Il faut passer du discours au “ faire ”

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INTERVIEW Ancien ministre de l’Économie et du Redressement productif, Arnaud Montebourg s’est lancé en 2018 dans le miel français avec Bleu Blanc Ruche, puis dans la culture des amandiers avec La Compagnie des amandes et, depuis avril dernier, dans les glaces avec La Mémère (Compagnie laitière des glaces paysannes). Des projets en ligne avec les engagements politiques de ce héraut du made in France, qui plaide toujours pour un modèle privilégiant les circuits courts et une meilleure rémunération des producteurs.

Les agriculteurs associés réalisent eux-mêmes les glaces paysannes de la marque La Mémère.
Les agriculteurs associés réalisent eux-mêmes les glaces paysannes de la marque La Mémère.

LSA - Depuis 2018, vous avez lancé trois marques sur différents secteurs de l’alimentaire mais toujours axées sur le made in France. Pourquoi ce choix ?
Arnaud Montebourg -
Le made in France fait partie de mes convictions. Et pour le défendre, il faut passer du discours au « faire ». Les chiffres sont parlants : la part de l’industrie dans la richesse nationale n’a cessé de diminuer ces vingt dernières années pour ne représenter plus que 11 % aujourd’hui. La raison de ce déclin est simple : nous avons trop laissé faire, sans proposer assez de mesures de soutien. Quand un pays importe 65 % de ses fruits et légumes, il y a un problème !

Nous avons laissé s’installer les importations intra-européennes mais les questions du dumping social et environnemental doivent être mises sur la table. La crise du Covid-19 a révélé nos défaillances, mais le made in France n’est pas seulement une attente forte des consommateurs : c’est un vrai mouvement de société qui touche également de nouvelles couches entrepreneuriales. Le capital-risque commence aussi à s’intéresser à tous ces produits fabriqués en France et qui se vendent bien. Car oui, le made in France, ça marche !

Peut-on tout relocaliser ?
A. M. -
La relocalisation se fera, mais elle prendra du temps. Elle nécessite aussi de repenser le logiciel libéral actuel et d’inventer de nouveaux modèles économiques. C’est pourquoi j’ai choisi de créer des marques équitables sur des secteurs en péril, comme l’apiculture.

Aujourd’hui Bleu Blanc Ruche compte 45 apiculteurs sous contrat pluriannuel. Nous achetons le miel entre 5 et 10 % plus cher que le prix moyen et l’apiculteur augmente le cheptel d’abeilles en échange : 3 500 ruches ont été installées en deux ans.

Depuis 2019, La Compagnie des amandes réimplante l’amandier en France sur un modèle équitable : nous n’achetons pas la terre, nous investissons et sommes associés à 49 % avec l’arboriculteur et partageons la valeur. L’alliance du capital et du travail nous permet de gagner notre vie ensemble. La Mémère fonctionne sur le même principe : nous proposons aux agriculteurs associés de leur fournir formation et matériel pour réaliser les glaces dans leurs exploitations et payons le litre de lait 0,80 € contre 0,45 € en moyenne pour le lait bio. En rémunérant mieux les producteurs, nous sommes capables de faire renaître des filières disparues.

Propos recueillis par V. Y.

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Article extrait
du magazine N° 2613-2614

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