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Il est où le bonheur ? [Edito]

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Yves Puget

Il est où le bonheur ? Cette chanson de Christophe Maé est plus que jamais d’actualité et m’inspire cet éditorial léger en forme de thérapie. Car si, après ­cinquante-cinq jours de confinement, les Français sortent de chez eux (parfois trop…), l’euphorie n’est guère au rendez-vous. La fameuse distanciation sociale se transforme parfois en barrière psychologique et les masques empêchent de voir les sourires ou les grimaces, les acquiescements ou les refus. Dans les magasins, on ne flâne plus, on ne parle plus… On choisit, on prend, on paye et on pare au plus pressé. Ce n’est plus un petit moment de plaisir, juste un acte automatique pour remplir un besoin. Le fonctionnel l’emporte sur le relationnel. L’essentiel prime sur le loisir.

Espérons que ce changement ne soit que temporaire. Car on l’observe également au sein des entreprises. Si le télétravail a fait la preuve de son efficacité, il démontre aussi l’impérieuse nécessité de la vie en commun pour confronter des idées. Après la dixième visioconférence de la journée, nos interlocuteurs finissent par nous irriter… ou nous manquer. Il en est de même au sein d’une filière. Ceux qui pensent que, demain, référencements et approvisionnements seront automatisés via l’intelligence artificielle trouvent dans la pandémie de bons arguments. Pourtant, le dialogue entre un commercial et un vendeur pour évoquer les plans d’affaires, les promos, les nouveautés ou les mises en avant manque cruellement. De ces échanges, parfois de ces confrontations, se révèlent des challenges, émergent des bonnes idées et s’amorcent des collaborations.

Voilà pourquoi j’attends avec impatience ce retour à la vraie vie. Pour qu’on en finisse avec ces débats stériles entre ceux qui veulent le monde d’après et ceux qui réclament le monde d’avant, entre ces people qui écrivent des tribunes dégoulinantes de bons sentiments et ces experts qui assurent que seuls les prix bas ont un avenir. Comme s’il n’existait aucune possibilité intermédiaire et comme si celui qui crie le plus fort avait forcément raison.

« On le veut le bonheur. Tout le monde veut l’atteindre. Mais il fait pas de bruit, le bonheur », chante encore Christophe Maé. Ce fameux bonheur, il est évidemment personnel et/ou familial. Mais je fais partie de ceux qui croient qu’on le trouve aussi du côté de la satisfaction et de l’épanouissement professionnels. Il se cache parfois dans ce simple sentiment d’avoir réalisé une bonne affaire ou une bonne vente, dans ce plaisir de revoir ses clients habituels, dans cette impression d’une négociation commerciale réussie, d’un rayon superbement installé, d’une communication remarquable ou d’un lancement de produit détonnant. Et ces moments, ils se partagent avec ses collègues, ses clients et même ses concurrents. En entreprises ou dans les magasins, il est urgent de retrouver ce goût de l’échange, du débat et de la convivialité. Pour que la morosité et la peur laissent place à l’optimisme et à la bonne ­humeur. Pour qu’on passe et pense enfin à autre chose, que l’on retrouve la densité de notre vie sociale et professionnelle et que Christophe Maé se remette à chanter : « Il est où le bonheur ? Mais il est là. Le bonheur, il est là, il est là. »

ypuget@lsa.fr @pugetyves

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