« Il faut une taille minimale pour peser suffisamment »

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En rachetant Le Seuil, l'heureux éditeur de « la Terre vue du ciel » donne naissance au troisième éditeur français derrière Hachette Livre et éditis et au premier groupe indépendant devant Gallimard. Une nouvelle étape dans l'actuelle recomposition du paysage éditorial hexagonal.

LSA - Sans le rachat de VUP-éditis par Lagardère, le nouvel ensemble La Martinière- Le Seuil aurait-il vu le jour ?

hervé de la Martinière - Ce n'est pas évident. L'offensive de Lagardère nous a en effet donné l'occasion de nous rencontrer Claude Cherki, PDG du Seuil, et moi-même. D'abord pour mener un combat, aux côtés d'Antoine Gallimard, contre le rachat de VUP-éditis et pour la défense de l'indépendance des éditeurs. Puis, la fréquentation commune et régulière du Thalys pour nous rendre à Bruxelles aidant, nous avons peu à peu pris conscience que, dans la nouvelle configuration de l'édition, il était nécessaire de nous renforcer afin de dépasser le seuil critique atteint par chacun de nous. Comme les éditions du Seuil allaient se heurter à court terme à des problèmes de renouvellement d'un actionnariat familial et morcelé, ce rapprochement a finalement pris la forme d'un rachat. Le nouvel ensemble La Martinière-Le Seuil pèsera aux alentours de 280 MEde chiffre d'affaires, ce qui le situera au troisième rang de l'édition française derrière Hachette Livre et éditis. Il sera présent en France tout comme à l'international sur l'ensemble des secteurs du livre, en dehors du scolaire, ainsi qu'au niveau de la diffusion-distribution. Cela nous permet de devenir un interlocuteur incontournable face aux plus grands.

LSA - Concentrations, diversification, internationalisation... l'édition française est-elle en train de muter, de devenir un marché comme les autres soumis aux impératifs de rentabilité et d'économies d'échelle ?

H.D.L.M - Sans nul doute. D'une part, il y une notion d'édition traditionnelle qui prend fin. Cela touche des maisons comme Flammarion, Le Seuil, Gallimard ou Albin Michel. Mais il s'agit là surtout d'une question de successions. Dans le même temps, le marché de l'édition se mondialise. C'est inévitable. Il suit en cela le monde de la communication et ses perspectives de rentabilité attirent les grands groupes. Tant qu'il y avait deux pôles majeurs, en l'occurrence Lagardère et Vivendi, pour se faire contrepoids, une certaine forme d'équilibre était maintenu. En revanche, la perspective d'un rapprochement entre les deux, qui aurait abouti à l'émergence d'un monopole détenant 60 % du marché, a déstabilisé l'ensemble de la filière. Nous assistons à une recomposition du paysage éditorial français, qui passe d'une ère quasi artisanale à une ère que l'on peut qualifier d'industrielle. Rien ne peut arrêter cette dynamique, l'édition ne fonctionne plus en vase clos. Aujourd'hui, il faut atteindre une taille minimale pour peser un poids suffisant et prendre part aux mouvements de restructuration. Mais en dépit de ces évolutions, le premier moteur de l'édition demeure et demeurera la créativité des auteurs.

LSA - Est-ce la fin des éditeurs indépendants ?

H.D.L.M - Non, dans la mesure où indépendant signifie vivre exclusivement sur un seul univers, celui de l'édition. D'ailleurs, nous devenons le premier éditeur indépendant français et notre alliance garantit en large partie cette indépendance. Mais un éditeur, pour se développer et attirer des auteurs, ne peut pas faire abstraction d'un minimum de rentabilité, même si il n'est pas toujours bien vu dans un certain milieu de parler de chiffres. Cela n'est pas antinomique avec la dimension créative, loin de là. Une situation financière saine permet de donner leur chance à de nouveaux auteurs. Dans le domaine du livre illustré, qui est le secteur de prédilection des éditions de la Martinière, proposer des prix de vente abordables nécessite d'allonger les tirages et pour cela de se tourner vers l'étranger. C'est dans cet objectif que, depuis notre création en 1992, nous avons acquis Knesebeck en Allemagne et surtout, Abrams, le leader des livres d'arts américains.

LSA - Comment allez-vous financer l'acquisition du Seuil et quelles synergies en attendez-vous ?

H.D.L.M - Ce rachat est réalisé par endettement bancaire pour les deux tiers et par une augmentation de capital pour le tiers restant. Celle-ci est réservée aux actionnaires actuels de La Martinière, c'est-à-dire principalement la famille Wertheimer (propriétaire de Chanel), le fonds d'investissement Natexis et moi-même. Avec 17 à 19 % des parts, je conserverai la majorité des droits de vote au conseil d'administration. Après approbation de la direction de la Concurrence, l'opération devrait être finalisée dans le courant du mois de mars. Il s'agit d'un rapprochement de complémentarité de deux maisons qui fonctionnent bien : nous sommes leader du livre illustré et bien implanté à l'international, Le Seuil a une position privilégiée dans la littérature générale ainsi que dans la diffusion-distribution.

Le nouveau groupe acquiert d'emblée une cohérence propre. Aucune restriction sur le plan de l'effectif ou du périmètre éditorial n'est donc en vue, au contraire. Il faut maintenant laisser le temps aux équipes d'apprendre à se connaître, à mesurer leurs nouveaux moyens. Les synergies s'imposeront d'elles-même plus tard. Il est sûr que des réflexions communes seront menées pour optimiser les pôles internationaux ou la fabrication. Notre univers de diffusion a par ailleurs tout à gagner d'un rapprochement avec Le Seuil, qui dispose d'une force de vente bien implantée sur les librairies de deuxième niveau et la grande distribution. Mais le plus important c'est que nous partageons avec Claude Cherki, qui continuera de diriger Le Seuil et assurera la vice-présidence du nouveau groupe, une identité de vue sur le marché de l'édition et les menaces auxquels il doit faire face.

LSA - Pourriez-vous être intéressé par les actifs d'Editis mis en vente ?

H.D.L.M - Non, le rapprochement avec Le Seuil constitue un chantier largement suffisant pour cette année. Mais je resterai bien sûr vigilant et je veillerai à ce que les recommandations de Bruxelles soient bien appliquées dans la reprise d'éditis auquel je souhaite un repreneur unique.

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Article extrait
du magazine N° 1846

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