[Edito] Imaginez (ou non)... le monde de la convention citoyenne pour le climat

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Yves Puget

Imaginez un monde où la publicité à la télévision des produits sucrés ou gras, ainsi que de ceux dits polluants, serait interdite. Imaginez un monde où les déplacements en avion seraient limités. Imaginez un monde où les marques disparaîtraient progressivement des rayons au profit du vrac (50 % de l’offre dès 2030). ­Imaginez un monde où nouveaux magasins et centres commerciaux ne seraient plus que de vieux souvenirs. Imaginez un monde où l’État se mêle de tout avec, par exemple, une présence de la DGCCRF dans les box d’achats lors des négociations commerciales. Ce monde imaginaire, celui de la Convention citoyenne pour le climat et ses 150 membres pas totalement choisis au hasard, ne me fait pas rêver. Même si certaines de ses propositions vont dans le bon sens, comme l’éducation à l’environnement et au développement durable, le renforcement des pouvoirs de la justice et de la police environnementales ou l’orientation des commandes publiques vers les circuits courts et peu polluants.

Mais quel dommage que des idées simples soient gâchées, pour ne pas dire polluées, par quelques poncifs et diktats ! Et surtout que des ministres, n’est-ce pas Barbara Pompili ?, se sentent obligés de traiter en priorité les propositions les plus saugrenues, pour ne pas dire populistes. Car les questions posées par la Convention citoyenne sont justes et légitimes. Ce sont les réponses qui ne vont pas.

Bien sûr, je ne suis guère plus favorable à une autre vision d’un monde rêvé. Celui qui consiste à imaginer que les entreprises s’autorégulent par bonne conscience et que les consommateurs et les citoyens sont mûrs pour faire les bons choix. Un monde de Bisounours auquel je ne crois plus depuis quelques décennies. La vérité et le bon sens se trouvent entre ces deux visions manichéennes. Oui, il revient au gouvernement de se pencher sur le rapport entre l’obésité et la publicité, de tout mettre en place pour limiter le suremballage et de veiller à ce que les nouveaux mètres carrés d’immobilier commercial correspondent à une attente réelle et respectent l’environnement.

Mais l’État est là pour donner un cadre et pour faire respecter la loi. Son rôle n’est pas de tout interdire. Sa vocation n’est pas d’obéir aveuglément, sans en calculer les conséquences économiques, à ceux qui n’en veulent qu’à la société de consommation et ne prônent que la déconsommation. Le progrès n’est pas la marche arrière. Voilà pourquoi il est grand temps de séparer le bon grain de l’ivraie dans ce catalogue bien trop vaste pour être honnête. Ce n’est donc pas un hasard si, sur les 149 propositions remises en juin, Emmanuel Macron, qui s’était engagé à en reprendre 146, commence déjà à reculer avec le probable abandon de l’écotaxe sur le transport aérien ou du moratoire sur la 5G. Preuve que le chef de l’État a vu le piège de cette consultation citoyenne, qu’il a compris que la démocratie ne fonctionne bien qu’avec filtres et contre-filtres. Il lui revient, ainsi qu’aux parlementaires, de faire le tri et d’éviter que je ne sais quelle mesure dogmatique passe à la va-vite un soir à minuit à l’Assemblée nationale devant quelques députés assoupis.

ypuget@lsa.fr @pugetyves

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Article extrait
du magazine N° 2621

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