"Il faut dépasser la tentation du protectionnisme face au numérique", alerte Philippe Lemoine

Philippe Lemoine, Président de Laser, explique à L’Usine Digitale comment il entend mener la mission sur la transformation numérique de l’économie, que lui ont confiée, le 15 janvier 2014, Pierre Moscovici, Arnaud Montebourg et Fleur Pellerin. Des propos recueillis par Aurélie Barbaux et Thibaud de Jaegher pour L'Usine Digitale

Philippe Lemoine, président de LaSer et actionnaire des Galeries Lafayette, se confie à nos confrères de L'Usine Digitale.
Philippe Lemoine, président de LaSer et actionnaire des Galeries Lafayette, se confie à nos confrères de L'Usine Digitale.© Pascal Guittet – L’Usine Nouvelle

L'Usine Digitale - On a parlé de choc, lorsque Bercy vous a confié la mission sur la transformation numérique de l’économie. Pensez-vous que l’État se trouve face à un choc, qu’il ne comprend pas très bien ?

Philippe Lemoine - Le problème est plus général. J’ai été frappé par les titres parus dans la presse économique française à l’automne 2013. On y parlait de Tsunami numérique, d’abri anti-numérique qui n’existe pas, de révolution numérique qui tue, d’en finir avec l’exception numérique, de 50 start-up qui peuvent tuer votre business

Ces articles reflètent une étape de prise de conscience dans le monde des entreprises et des milieux économiques. Elle est perçue par l’État comme une demande de protection qui risquerait d’entraver le développement des opportunités positives que la révolution numérique peut représenter. Derrière l’idée de cette mission d’anticipation, il y a donc l’idée de dépasser cette tentation de protectionnisme, pour proposer une vision plus équilibrée.

Visite surprise de François Hollande chez Vente privée. Inauguration d’un incubateur français à San Francisco. On a le sentiment que l’Élysée cherche à rattraper son retard en matière d’économie numérique. Est-ce la bonne méthode ?

Il me semble que cette mission s’inscrit dans un bon momentum. Il est clair que le Gouvernement vise à établir de nouvelles relations avec le monde des entreprises. Ce qu’il faut désormais, c’est dégager un référentiel et un langage qui inscrivent ces relations nouvelles dans la modernité. Les visites symboliques dont vous parlez y participent. J’espère que le rapport sur la transformation numérique y contribuera également.

La mission vous a été confiée par Bercy. Vous ne regrettez pas que ce ne soit pas par Matignon ou l’Élysée ?

C’est plus une question de procédure. Que ce soit Bercy qui fasse la lettre de mission permettait d’aller plus vite. Parmi les origines de cette mission, il y a ma candidature pour prendre la tête du Commissariat général à la stratégie et à la prospective. J’avais alors écrit plusieurs notes sur la transformation numérique de l’économie. Ce n’est pas l’orientation qui a été retenue pour le Commissariat. Mais sur le fond, toute une partie de la réflexion sur les enjeux de la transformation numérique et du dialogue avec les entreprises a fait son chemin, notamment à Bercy.

Arnaud Montebourg serait prêt à bouter Google hors de France. Ses déclarations donnent le sentiment qu’au sein du gouvernement tout le monde n’est pas d’accord sur la position à adopter vis-à-vis du numérique. Êtes-vous confronté à ces écarts de point de vue ?

Je n’ai pas senti, lors des discussions sur la mission, de divergence entre les ministres, ni sur la vision du numérique, si sur le périmètre de la mission.

Justement, une liste de secteurs était jointe en annexe de votre lettre de mission. Savez-vous déjà lesquels vous allez retenir ?

Il est encore trop tôt. Nous en sommes à mettre en place les moyens pour remplir la mission, qui comporte trois volets. Un de prospective et de pédagogie pour s’assurer que tout le monde partage le diagnostic. Le deuxième volet vise à fédérer les acteurs, en faisant réfléchir ensemble entreprises, partenaires sociaux mais également administration. Enfin, le dernier volet consiste à faire des recommandations et des propositions d’actions, aussi bien pour les pouvoirs publics que pour les acteurs eux-mêmes.

Une demi-douzaine de secteurs pourrait être retenus : il ne devra pas s’agir uniquement des secteurs cristallisant le plus de difficultés à ce jour, mais de secteurs représentatifs des enjeux auxquels font face les organisations dans la transformation numérique de l’économie.

Un correspondant permanent de la DGCIS, Benoît Blary, a rejoint la mission. Elle aura deux rapporteurs : Alexandre Moatti, du Conseil général à l’économie et Tania Lasisz, du SGMAP. Et nous avons déjà monté un groupe d’experts, qui s’est réuni pour la première fois début février. Il va travailler sur le choix des secteurs, en commençant par réfléchir à la notion même de secteurs, de métiers, de filières. Enfin, nous finalisons la sélection d’un cabinet de consultants qui fournira un appui sur le périmètre complet de la mission. POURSUIVEZ CET ENTRETIEN CHEZ NOS CONFRERES DE L'USINE NOUVELLE

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