. Face à ce succès, les commerçants des environs s'inquiètent et font pression sur les fabricants pour qu'ils cessent de livrer le trublion.

 

Une femme derrière chaque indépendant

Mais les politiques ne l'entendent pas ainsi. Ils sont conscients que l'initiative du jeune Breton constitue une réponse, certes isolée mais localement efficace, à l'inflation. Justement, la hausse des prix est une préoccupation centrale et permanente des gouvernements successifs de la IVe République. C'est pourquoi le ministre des Finances et des Affaires économiques, Edgar Faure, réagit fermement et prend un décret, le 9 août 1953, pour lutter contre les pratiques commerciales restrictives, comme le refus de vente. Une grande victoire pour les Leclerc. « Soit nous les avons appuyés, soit nous les avons combattus. Mais il est vrai que les lois ont toujours été au centre de notre préoccupation et de nos actions. Finalement, quand j'entends le débat sur la TVA sociale, je me dis qu'Édouard avait, encore une fois, raison avant tout le monde », remarque Hélène Leclerc.

En 1955, un autre indépendant ouvre un centre distributeur à Saint-Pol-de-Léon, toujours dans le Finistère. Il applique la formule commerciale d'Édouard Leclerc. « Il s'agissait d'un ami. Nous n'avons jamais eu en tête de monter une affaire extraordinaire. Édouard a toujours pensé qu'il était plus facile de gérer un magasin que trente. C'est pourquoi il a très vite imposé qu'un adhérent ne pouvait détenir plus de deux points de vente », raconte Hélène Leclerc. « Les Leclerc ont aussi imposé l'idée d'un couple à la tête d'un magasin. Cela marchait pour eux, et ils ont rapidement compris que derrière chaque indépendant il y a une femme. Et, après le décès de son mari, la femme prend souvent la tête du magasin... et fait mieux que son mari », ajoute Olivier Bordais, propriétaire d'un Leclerc à Landerneau. Même son de cloche du côté de Serge Papin, président de Système U : « Hélène Leclerc a servi d'exemple à d'autres femmes. Chez Leclerc, bien sûr. Mais globalement pour tous les indépendants. »

L'idée fait rapidement son chemin. En 1956, des grossistes des Côtes-d'Armor ouvrent des magasins, à Tréguier, Lannion ou Saint-Malo. De son côté, Édouard Leclerc inaugure sa première boutique textile. « Très tôt, il a su qu'il ne fallait pas s'arrêter à l'épicerie », affirme Hélène. En août 1957, le mouvement compte 9 centres distributeurs, tous bretons. Il n'y a ni contrat ni lien financier entre Édouard Leclerc et ces épiciers d'un genre nouveau. Seule obligation : grouper les achats à Landerneau. Édouard Leclerc ne facture cependant pas ces « rétrocédés » au-delà du coût réel et leur restitue la totalité des ristournes accordées par les fabricants. C'est en novembre 1957 que paraissent les premiers articles consacrés à cette formule de vente originale. Le premier d'entre eux ne porte d'ailleurs pas sur le fondateur mais sur deux centres distributeurs ouverts coup sur coup, à Rennes, et appartenant à Argenta, une chaîne fonctionnant « sous le procédé Leclerc ».

 

Grenoble ou la bataille du prix bas

En septembre 1958, Édouard ouvre en propre à Grenoble, 69, rue Jean-Jaurès précisément une épicerie baptisée Centre distributeur Leclerc. « Très attaqué en Bretagne, nous voulions sortir de notre région pour éviter d'être étranglés », explique Hélène Leclerc. Le défi est considérable : une localisation éloignée, un réseau de fournisseurs à reconstituer... « La bataille a été très rude », se souvient Hélène Leclerc. En effet, en face, se dresse Roger Berthier, le président de la chaîne de magasins Saveco (Savoir économiser). Lui aussi propose des prix bas... et il a de l'argent en poche. Il met 200 millions d'anciens francs sur la table et ouvre 6 magasins à Grenoble en quelques mois. Les Bretons sont pris en tenaille. Un véritable commando contre Leclerc. Et surtout, « la première vraie bataille du prix bas », se souvient Hélène Leclerc. Résultat : le magasin ne désemplit pas ! Pour le seul mois d'octobre, son chiffre d'affaires atteint 20 millions d'anciens francs. Soit vingt fois plus que dans une épicerie traditionnelle. Pour les Leclerc, le pari Grenoblois est un succès. « J'allais tous les mois à Grenoble pour faire la comptabilité. Nous avons bâti ici notre expérience », assure Hélène Leclerc. Et surtout, la presse mondiale (!) commence à s'emparer du phénomène Leclerc.

L'année suivante, en 1959, l'épicier de Landerneau confie à Jean-Pierre Le Roch l'implantation du premier centre distributeur en région parisienne, à Issy-les-Moulineaux. Il s'agit d'un local de 48 m² dans un atelier désaffecté. La médiatisation de l'inauguration confirme le succès de l'entreprise : on parle de moins en moins de l'«expérience» et de plus en plus du « Mouvement É. Leclerc ». Mais une fois de plus, Édouard se heurte à l'opposition virulente des commerçants traditionnels. Des « vendus !» et autres « valets des trusts! » sont lancés par des manifestants. « Certains pensaient que nous allions ruiner l'économie française. De notre côté, nous étions persuadés de travailler dans l'intérêt des consommateurs », plaide Hélène Leclerc. « Hélène a toujours été présente lors des grandes décisions », relate André Jaud.

 

« Les Ex », une déchirure

Le combat continue. Cette même année, Édouard Leclerc milite avec Max Théret (fondateur de la Fnac avec André Essel), en faveur d'une réforme fiscale. En 1960, il dénonce à nouveau les pratiques anticoncurrentielles de ses concurrents auprès des pouvoirs publics. La circulaire Fontanet, parue le 31 mars 1960, va alors garantir la libre concurrence dans le commerce. En 1964, la France compte 420 Centre distributeur É. Leclerc.

Après avoir longtemps défendu les petits formats, « l'épicier de Landerneau » se convertit aux très grandes surfaces de vente en ouvrant en 1965 un Super Centre dans sa ville natale, puis un véritable hypermarché, à Brest. Il ne transige pas sur l'indépendance des adhérents, qui doivent être pleinement propriétaires de leur magasin. Un désaccord en 1969 sur ce point, et plus généralement une divergence profonde sur l'architecture du Mouvement expliquent le départ d'une partie des adhérents, qui suivent Jean-Pierre Le Roch. Ensemble, ces derniers fonderont « les Ex », qui deviendront Intermarché. « Pour Édouard, la centrale n'était qu'un mal nécessaire, alors que pour Jean-Pierre Le Roch, ce devait être un centre de profits », se souvient Hélène Leclerc. Avant d'ajouter que « ces événements ont été très durs à vivre, très émouvants pour tout le monde. Rapidement, Édouard a dit : ceux qui ne sont pas d'accord n'ont qu'à partir. Des familles se sont séparées ». Ne subsiste plus alors qu'un tiers des adhérents. « Mais ceux qui restaient étaient plein de courage. Et ce sont eux qui nous ont permis de rebondir et d'assurer le succès du Mouvement.

 

Un couple face aux pétroliers

Dans les années 70, les Leclerc poursuivent leur lutte contre les monopoles et s'attaquent à l'industrie pétrolière. En 1976, par moins de 467 procès sont en cours. Le couple fait face : « On a toujours pris des risques. Alors les procès, on finit par s'y habituer. Édouard n'en avait pas peur et moi je faisais tout pour arrondir les angles », assure Hélène Leclerc. Et de peur que des pompistes refusent de les servir, les Leclerc ne se déplacent jamais sans un réservoir « plein à ras bord ». Des manifestations d'agriculteurs et de syndicats agricoles laissent également quelques souvenirs mémorables. « Un jour, on nous a conseillé d'évacuer les lieux face à des manifestants très énervés. Nous sommes immédiatement montés dans une voiture. Quelques kilomètres plus loin, nous avons eu peur, car nous avions l'impression d'être suivi. Finalement, ce n'était que la police », en plaisante Hélène Leclerc. Quant à Édouard, il gardait toujours dans son coffre de voiture un sac de billes... afin de faire trébucher d'éventuels poursuivants ! Une pression syndicale et médiatique « qui nous incita à mettre Michel en pension afin de l'éloigner de ce brouhaha ».

L'aventure américaine est tout aussi épique. « Je m'en souviens très bien. Au départ, nous y sommes allés pour investir dans des puits de pétrole afin de nous approvisionner. Mais le prix du baril ayant fortement baissé et les coûts de forage ayant explosé, nous avons abandonné l'idée », explique Hélène Leclerc. Un adhérent, conquis par les États-Unis, a décidé, en 1991, d'ouvrir un hyper à Baltimore. Un fiasco. « Mais cela ne nous rien coûté. Il s'agissait d'une initiative personnelle d'un adhérent ».

 

Jouer des coudes pour faire sa place

En 2006, Michel-Édouard Leclerc devient président de l'ACDLec (Association des Centre distributeur É. Leclerc). « Je ne suis jamais intervenue dans le choix des mes enfants », assure Hélène Leclerc. Sa fille aînée, Hélène, a épousé François Levieux, notamment le propriétaire du Leclerc de Saint-Médard-en-Jalles, près de Bordeaux. Elle est aujourd'hui viticultrice. Quant à Isabelle, qui s'est longtemps occupée des produits culturels au Galec, elle dirige désormais une librairie dans Paris. « Et si Michel a succédé à son père, il a très vite trouvé sa légitimité et montré sa différence. Il est aussi sensible que moi. Et, je dois le reconnaître, je ne suis pas étrangère à son sens de la diplomatie et à sa passion pour les arts et la culture en général. »

Et que se passera-t-il lorsque Michel-Édouard devra passer la main (en sachant qu'il n'a que 60 ans) ? « On verra bien. Mais il a quatre filles, dont l'aînée a 26 ans. Une femme et une Leclerc à la tête de l'enseigne, ce serait bien, non ? Mais surtout n'allez pas dire que je veux imposer ma petite-fille. Il s'agit juste d'un clin d'oeil... » Ou la revanche d'une femme restée dans l'ombre de son mari... Il est vrai qu'Hélène Leclerc ne rêve peut-être pas de voir sa petite-fille batailler dans le monde macho de la grande distribution. Car elle-même a du pousser des coudes pour y faire sa place. « Très rapidement, Édouard m'a demandé de m'occuper du textile. Petit à petit, j'en suis venue à diriger la centrale. Mais je n'ai jamais recherché des titres et encore moins toute médiatisation. Le textile, j'y suis allée par passion et par conviction. » Elle y resta jusqu'à ses 70 ans.

 

Tissaia, sa fierté

Madame Leclerc a commencé à la Scarmor (la centrale régionale bretonne), où elle a regroupé les achats. « Dès le départ, en 1949, nous avions des marques. J'avais la même idée pour le textile. J'ai beaucoup bataillé pour obtenir le droit d'en vendre. » Chez Lee Cooper et Levi's, ils s'en souviennent encore... « Même si on me recevait très bien, parfois, on me mettait dans un coin, afin que je ne sois pas vue par les autres détaillants.» Était-elle aussi persuasive que son mari ? « Je ne tapais pas du poing sur la table. Ce n'était pas mon style. Je laissais cela à d'autres. »

En revanche, Hélène Leclerc était bel et bien présente pour toutes les imitatives du groupement d'indépendants : les premières ventes de textile (1956), la création de l'enseigne Leclerc Vêtements (1959), les lancements des magasins de textile et de chaussures (1962) ou de L.Jeans (1990). Mais la création de Tissaia, en 1991, reste son grand fait d'arme. « Je voulais proposer de très bons produits pour la femme active de 25-30 ans qui veut s'habiller chic et pratique », explique-t-elle. Elle travaille alors avec un cabinet de style. « Ce qui était rare à l'époque pour un distributeur. » Les produits sont testés dans quelques magasins bretons, puis le succès se confirme. « Il s'agit du seul exemple en France d'une marque de textile lancée par un distributeur alimentaire qui a imposé son propre univers », assure Philippe Breton, consultant et spécialiste en MDD. « Elle avait un goût très sûr, se souvient Anny Courtade. Finalement, et je ne sais pas si la qualificatif va lui plaire, c'était une pétroleuse, une femme en avance sur son temps. » « Des hommes m'ont mené la vie dure. Il ne comprenait rien aux femmes et encore moins au textile », s'amuse Hélène Leclerc. « Au Galec et dans les magasins, elle a toujours soutenu les femmes dans le textile, mais aussi en hygiène-beauté ou dans la parapharmacie. Elle voulait qu'elles s'imposent et les imposer dans un univers très macho », reconnaît André Jaud. Un ancien fournisseur se souvient « d'une femme discrète, mais aux idées bien arrêtées. Sachant être diplomate, alternant entre les petits sourires complices et la fermeté ». « Elle était très accessible et à l'écoute. Il était évident qu'elle aimait les produits », témoigne Dominique Lanson, directeur général de Rica Lewis.

 

Une avant-gardiste aux commandes

À 85 ans, Hélène Leclerc ne veut surtout pas rester inactive. Elle n'en a ni le tempérament ni l'envie. Elle s'occupe avec passion de la Fondation Hélène et Édouard Leclerc. Ce fonds pour la culture a été créé à l'initiative de plusieurs membres de la famille, d'actuels ou anciens adhérents et anciens du Mouvement. « Nous voulons rendre plus accessibles toutes les formes de production artistique », explique-t-elle. L'enceinte de l'ancien couvent de Capucins du XVIIe siècle, à proximité de la première boutique ouverte en 1949, a été rénovée ainsi que la chapelle attenante. La première exposition a été consacrée à Gérard Fromanger. « Notre choix a surpris », reconnaît Hélène Leclerc. « Formanger chez les Leclerc, c'est l'archange de la figuration narrative, le prince des soixante-huitards chez l'empereur de la grande distribution ! », peut-on lire dans la presse. « C'est Serge July qui nous a mis en relation », précise Hélène. La prochaine exposition accueillera dès le 15 décembre les oeuvres de Yann Kersalé, un artiste-sculpteur qui utilise la lumière. Encore un choix surprenant. Mais, finalement, un choix qui reflète parfaitement la vie d'Hélène et d'Édouard Leclerc. Un couple avant-gardiste qui n'a cessé d'entreprendre.

En suivant Hélène Leclerc, pied au plancher au volant de sa voiture, dans la campagne de Landerneau afin de se rendre à la Fondation, on comprend vite qu'elle n'a pas envie de s'arrêter en si bon chemin et encore moins de passer le volant... La réponse fuse : « Un chauffeur ? Pourquoi faire ? Je n'en ai jamais eu. Alors tant que je peux conduire... » Résonnent alors les propos d'André Jaud : « Hélène ? Son rôle n'a jamais été suffisamment valorisé. Ne vous y trompez pas : même si elle paraît douce et posée, elle a toujours été aux commandes. »

1 commentaire

denis

15/01/2017 15h58 - denis

il faut savoir que Madame LECLERC aimait beaucoup le rayon luminaires que j'ai eu l'honneur de gérer pendant 17 ans consécutifs je voyais souvent M.Edouard LECLERC, il achetait tous les matins son journal à la Gare de Landerneau puis allait voir son magasin; il saluait tous les clients.J'ai eu le grand honneur de gérer les rayons luminaires de la région nantaise. Celui qui n'a jamais été fournisseur de Paridis et d'Atlantis ne peu pas savoir le débit qu'il y a dans ces points de vente. J'ai 66 ans je vis une retraite paisible; mon seul regret c'est de n'avoir jamais rencontrer Michel LECLERC, mais comme disait mon ancien Directeur des Luminaires MATHIAS: je ne crois pas aux choses irrémédiables. JE SOUHAITE LONGUE VIE A CETTE ENTREPRISE HONNÊTE QUI A CRÉÉE DE NOMBREUX EMPLOIS. Albert DENIS

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