Hors-série LSA Epicerie – Avril 2022

HS

Après une année 2020 très atypique poussant l’épicerie sucrée et salée vers des sommets de croissance, on pouvait craindre un effondrement. Pourtant, le secteur a globalement bien résisté, ne perdant qu’environ un tiers des gains engrangés en valeur (respectivement - 0,7 % et - 2,8 %) et la moitié des volumes (- 1,8 % et - 4 %) en 2021, selon Iri. Côté épicerie salée, les mesures sanitaires et le télé travail ont engendré un allongement du temps passé à la maison, rappelle le panéliste. Ce qui a dynamisé les produits pour l’apéritif et pour animaux, notamment. En revanche, contrairement à 2020, le nombre de repas préparés à domicile est en nette diminution. Tout comme l’engouement pour la pâtisserie maison. Résultat, une partie de l’épicerie sucrée a subi un net coup d’arrêt, mais contrebalancé par des plaisirs tout prêts, comme les barres céréalières, la confiserie de chocolat, la biscuiterie ou la pâtisserie industrielle.

Qu’en sera-t-il cette année ? Bien malin celui qui pourra dessiner un scénario crédible, tant les incertitudes président. On sait d’expérience que les années électorales ne sont jamais des millésimes exceptionnels pour la consommation en France. Février et mars, particulièrement atones pour le commerce et la grande consommation, l’ont confirmé. Surtout que s’ajoutent un conflit majeur entre la Russie et l’Ukraine – successivement réserve à énergies fossiles et grenier à céréales de l’Europe – et une crise sanitaire qui n’en finit pas de… durer. À l’image des 200 millions de Chinois de nouveau confinés mi-avril dans les grandes villes du pays, certains patrons d’industrie n’écartent pas un nouveau rebond de l’épidémie cet automne. Tous s’attendent à une situation complexe, incertaine, du côté de la demande comme de la production. « Depuis le début de 2020, on gère crise sur crise, nous confiait l’un d’entre eux. On est passé d’un sprint permanent à une course de montagne, parsemée d’obstacles et de dénivelés. »

Parmi ces obstacles, l’inflation est sans nul doute le gros morceau à avaler. D’autant qu’avec la guerre en Ukraine, ce phénomène, que les acteurs pensaient pouvoir maîtriser, devient difficilement contrôlable. Début 2022, les distributeurs pensaient cantonner la hausse des prix de l’alimentaire entre 3 et 4 % sur l’année. Aujourd’hui, la fourchette d’inflation qu’ils anticipent a quasiment doublé avec la guerre, ses effets collatéraux sur l’énergie et les matières premières et les doutes sur d’autres crises potentiellement à venir. Déjà, le prix des pâtes, à fin mars, a augmenté de 13,4 % par rapport à l’an dernier, selon Iri. Ceux de la moutarde, des huiles et de la farine grimpent de plus 7 %. Près de 70 % des PGC affichent désormais des prix en hausse selon un autre panéliste, NielsenIQ.

Quels effets cela aura-t-il sur la consommation alimentaire des Français, qui se disent inquiets de leur pouvoir d’achat ? Un recentrage sur les valeurs sûres et les bonnes affaires ? Un moindre d’impact des innovations ? Sans doute, à moins qu’un autre renversement de situation ne vienne, encore, bouleverser la donne. « Quant aux deux passions de l’incertitude, ce sont la peur et l’espérance », écrivait le philosophe italien Salvatore Veca. Souhaitons que, cette fois-ci, elle penche pour l’espoir.

JPARIGI@LSA.FR

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