"Il est possible de vivre sans les marques nationales", Michel Biero, cogérant de Lidl France, responsable des achats

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INTERVIEWINTERVIEW Lidl ne touche que très peu à son offre, du moins en nombre de références. Mais un important travail de sourcing est effectué par Michel Biero et ses équipes. Interview du cogérant de Lidl France, responsable des achats.

Michel Biero, co-gérant achats de Lidl France
Michel Biero, co-gérant achats de Lidl France© Sylvie Humbert

LSA - L’offre de Lidl est assez courte. Comment la définir en quelques chiffres ?

Michel Biero- Chez Lidl, il y a exactement 1621 produits, selon le principe « un besoin égale un produit ». Ce chiffre n’a pas bougé, tout comme le rapport entre nos MDD et les marques nationales, qui est de 90/10. La moitié de notre gamme est composée de produits frais. Et chez nous, être en rupture est une catastrophe. Aujourd’hui, 75% de l’offre est fabriquée en France, un chiffre qui ne pourra jamais atteindre 100%. Nous avons une cinquantaine de marques propres, avec 600 fournisseurs français et 300 à 400 fournisseurs étrangers, dont des grands noms, tel Dalli Group pour nos shampooings. Le but est de monter en gamme. Et nous proposons de plus en plus de produits Saveurs de nos Régions (110 à ce jour), et de frais. Le discount, je ne veux plus en parler!

LSA - Comment gérer la cohabitation des MDD avec les marques nationales ?

M. B.- Les marques ne nous intéressent pas forcément. Certains pensent qu’on ne peut pas vivre sans les marques nationales. Nous allons leur démontrer le contraire. Nos MDD sont au niveau des marques et elles restent 40% moins chères que Monoprix. Prenez la crème antirides à notre marque Cien. Elle a été classée par 60 millions de consommateurs devant des grandes marques beaucoup plus chères.

LSA- Comment sélectionnez-vous vos produits, en relation avec vos fournisseurs ?

M. B.- Quand nous négocions un produit, nous ne nous interrogeons pas sur le prix en premier lieu, mais sur la qualité. Si je demande une pâte à tartiner similaire au Nutella par exemple, je déguste la proposition du fournisseur pendant des mois s’il le faut, jusqu’à ce que les panels consommateurs soient OK. Je chiffre ensuite les volumes, et nous avons un engagement minimum de commande de six mois, sachant que le contrat moyen est d’environ douze mois. Nous n’avons pas de contrat de retour. Une fois que le fournisseur nous a livrés, il n’a plus rien à faire. Nous ne lui renvoyons pas les invendus. D’ailleurs, la moyenne d’ancienneté de nos fournisseurs est de dix ans.

LSA- Qu’a changé la crise des steaks hachés contaminés, en 2011, dans votre organisation?

M. B.- Il y a encore cinq ans, il n’y avait pas de service qualité chez Lidl. Aujourd’hui, il compte 30 personnes. Le steak haché, par exemple, est analysé, à chaque stade de la production. Nous effectuons 400 audits de fournisseurs par an, et demandons un degré de qualité IFS High Level. Depuis trois ans, nous avons eu un seul fournisseur déréférencé pour des problèmes de qualité.

LSA - Comment travaillez-vous avec vos collègues européens ?

M. B.- Nous massifions les volumes. Lidl France achète le vin français pour la France, mais aussi pour toute l’Europe. Le principe est, par exemple, le même sur les fromages français. Pour le CocaCola, similaire partout, c’est Lidl International, basé en Allemagne, qui effectue les achats pour tous les pays. D’un pays à l’autre, Lidl compte 15 à 20% de produits communs, notamment sur les boissons et boîtes de conserves. Si nous voulons organiser une semaine italienne, je contacte mon homologue italien. Ce type d’opération créé un trafic très important, ce sont de véritables produits d’appel. Et le consommateur français est très réactif à ces opportunités.

Propos recueillis Par M. L., J. D., J. P. et Y. P. 

Le parcours de Michel Biero, Lidl France

Le cogérant en charge des achats, né en mars 1973, est titulaire d’un DUT Tech de co. Il a commencé sa carrière chez Lidl France en tant que responsable ventes secteur, avant d’évoluer en interne, devenant successivement manager produits, acheteur, puis directeur des achats.

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Article extrait
du magazine N° 2390

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