Ils courent ils courent, les Français

|

Dossierenquête - Ils sont partout, dans les parcs, les rues et les stades. De tous âges et de toutes conditions physiques. Les adeptes de la course à pied sont de plus en plus nombreux en France. Une aubaine pour les marques de sport.

Didier, 38 ans, dossard numéro 45 223, fait partie des 35 000 participants de la 31e édition du Marathon de Paris, qui se sont élancés le 15 avril 2007 de l'avenue des Champs-Élysées, pour un périple de 42,195 km. « C'est une belle randonnée, s'amuse-t-il. Une manière sympa de redécouvrir Paris ! » Pour son premier marathon, ce chef d'entreprise, qui enfile ses baskets trois à quatre fois par semaine, a choisi de se faire plaisir. La course contre le chrono ? Il préfère la laisser aux autres.

Débutants, coureurs réguliers, sportifs aguerris ou jogger occasionnels, ils sont des milliers comme lui à avaler les kilomètres, et un peu plus nombreux chaque année. Les dizaines de compétitions qui se tiennent un peu partout en France connaissent un succès grandissant. La Parisienne, qui s'est déroulée le 17 septembre 2006 à Paris, a réuni plus de 10 000 candidates au podium au pied de la tour Eiffel, point de départ de cette épreuve longue de 6 kilomètres réservée aux femmes. Elles n'étaient que 1 500 lors de la première édition en 1997. Quant aux inscriptions pour la 31e édition du Marathon de Paris, elles étaient closes en moins de deux mois.

Le plaisir de se surpasser, quel que soit son niveau

« Le marathon est l'une des seules compétitions où le sportif lambda et l'élite se côtoient », rappelle Bruno Lacroix, rédacteur en chef de « Jogging International ». Alors que les premiers coureurs sont déjà rentrés chez eux, Louison, 31 ans, attaque le bas de l'avenue Foch. La ligne d'arrivée n'est plus qu'à quelques mètres. Elle aura mis plus de cinq heures pour boucler l'épreuve. « C'était l'enfer, mais j'ai réussi !», lâche la jeune mère de famille, avant que son mari, venu la soutenir avec ses deux fils, lui jette une couverture sur les épaules et lui tende une bouteille de Vichy St-Yorre. Louison peut être fière d'elle : elle a remporté le défi sportif que nombre de Français rêvent de relever un jour, courir un marathon. Selon la dernière enquête réalisée pour Adidas par l'institut LH2, ils sont en effet 7 % à vouloir tenter l'exploit, alors quils ne sont que 5 % à souhaiter sauter en parachute, 3 % à désirer faire de la voile ou à vouloir participer à des courses automobiles. « Le marathon est une course mythique, qui oblige à se surpasser quel que soit son niveau, explique-t-on chez Adidas. Mais courir, c'est aussi du plaisir. La course à pied est un sport sans contrainte, que l'on peut pratiquer n'importe où, n'importe quand, quand on veut, seul ou à plusieurs. »

Courir est bon pour le coeur. Cela permet de sculpter ses formes et de brûler les graisses. Bénéfique pour le physique, la course l'est aussi pour le mental. « Je passe facilement plus de six heures devant un écran, témoigne Marie, 29 ans, chargée de veille économique. Courir me permet de me sentir bien et de chasser le stress. » Marie ne court que depuis un an et ça lui plaît, même si « ce n'est pas très agréable de courir à Paris » à cause des voitures. « Avant, je faisais du fitness, mais j'ai arrêté, car les cours devenaient vraiment trop chers. » À la différence de la pratique sportive en club, où les séances sont données à heures fixes, on gère ses sorties comme on veut. Le profil type du coureur ? « Beaucoup de gens y viennent à l'approche de la quarantaine, détaille Bruno Lacroix. C'est l'âge de la reprise en main. On court pour éliminer les kilos en trop et améliorer son hygiène de vie. La course à pied est un sport de maturité qui ne fait pas fantasmer les jeunes, même si elle attire un public très large. »

La course à pied est aussi un sport fédérateur. D'ailleurs, comme le rappelle Didier Dreulle, directeur général d'Asics France, « c'est la base même de l'entraînement de tous les autres sports », qu'ils soient collectifs ou individuels. « Il suffit d'un short et d'une paire de baskets », intervient Bruno Lacroix, à condition toutefois de « bien choisir ses chaussures ». Car si les coureurs confirmés savent généralement ce qu'ils veulent, c'est loin d'être le cas pour les néophytes, poursuit Didier Dreulle : «Beaucoup de coureurs occasionnels considèrent qu'ils ne courent pas assez pour investir dans une bonne paire de chaussures. Or, que l'on court une fois de temps en temps ou tous les jours, les risques de blessures sont les mêmes !»

Un besoin de conseils pas toujours satisfait

Certes, il est de plus en plus rare de croiser des joggers avec des tennis. Mais il n'est pas toujours facile de trouver chaussure à son pied. Quelles différences y a-t-il entre des chaussures de running et celles de trail ou de raid ? Faut-il tenir compte de la surface sur laquelle on évolue (asphalte, terre, stade...) ? Les chaussures légères sont-elles adaptées à tous les coureurs ?

Lorsqu'il est allé au Décathlon de la porte de Montreuil (Seine-Saint-Denis), où il a pourtant ces habitudes, Éric, 42 ans, n'a même pas osé s'approcher d'un vendeur. « Avant cette année, je n'avais jamais couru, explique-t-il, comme s'il s'en excusait. Pour choisir, je me suis fixé une fourchette de prix et j'ai essayé plusieurs paires. » Au terme d'une demi-heure d'hésitations, il est ressorti avec une paire de New Balance [M 923, NDRL], en promotion à 69,90 E, au lieu de 120 E. Asics, Adidas, Nike ou Reebok se livrent une guerre sans merci pour séduire les clients. Et pour cause : « Lorsqu'un coureur est satisfait, il reste généralement fidèle à la marque », avoue Didier Dreulle. Le coureur satisfait est aussi un formidable prescripteur, qui ne se lasse pas de vanter la pertinence de son choix ni d'encourager ses amis à choisir la même marque que lui. D'ailleurs, Didier Dreulle est convaincu qu'une partie du succès d'Asics repose sur le bouche-à-oreille : « Durant les dix premières années de notre implantation en France, nous n'avons pratiquement pas communiqué. Mais nos progressions étaient à deux chiffres. »

Une hygiène de vie spartiate

Les marques de sport ont flairé la tendance. Grâce aux fibres techniques, les maillots respirent. Les semelles des baskets du XXIe siècle sont farcies de gel, de ressorts et de mousse. Les adeptes du running ont gagné en confort, mais lorsqu'ils courent pour améliorer leur temps, les marques ne peuvent plus rien pour eux. « Lorsque l'on met le doigt dans l'engrenage, on devient très vite invivable », reconnaît Jean-Emmanuel, 36 ans. Rien de plus normal pour Franck : « Arrivé à un certain niveau, l'hygiène de vie doit être sans reproche. » Les forçats du bitume ont un régime alimentaire draconien, ils se couchent avant leurs amis, lisent la presse spécialisée et s'autorisent rarement une bière, même si celle-ci est faiblement alcoolisée. « Lorsque je faisais de la compétition, je mangeais essentiellement des pâtes, du jambon ou du riz, en très grande quantité », insiste Jean-Emmanuel. « Et de l'eau, beaucoup d'eau, avant, pendant et après les épreuves », insiste Franck. Les marques d'eau minérale ont une relation privilégiée avec les coureurs, tout comme les fabricants de compléments alimentaires et autres barres céréalières. Mais d'autres produits émergent. Partenaires pour la deuxième année consécutive du Marathon de Paris, Sojasun ne s'y est pas trompé. «Les sportifs aiment le soja, car il est riche en protéines végétales et très digeste », explique Gwenaëlle le Garrec, directrice du marketing de la marque. En deux jours, l'entreprise a reçu plus de 15 000 visiteurs sur son stand, à qui elle a fait déguster steacks, produits frais et autres boissons à base de soja. L'histoire ne dit pas si le gagnant (le Qatari Shami Mubarak, en 2 h 7 mn 19 s) du 31e Marathon de Paris en mange lui-même.

Testez LeMoniteur.fr en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Toutes les actus de la consommation et de la distribution

je m’inscris à la newsletter

Article extrait
du magazine N° 1995

Couverture magasine

Tous les jeudis, l'information de référence de la grande consommation Contactez la rédaction Abonnez-vous