Hors-série Boissons - Juin 2013

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Chinoiseries


À Bordeaux, les années paires sont toujours de grands millésimes… en matière de visiteurs, car ce sont des années Vinexpo, l’un des plus grands salons au monde. Celui-ci accueille à chacune de ses éditions quelque 50 000 visiteurs et 1 200 journalistes, soit autant de reporters que pour couvrir le Festival de Cannes. En 2011, il avait été intéressant de noter la présence de 2 340 visiteurs chinois. Un chiffre relevé précisément par les organisateurs du salon : deux ans plus tôt, ils n’avaient été que 500 à avoir survolé la moitié de la planète pour déguster nos vins. Cette année, les Chinois tiendront également pavillon. La région du Sichuan fera goûter ses spiritueux comme le moutaï, un alcool à base de sorgho et de blé, et le baiju, un alcool de seigle. Pas encore ses vins. Et pourtant. Tous les experts du vin prédisent que les viticulteurs de l’Empire du Milieu exporteront de bons nectars avant dix ans.

Pernod-Ricard ne s’y est pas trompé en reprenant, début 2013, une marque signifiante pour les Chinois, Helan Mountain, et ses 300 hectares de vignes à la même latitude que la Nappa Valley. À part en champagne – il détient déjà les marques Mumm et Perrier-Jouët et le crémant de Bordeaux, Café de Paris –, le groupe n’a pas l’intention d’investir dans le vignoble hexagonal. L’une des raisons ? À l’instar de ses concurrents, ce fleuron français de l’agroalimentaire, rien moins que le numéro deux mondial de sa catégorie, est un peu excédé par la mise en place de taxes comportementales. Ainsi, celle sur les spiritueux était indigeste pour tous les acteurs et, cerise sur le gâteau, elle n’a pas rapporté la somme escomptée. 220 millions d’euros au lieu des 340 millions attendus. Moins de deux mois avant l’ouverture de Vinexpo, rebelote. L’ombre d’une taxe sur le vin a ressurgit, assombrissant un peu plus le moral des viticulteurs : la mission d’évaluation et de contrôle de la sécurité sociale du Sénat envisageait de réaliser un nouveau rapport consacré à la fiscalité comportementale. Celui-ci aurait sans doute visé le vin, qui, il faut le souligner, est nettement moins taxé en France que les bières et les spiritueux. Devant le soulèvement des puissants lobbies viticoles, cette idée a fait long feu. Las, les fabricants de spiritueux n’ont pas un seul élu pour les défendre, tandis que les députés dont le siège dépend des votes des vignerons sont nombreux.

Cette menace fiscale s’est éloignée, et Vinexpo va pouvoir accueillir sereinement les visiteurs chinois, britanniques ou américains. Des visiteurs qui ne comprendraient pas pourquoi l’État français s’acharne sur des filières économiques dynamiques : les exportations de vins comme celles de spiritueux font depuis de nombreuses années pencher notre balance commerciale du bon côté. Mais peu de politiques en font l’écho. Ils préfèrent parler des ventes d’Airbus, emmener dans leurs voyages officiels les patrons des industries lourdes plutôt que de défendre le fruit de la vigne. Quel dommage !


Sylvie Leboulenger

 

 

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