« Il faut pérenniser la filière viandes d’Intermarché »

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Lancer une démarche de contractualisation auprès des éleveurs Déjà fait. Intégrer l’outil industriel et l’abattage Aussi. Le Groupement des Mousquetaires veut, aujourd’hui, aller plus loin pour structurer sa filière viandes. C’est-à-dire aider financièrement de jeunes éleveurs à s’installer et maintenir les capacités de production des élevages en place. Objectif : pérenniser ses approvisionnements pour continuer à proposer dans son rayon boucherie une viande 100% française sur le bœuf et le porc.

En rayons, ce plan de bataille passe par des recrutements de bouchers à former. L’enjeu est de taille dans ce pôle frais malmené par le horsegate, où l’enseigne capte 14% de part de marché en volume (derrière Leclerc). Dominique Langlois, président de la filiale SVA Jean Rozé, et Christophe Bonno, directeur général du pôle industriel, décryptent les enjeux de ce projet estimé à plus de 1 million d’euros.

LSA - Vous lancez, à l’occasion du Salonde l’agriculture, un plan de relance pourla filière viandes. Y a-t-il aujourd’hui un risque pour l’avenir des élevages français

Dominique Langlois - La situation des éleveurs est actuellement fragilisée en France. Ils travaillent sept jours sur sept pour un revenu annuel

650 apprantis bouchers

par an vont être recrutés d’ici à 2016 (contre 400 actuellement)

moyen compris entre 12 000 et 15 000 €. Le risque, c’est de voir disparaître les élevages au profit de la culture céréalière, qui demande moins de travail et est beaucoup plus rémunératrice. Nous mettons donc en place une aide financière pour les soutenir, pérenniser les filières, et donc nos approvisionnements.

LSA - Comment cette aide va-t-elle être distribuée

D. L. - L’aide concerne surtout la filière bovine et l’élevage de brebis. Elle s’adresse aux éleveurs en contrat avec notre outil industriel SVA Jean

14%

La part de marché, en volume, du Groupement sur la viande

Source : Intermarché

Rozé, ou qui souhaitent le devenir. Nous avons trois objectifs : participer à l’installation de jeunes éleveurs, pour qu’ils obtiennent plus facilement un prêt auprès des banques par exemple, maintenir les capacités de production et faciliter les agrandissements d’élevages. 280 € seront alloués à chaque animal supplémentaire mis en place et 50 € seront versés à chaque extension d’élevage. Le but est de générer 10 000 places d’engraissement, 3 500 créations d’élevages et 6 500 rénovations.

LSA - Votre outil industriel est-il suffisantau vu de vos objectifs

Christophe Bonno - Nous disposons actuellement de quatre abattoirs répartis dans les gros bassins de production, et notre outil n’est pas saturé. Nous sommes en capacité d’absorber les animaux issus de ce nouveau dispositif. Nous menons, en parallèle, une réflexion pour approfondir encore plus notre ancrage local dans chaque point de vente. Pour ce sourcing de proximité, nous pourrons être amenés à créer des partenariats avec des abatteurs locaux qui viendront livrer la carcasse en magasins pour la découpe. Nous avons notamment des pistes en ce sens pour la blonde d’Aquitaine, le bœuf du Limousin et la montbéliarde.

LSA - Ce plan d’action ne concerne donc pasla viande porcine et l’agneau…

C. B. - Pour le porc, nous avons déjà un autre type d’accord. Nous offrons à nos éleveurs qui respectent scrupuleusement notre cahier des charges, en termes de poids de l’animal notamment, 2 centimes d’euro supplémentaires au kilo par rapport au prix du cadran. Pour l’agneau, la problématique est différente. Aujourd’hui, nous sommes autosuffisants en France à moins de 50%, mais la consommation ne cesse de décroître. La Chine se met à acheter de plus en plus d’ovins en Nouvelle-Zélande, ce qui va poser problème pour nos importations. Nous réfléchissons à faciliter les mix d’élevages en ovins et bovins.

LSA - Comment cet effort va-t-il se traduiresur le point de vente

D. L. - Pour l’instant, l’heure est aux contrats, nous réfléchirons plus tard à sa traduction en rayons. Mais nous valorisons déjà notre offre locale au rayon boucherie. Que ce soit au rayon coupe ou libre-service, nous proposons uniquement du bœuf et du porc d’origine française. Nous achetons aussi 1 500 animaux de concours par an, dont nous mettons les récompenses en avant sur nos stands traditionnels. Enfin, nous avons été les premiers à mettre en place en magasins le nouvel étiquetage « Viandes de France » [qui prévoit un logo pour les animaux nés, élevés, abattus et transformés en France, NDLR], le 22 février dernier. Nous valorisons aussi la viande avec nos bouchers. Nous menons actuellement une grande campagne de sensibilisation car nous souhaitons recruter 650 apprentis par an d’ici à 2016, contre 400 actuellement. En plus de notre centre de formation Fordis, nous faisons aussi un tour de France des CFA pour créer de nouvelles places dans les cursus existants.

LSA - Votre annonce intervient tout juste un an après le horsegate…

C. B. - Intermarché a un rayon viandes qui résiste bien, surtout sur le trad’ : nous sommes à 14% de part de marché en volume, soit la deuxième enseigne sur la viande derrière Leclerc. Pour maintenir nos performances, nous restons à l’écoute de nos clients, qui sont en attente d’une offre sûre, transparente. Ainsi, d’ici à fin 2014, l’ensemble de nos plats cuisinés frais et surgelés et de nos produits de charcuterie à marque propre auront le logo « Viandes de France ». Il s’agit d’un grand pas en avant, car nous nous coupons de plusieurs solutions d’approvisionnement.

LSA - Irez-vous jusqu’à imposer ce logo aux marques présentes dans vos rayonsqui proposent des produits carnés

C. B. - Cette démarche reste volontaire. Nous nous l’imposons à nous-mêmes pour créer un repère de confiance pour le consommateur. La loi consommation de Benoît Hamon prévoit d’indiquer l’origine des viandes, cela va dans le bon sens. Maintenant, la Commission européenne doit revoir sa copie. 

Propos recueillis par Julie Delvallée

Ce que font déjà ses concurrents

  • Carrefour metainsi en placeson « Engagement qualité Carrefour »au service dela boucherie. Il garantit des animaux élevéset abattus en France, avec contrôle des élevages annuellement et des méthodes d’élevage respectueusesde l’animal et de l’environnement.
  • Auchan s’est axé sur les races à viande et le bio. Depuis 1995, Terrena lui fournit son bœuf bio. En 2004, 1 000 éleveurs se regroupent, sous Unébio, pour la livrer en produits carnés bio. En 2005, la SA4R, groupement de 450 éleveurs, liele veau de l’Aveyron et du Ségala à Auchan (11 000 veaux concernés en 2013).
  • Système U s’associe à des partenaires locaux et élaboredes cahiers des charges au-dessus des standards du marché pour garantir des viandes à marque propre plus qualitatives ; dernier accord en date avec Terrena, qui devient son unique fournisseur de découpes de porcs (LSA n° 2308).

Le plan de relance des Mousquetaires

  • Plus de 1 M € pour aider des nouveaux éleveurs à s’installer et pour faciliter les agrandissements d’élevage.
  • La création sur trois ans, de 10 000 places supplémentaires pour les bovins et de 24 000 pour les brebis.
  • La mise en place d’une charte « Producteurs Mousquetaires » pour renforcer l’offre de proximité. Cela engage une réflexion sur le sourcing en fonction de chaque point de vente pour garantir une offre locale en magasin qui s’accompagnerait d’accord avec des abattoirs locaux.
  • Le recrutement de 650 bouchers par an d’ici à 2016 (contre 400 actuellement) et la volonté de créer 200 places par an dans des Centres de formations des apprentis. Plus un plan de com’ de 500 000 € pour faire connaître le métier et susciter des vocations.

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Article extrait
du magazine N° 2309

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