« Il est nécessaire de renforcer la traçabilité »

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Auchan adapte son dispositif de sécurité des produits, y compris non alimentaires. Les outils et l'organisation évoluent, la loi devenant plus contraignante pour les enseignes. Le groupe n'entend pas pour autant décharger ses fournisseurs de leurs responsabilités.

LSA Vous modifiez votre dispositif de traçabilité en adoptant le système informatique TraceOne. Pour quelles raisons ?

Pierre de Ginestel - Il est nécessaire de renforcer la traçabilité et de se doter d'outils pour rassurer les consommateurs, car leur exigence dans ce domaine est croissante, et nous devons l'anticiper. Ce système permettra d'agir de manière chirurgicale en cas de rappel de marchandises. Nous investissons 500 000 E pour informatiser 3 900 cahiers des charges, soit 250 000 pages, actuellement répartis dans trois armoires dans lesquels nous recherchons les informations en cas d'alerte sanitaire. Lors d'une alerte européenne venue de l'Inde pour des piments, en juin, il nous a fallu six personnes pendant quinze jours pour identifier les fournisseurs concernés, les questionner sur les concentrations d'additifs utilisées, et réclamer leurs réponse. Nous pouvons imaginer que pour chaque industriel, cela a été le même problème. Nous avons traité 300 dossiers d'alertes l'an dernier, dont 140 officielles. En quelques minutes, Trace One permettra de retrouver les lots, les ingrédients en cause. De même, il peut servir à identifier des allergènes, par exemple. Surtout, il permet de confirmer notre parti pris d'offrir des produits Auchan ne contenant pas d'organismes génétiquement modifiés. Au niveau européen, Auchan est la seule enseigne à s'engager sur une offre non OGM sur les produits à sa marque et sur sa marque premier prix Pouce. La traçabilité joue là un rôle essentiel. L'absence d'OGM dans les produits va devenir de plus en plus complexe.

LSA Dans le cas des MDD, un règlement européen précise qu'une enseigne sera assimilée à un producteur aux plans civil et pénal en cas de problème sanitaire. Courez-vous de nouveaux risques, y compris économiques ?

P. de G. - Nous n'avons jamais décliné notre responsabilité sur un produit Auchan. Le règlement européen ne fait que concrétiser, au plan légal, une démarche de traçabilité que nous avions entreprise depuis longtemps. Nous avions ainsi mis en place le Visa Qualité, attribué progressivement depuis cinq ans à nos fournisseurs à la suite d'un audit. Il nous permet d'évaluer leur capacité à réagir et la traçabilité amont chez l'industriel. Auchan demande aussi un contrat de sécurité alimentaire permettant de faciliter la gestion de crise, avec les procédures de rappel, les clés pour déterminer les périmètres concernés, et les interlocuteurs à contacter. Ce contrat sera étendu et systématisé d'ici à la mi-2004. Nous avons d'ailleurs toujours collaboré de manière étroite sur le sujet de la sécurité alimentaire avec les industriels. Quand une crise éclate, c'est toute la filière qui est touchée.

LSA Une période d'accalmie a succédé aux graves crises de la vache folle et autres listérioses. Va-t-elle durer ?

P. de G. - Qui aurait pu prédire les problèmes de dioxine en Belgique il y a quatre ans ? Personne. Nul n'aurait pu imaginer qu'un tel produit dangereux puisse entrer dans la chaîne alimentaire. Et pourtant, c'est arrivé. Il est très important de tracer pour se protéger d'événements déjà connus, mais, grâce à l'organisation mise en place, il sera plus facile de lutter contre l'accidentel, l'incertain et l'improbable.

LSA Comment êtes-vous organisés ?

P. de G. - En aval, nous avons six ingénieurs qualité qui organisent les méthodes de maîtrise de la sécurité alimentaire en ma-gasin. Ils sont relayés par 1 500 journées d'audits pour vérifier les process et la traçabilité à partir des lots fournisseurs sur les stands boucherie et charcuterie. Au total, 30 000 prélèvements pour analyse assurent la sécurité des produits. Pour les produits à notre marque, ce sont les 20 ingénieurs d'Auchan production, département dédié à ces produits et dirigé par Dominique Brabant, qui se consacrent à la recherche et au développement. Ils sélectionnent les fournisseurs et ont la responsabilité de la mise au point des cahiers des charges. Une dizaine de personnes se chargent de gérer les analyses sensorielles durant toute la durée de vie des produits Auchan et 15 000 contrôles qualité ont été effectués en 2002. Deux personnes à l'assurance qualité valident les processus. Enfin, le service clients récolte l'ensemble des remarques, et les transmet aux équipes de contrôle. Il contribue aussi à l'amélioration des produits et, au pire, engage des procédures de retrait.

LSA Une enquête récente de l'INC cherchait à démontrer que des colorants étaient dangereux. L'attention des consommateurs va-t-elle se porter sur des produits non alimentaires ?

P. de G. - Il y a des débats au niveau européen à ce sujet, et un certain nombre de produits sont déjà sur la sellette. S'il y a un ris-que avéré, nous les retirerons, mais il faut se méfier des faux débats. Pour Auchan, l'objectif reste le risque zéro, et ce quelle que soit la marque. Je n'ai pas d'éléments indiquant que les attentes des consommateurs évoluent, mais l'assurance qualité doit s'appliquer à tous les produits, y compris non alimentaires, cosmétiques ou, bien sûr, à destination des enfants. Trace One, qui est adopté dans un premier temps pour l'alimentaire, permettra d'ailleurs de déterminer rapidement les produits qui composent tel ou tel colorant contesté. À terme, nous le mettrons en place pour les 10 000 références non alimentaires, DPH et Paper products*.

LSA Souhaitez-vous connaître l'ensemble de la chaîne de fournisseurs de vos fournisseurs ?

P. de G. - Il est illusoire de croire qu'une banque de données encyclopédique contiendrait tous les éléments de toutes les origines et de tous les numéros de lots. C'est une vue de l'esprit. La chaîne de traçabilité tient compte de la chaîne de responsabilité, et nous n'avons pas l'intention de nous substituer à celle des industriels : aux transformateurs de nous transmettre des produits conformes à la vente en assumant la qualité de leurs matières premières.

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Article extrait
du magazine N° 1829

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