Marchés

Horsegate, et après

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Dossier Difficile de rebondir quand un scandale met à mal une filière déjà fragile. L'affaire du horsegate pourrait bien pourtant être l'occasion pour le secteur de s'offrir un sursaut crucial. Neuf mois après, LSA vous propose un état des lieux précis et les pistes pour sortir de cette crise par le haut.

horsegate
horsegate© LSA

Janvier 2013. Les Britanniques et les Irlandais découvrent que leurs hamburgers contiennent de la viande de cheval. Des millions de steaks hachés sont alors retirés des étals... Quelques jours plus tard, ce que redoutaient les Français se produit : ce vaste trafic de viande a dépassé les îles anglo-saxonnes et arrive dans l'Hexagone. De l'ADN de cheval est retrouvé dans des lasagnes, hachis parmentier et autres moussakas de différents industriels. Leur point commun, découvert quelques jours plus tard, renvoie à un producteur roumain et à un intermédiaire néerlandais basé à Chypre, Jan Fasen. En France, les conséquences se font sentir très rapidement sur les plats surgelés, puis sur le rayon épicerie. Le 26 février, les raviolis vendus à marque Panzani sont, en effet, touchés à leur tour par cette polémique.

La boucherie est un rayon d’appel avec des produits sous promotions permanentes qui le dévaluent.

Jean-Paul Bigard, président du Syndicat des entreprises françaises des viandes (SNIV-SNCP)

Le doute plane

Pour rappel, le chiffre d'affaires des plats cuisinés a reculé de 45% entre le 11 et le 17 février, soit une perte de 1 million d'euros et de 300 tonnes, selon Nielsen. L'affaire fait tache d'huile sur l'ensemble des plats surgelés (-16% en valeur pour la première semaine), et sur le rayon dans sa globalité (-9%). Sur l'épicerie, les consommateurs se sont aussi montrés plus frileux, les volumes achetés ont chuté de 35% aux heures les plus sombres de ce scandale.

Neuf mois après, quel bilan Le consommateur semble toujours peu convaincu par les solutions carnées. Ce contexte de « suspicion », décrit par Aurélien Penot, directeur marketing de Bigard, participe à la morosité de ce secteur. « Mais la consommation de viande baissait déjà avant ce scandale, cela a exacerbé les problèmes existants », souligne Dominique Langlois, président de l'Interprofession bétail et viande (Interbev). Hélas, la boucherie n'a pas attendu le horsegate pour connaître des évolutions négatives, même si celles-ci se sont parfois empirées depuis cet ultime scandale.

Autre handicap récurrent : Jean-Paul Bigard, président du Syndicat des entreprises françaises des viandes (SNIV-SNCP), dénonce la position des distributeurs qui font du rayon boucherie « un rayon d'appel avec des produits sous promotions permanentes qui le dévaluent. » Il dénonce, en outre, « un modèle économique à bout de souffle » affaibli par les accords du 3 mai 2011 qui « ne marchent toujours pas ».

La vache folle encore dans les mémoires

« Bien sûr, il y a un avant et un après horsegate. Mais, finalement, nous avons déjà traversé pas mal de crises dans la viande... », contextualise Bruno Lebon, directeur frais de Carrefour. Les ravages au rayon boucherie se sont, en effet, multipliés depuis la première crise de la vache folle, en 1996, qui reste de loin la plus marquante, parole de distributeurs.

« Chaque crise engendre une réaction différente du public. La plus profonde et celle qui a causé le plus dommages dans les rayons reste celle de la vache folle », confirme Jean-Marie Pouwels, chef de rayon boucherie dans l'hypermarché Auchan-Le Pontet (84).

Fièvre aphteuse, grippe aviaire, bactérie Escherichia coli (E. coli) dans les steaks hachés Lidl... « À chaque fois que le produit " viande " est attaqué, il faut bien comprendre qu'on détruit aussi des métiers », pointe Éric Vigoureux, président de la Fédération de la boucherie hippophagique de France. Ces crises ont pourtant eu une conséquence bénéfique, la vache folle a permis d'améliorer une notion cruciale et porteuse d'image auprès des consommateurs : la traçabilité. La mention VBF (Viande bovine française) est ainsi née la même année que la première crise de la vache folle, en 1996.

Bien sûr, il y a un avant et un après horsegate. Mais, finalement, nous avons déjà traversé pas mal de crises dans la viande… Il faut donc miser sur l’offre qualitative et des valeurs durables pour les surmonter.”

Bruno lebon, directeur frais de Carrefour

L'année suivante, la France rend obligatoire l'apposition sur les étiquettes de la provenance de l'animal, de son type racial (race laitière, à viande, ou mixte) et de sa catégorie. En 1999, un numéro doit être inscrit une fois la bête abattue sur les carcasses et les découpes, pour pouvoir remonter du produit final à l'animal. L'étiquetage des produits a aussi été rendu plus strict à partir de 2000, avec l'ajout de numéro ou de code de référence pour assurer, en plus, le pays d'abattage, le numéro d'agrément de l'abattoir, le pays de découpage et le numéro d'agrément de l'atelier de découpe.

L'attente de décisions drastiques

Dans la boucherie, volumes et achats sont à la baisse

  • - 2,9% L'évolution des ventes de la boucherie en volume, avec 22,4 actes d'achat sur un an
  • - 2,8% Le boeuf, avec 12,3 actes d'achat
  • - 1,4% Le veau, avec 5,9 actes d'achat
  • - 3,3% Le porc, avec 10 actes d'achat
  • - 3,3% Le mouton, avec 4,9 actes d'achat
  • - 5,7% Le cheval, avec 4,6 actes d'achat
  • - 2,5% Les abats,avec 5,2 actes d'achat

Données en CAM arrêté au 16 juin 2013. Source : Kantar Worldpanel

Aujourd'hui, le horsegate n'a pas encore engendré de décisions concrètes. Certes, la France souhaite ardemment que les mentions sur l'origine s'appliquent également aux viandes des plats préparés, dans le but de rassurer après la révélation des pratiques frauduleuses. Mais la Commission européenne, qui étudie ce dossier à l'heure où nous mettons sous presse, semble réticente à l'imposer. Pourtant, les acteurs du secteur s'accordent à dire que cette crise doit devenir l'élément déclencheur pour la prise de décisions drastiques.

Point de fatalisme pour autant, les pistes pour sortir de cette crise existent. Distributeurs et industriels pointent les nombreux leviers d'optimisation. Tendre et Plus (Elivia) est une des rares marques à progresser sur le rayon boucherie au libre-service. « Il faut amener du marketing à ce rayon où 50% des produits sont vendus en poids variables », note Gérald Dorin-Blanchard, directeur marketing d'Elivia.

La demande d'un engagement sociétal

Pour Carrefour, « les clients sont maintenant bien informés, ils attendent désormais un engagement sociétal. C'est ce que nous devons intégrer dans notre offre pour valoriser nos produits », assure Bruno Lebon, directeur frais de l'enseigne.

Dans la filière viande, des polémiques sur l'alimentation de la volaille ont permis de valoriser l'animal . Ainsi, « le label Rouge s'est construit en réaction aux problèmes des farines animales. Aujourd'hui, il représente près de 60% des ventes de volailles entières », se targue Henri Baladier, éleveur et président de la Fédération interprofessionnelle des viandes label Rouge (Fil rouge). Quelques catégories de produits ont déjà su profiter de cette crise en avançant les arguments de qualité et de traçabilité, chers aux consommateurs. Les acteurs des viandes doivent maintenant s'approprier les bonnes idées...

LES RÉCENTES CRISES QUI ONT SÉVI AU RAYON BOUCHERIE

MARS 1996 Première crise de la vache folle
Les autorités britanniques annoncent la possible transmission à l'homme de l'encéphalopathie spongiforme bovine (ESB), autrement nommée « maladie de la vache folle ». Cette crise marque le paroxysme d'années de défiance de la part des consommateurs, depuis la révélation du rôle des farines animales dans l'ESB et leur interdiction en 1990 pour les bovins.

OCTOBRE 2000 Seconde crise de la vache folle
Des bovins ayant côtoyé une vache atteinte d'ESB ont été mis à la vente, ce qui a pour conséquence la seconde crise de la vache folle. Les volumes commercialisés chutent alors encore plus fortement (- 30%) qu'en 1996. La crise devient européenne.

FÉVRIER 2001 Fièvre aphteuse des moutons
La chute de la consommation de mouton entre février et avril 2001 est due à la pénurie de viande ovine. L'UE, suite à la fièvre aphteuse des ovins au Royaume-Uni, a décidé d'un embargo (La France est autosuffisante à 45%). Les importations françaises de viande ovine, dont environ la moitié est d'origine britannique en 2000, baissent de 45% entre février et mars 2001.

OCTOBRE 2005 Grippe aviaire chez les volailles européennes
Arrivée en Europe du virus H5N1, responsable de la grippe aviaire. La crainte d'une transmission de ce virus à l'homme entraîne une forte décroissance de la consommation de volaille. JUIN 2011 Crise sanitaire au sein de Lidl avec des steaks hachés Les steaks, commercialisés sous la marque Steak Country pour les magasins Lidl, ont provoqué l'intoxication alimentaire de sept enfants dans le Nord de la France. Ces steaks hachés étaient fabriqués à partir de viande d'origine allemande, belge et néerlandaise, par l'usine Seb de Saint-Dizier (52).

JANVIER 2013 Scandale de la viande de cheval au Royaume-Uni
Le scandale de la viande de cheval étiquetée comme du boeuf éclate quand les autorités irlandaises découvrent du cheval dans de la viande hachée produite au Royaume-Uni et en Irlande et écoulée dans ces deux pays.

7 FÉVRIER 2013 Lasagnes de boeuf... à base de cheval en France
L'Agence britannique de sécurité alimentaire indique que les lasagnes distribués par Findus, censés être avec du boeuf, contiennent de la viande de cheval. Le lendemain, le fournisseur Comigel met en cause l'industriel Spanghero.

26 FÉVRIER 2013 Impact sur le rayon épicerie
La marque Panzani est à son tour mêlée au scandale de la viande de cheval frauduleuse. L'ADN de cheval est retrouvé dans ses raviolis fourrés à la viande. Cette crise a pris une tournure européenne, avec la révélation d'un intermédiaire néerlandais, Jan Fasen, fournisseur, entre autres, de Comigel et de Spanghero.

AOÛT 2013 Enquête sur de la viande de cheval frauduleuse
Une enquête en cours révèle qu'un réseau mafieux belge aurait introduit frauduleusement des chevaux de selle dans le circuit alimentaire. Cette viande, qui ne peut être consommée du fait de traitements médicamenteux, est déclarée sans danger pour l'homme quelques jours après cette découverte.

Toutes les catégories de viandes touchées

Ventes en valeur et en volume des plats à base de viande, CAM arrêté à fin août 2013, puis en CAD du 28 janvier au 25 août 2013

Source : Iri

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