"Il faut siffler la fin de cette course à la destruction de valeur", Renaud Dutreil, PDG de Fontaine Jolival

Son parcours n’est pas banal. Cet ancien ministre des PME et du Commerce est aujourd’hui patron d’une petite société, Fontaine Jolival. Pour LSA, Renaud Dutreil évoque les mesures qu’il envisagerait de prendre s’il était encore un homme politique.

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Renaud Dutreil, ancien ministre et PDG de Fontaine Jolival, a répondu aux questions de LSA

LSA - Voici un an, vous avez repris une eau de source, Fontaine Jolival. Pourquoi ?

Renaud Dutreil - C’est un pari, un coup de cœur. Je suis persuadé que les sources totalement préservées vont prendre de la valeur, surtout si elles sont d’origine française. Fontaine Jolival est une eau filtrée dans un mille-feuille géologique propre à la Charente, cela pendant vingt mille ans d’après les analyses de datation au carbone 14 que nous avons effectuées [quinze ans pour l’eau d’Evian, NDLR]. Cette eau ne contient pas de nitrate, elle n’a jamais été affectée par l’activité humaine. De nombreuses maisons de cognac l’utilisent pour allonger leurs eaux-de-vie lors de dégustations. J’ai eu l’occasion de le constater lorsque j’étais chez LVMH.

LSA - Votre eau est vendue en grande distribution. Avez-vous eu l’occasion d’aller respirer l’atmosphère d’un box de négociation ?

R. D. - J’ai accompagné mon directeur commercial à de nombreuses reprises, et j’ai vécu des expériences très contrastées lors de ces rendez-vous. La plupart du temps, cela a été des expériences positives, avec des gens accueillants, impliqués, ayant des discours très ouverts sur les produits régionaux. Cependant, j’ai parfois été surpris, voire choqué, par certains qui ignoraient tout des caractéristiques des eaux, de leur teneur en minéraux, de l’histoire des sources. J’y ai vu un défaut de formation, alors que je pensais naïvement qu’elle était clé dans les métiers du commerce.

LSA - Avez-vous été surpris par d’autres choses ?

R. D. - Je pense que c’est moi qui en ai surpris plus d’un en refusant le système des promotions. Je vends mon produit au prix le plus juste. Je ne peux pas me permettre de le vendre sous promotions, car mes charges, elles, ne sont pas élastiques. Je ne paie pas mes salariés un mois sur deux. Et puis, les promotions dégradent l’image des marques auprès du consommateur. Cela me fend le cœur quand je vois des marques d’eau vendues à l’étranger comme des marques de luxe, alors qu’elles sont bradées en France…

LSA - Si vous étiez ministre du Commerce après une expérience de patron, quelles seraient vos propositions pour relancer l’emploi dans le commerce ?

R. D. - Il est vrai qu’entre la rigidité du code du travail et le coût très élevé des charges sociales, le système français a poussé les commerçants à déshumaniser ce métier de service, à sabrer dans les emplois. Aux États-Unis, 16 % de la population active travaille dans le secteur du commerce, contre moins de 10% en France. Là-bas, la flexibilité en termes d’organisation du travail est telle qu’il y a deux personnes à chaque caisse, l’une qui encaisse, l’autre qui remplit les sacs, avec des « dispatcheurs » pour gérer les files d’attente, ainsi que de vrais connaisseurs des produits et des marques. En France, les magasins sont devenus des lieux déshumanisés, faute de personnel. Il est de la responsabilité des pouvoirs publics de permettre aux commerçants d’embaucher pour qu’ils puissent créer de meilleurs services dans les magasins, comme c’est d’ailleurs déjà le cas dans de nombreux rayons boucherie ou traiteur.

LSA - Comment ?

R. D. - Il me semble que nous pourrions supprimer les charges sociales pour les petits salaires, niveau Smic, et compenser cette perte d’environ 500 € par salarié en augmentant la TVA. Cette baisse des charges permettrait de créer des centaines de milliers d’emplois dans le secteur. La France fait figure d’exception en voulant tout automatiser. Elle a, comme les autres pays, détruit des emplois qui pouvaient être remplacés par des machines. Mais, contrairement aux autres pays, elle n’en a pas créé là où les machines ne remplacent pas l’humain : l’éducation, la santé, le commerce ou encore l’hôtellerie.

LSA - Que préconisez-vous pour stopper la guerre des prix ?

R. D. - Les enseignes ont tout essayé pour gagner de la part de marché. Aujourd’hui, elles sont quatre, de poids quasi équivalent. Elles devraient stopper la spirale infernale des promotions, qui est destructrice de valeur, d’emplois tant dans l’industrie que dans le commerce. Ce que les Français croient gagner en pouvoir d’achat, ils le perdent dix fois par la destruction d’emplois, de qualité et d’entreprises.

LSA - Mais les consommateurs adorent les promotions. Difficile de les en priver.

R. D. - C’est vrai. Il faut siffler la fin de cette course à la destruction de valeur. Expliquer aux Français qu’ils se font duper, que la surenchère de promotions et la désinflation nuisent à leur pouvoir d’achat, contrairement aux idées reçues. Si les 4 milliards d’euros que coûtent les promotions sur les 100 milliards de chiffre d’affaires du commerce étaient réinvestis dans l’emploi, cela permettrait des milliers d’embauches. Le pouvoir d’achat moyen augmenterait. Le chômage baisserait enfin.

LSA - Reviendrez-vous un jour en politique ?

R. D. - Je suis pour la limitation de la vie politique à quinze ans maximum d’affilée, tous mandats confondus. Je me suis appliqué cette règle et je m’en porte très bien. Il me semble que trop peu d’hommes politiques ont vécu la vie d’un entrepreneur, d’un commerçant ou d’un salarié. Ils pensent connaître les difficultés des gens parce qu’ils « vont sur le terrain », visitent des usines, enfilent des bottes, vont dans des fermes… Mais l’on ne connaît bien que ce que l’on a vécu soi-même.

Le CV étonnant de Renaud Dutreil

Ministre chargé des PME et du Commerce de 2002 à 2007, Renaud Dutreil a fait voter plusieurs lois qui ont facilité la création d’entreprises et leur transmission (Dutreil 1) et ont modernisé et libéralisé les relations industriels-enseignes (Dutreil 2). En 2008, il part aux États-Unis pour diriger la filiale locale de LVMH. En 2012, il crée le fonds d’investissement Belleville Solutions, dont fait partie Fontaine Jolival.

 

Fontaine Jolival

Basée dans les Charentes, la source Fontaine Jolival (25 millions de cols par an) a récemment fait parler d’elle car elle est l’eau du PSG. Le club parisien cherchait en effet une eau pure signée de son nom. Disponible chez Franprix, Casino et bientôt dans la plupart des enseignes en Ile-de-France.

 

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