Marchés

Hors-série LSA Spécial Marques Responsables – Novembre 2019

HS Nov

Un an après sa publication au Journal officiel et alors que le Sénat veut déjà changer les règles du jeu, la loi Alimentation ne fait pas l’unanimité. Malgré tout ce que l’on peut entendre et lire, j’ai bien du mal à tirer une conclusion définitive sur ce texte. D’abord parce que les dés étaient « pipés » dès le départ. Sous prétexte d’une loi dite Alimentation, il n’a été question que du revenu des agriculteurs. Aucun débat sur la modernisation de ce secteur, sa fragmentation, la PAC... La loi Alimentation est donc une loi agricole qui ne porte pas son nom et qui n’a pas voulu en assumer les causes et les enjeux préférant la recherche du bouc émissaire à l’introspection. Et qui a ignoré la réflexion commerciale et les attentes des consommateurs au profit d’un débat technique et d’enjeux corporatistes.

Qui plus est, il faut reconnaître que les ordonnances de l’article 1, qui prévoit le renversement du mécanisme de la négociation, sont sorties tardivement. Et même si j’avoue ne toujours pas savoir comment seront bâtis ces indicateurs de filières ni comment s’opérera ce fameux ruissellement, les jugements péremptoires sont peut-être un peu précoces. Certes, certains se réjouissent déjà de la hausse du seuil de revente à perte (pas d’inflation généralisée, hausse des marges, fin de la vente à perte sur des références emblématiques…). Mais d’autres s’en plaignent (baisse des ventes sur les produits très touchés par l’inflation, plus de mètres linéaires pour les grandes marques aux dépens des PME…). Preuve qu’il n’existe pas « une » vérité. La question des promotions est aussi sujette à débat. Je comprends le souhait d’industriels de ne pas voir leurs produits bradés à - 70 %. Mais je saisis aussi la difficulté de ces PME qui ont construit leur business model sur la promo. Comme je vois le désarroi des fournisseurs de DPH qui se qualifient de « dommage collatéral » de la loi. D’où de légitimes interrogations sur la suppression du plafond en volume (25 %) et sur l’instauration de dérogations au cas par cas pour des PME ou pour des produits (saisonniers, festifs…).

Ces analyses contradictoires ne m’empêchent pas d’avoir des convictions. Le travail des États généraux de l’alimentation n’a pas été vain car la question du revenu du monde agricole est devenue une préoccupation partagée. La DGCCRF et l’Autorité de la concurrence doivent plus que jamais jouer leur rôle. Le troisième constat porte sur la nécessaire contradiction d’ajuster rapidement la loi pour ne pas mettre en péril des PME, tout en sachant qu’il ne faut pas « tout casser » une nouvelle fois. La dernière commission d’enquête parlementaire avec ses 41 propositions démontrant l’imagination de nos députés… Sous réserve de quelques ajustements simples, il me paraît préférable d’attendre les deux ans d’expérimentation pour décider si une nouvelle loi s’impose ou si un toilettage suffit. Mais il faut en être conscient : la loi qui satisfera tous les acteurs – producteurs, PME, multinationales, distributeurs et consommateurs – n’est que chimère tant les attentes sont contradictoires. Seuls des consommateurs qui changent durablement leurs habitudes d’achats, des professionnels qui travaillent ensemble et un retour solide de la croissance pourraient calmer le jeu et, surtout, générer cette valorisation tant recherchée.

YPUGET@LSA.FR

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