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Industriels et distributeurs face au défi du froid

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La température de plus de 80 % des appareils domestiques dépasse le seuil fixé à + 5 °C. Faute de thermomètre intégré, les consommateurs règlent mal leur réfrigérateur. À la traque de la Listeria chez les industriels et les distributeurs doit s'ajouter l'amélioration de la conservation à domicile.

L'épidémie de listériose pousse les pouvoirs publics à améliorer la chaîne du froid chez le consommateur. « Nous allons mener une action auprès des fabricants de réfrigérateurs pour qu'ils installent des thermomètres ou des supports de thermomètre à l'intérieur des appareils domestiques », déclarait à « LSA » Marylise Lebranchu, secrétaire d'État chargée de la Consommation, à l'issue du Comité national de sécurité sanitaire, qui réunissait le 23 février les représentants des trois ministères concernés par le dossier Listeria.

Si elle n'est pas responsable directement de la listériose, la température trop élevée constatée dans les réfrigérateurs accélère le développement des bactéries. Selon les premiers résultats d'une étude, à paraître fin mars, réalisée conjointement par le Cemagref (Centre d'études du machinisme agricole, génie rural, eaux et forêts) et le Crédoc (Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie) sur un parc de 120 réfrigérateurs, 80 % ne sont pas assez froids. Seuls 20 % des appareils suivis affichaient une température moyenne inférieure à 5 °C, niveau recommandé sachant qu'un écart moyen de 2 °C existe entre le haut et le bas de l'appareil. La température moyenne de 6 % des appareils dépassait même les 10 °C !
 

Vers un thermomètre obligatoire

Le rejet des boissons trop froides et le confort d'un beurre facile à tartiner semblent conduire les Français, contrairement aux autres Européens, à régler le thermostat de leur réfrigérateur trop bas. Cette exception culturelle est reconnue et même prise en compte dans le calcul de la date limite de consommation des produits alimentaires.

Mais comment blâmer le consommateur ? En l'absence de thermomètre intégré à son appareil, il n'a aucun repère pour le régler. Certaines enseignes spécialisées, comme Darty, proposent certes des thermomètres pour une somme modique (15 F environ, 2,28 E). Mais, selon Christiane Mahé, ingénieur au Gifam (Groupement interprofessionnel des fabricants d'électroménager), « l'apport d'un thermomètre basique ne constitue qu'une solution partielle. Il ne permet pas le calcul de la température moyenne et ne gomme pas les effets induits par l'ouverture de la porte ».

Actuellement, seuls quelques modèles combinés réfrigérateurs-congélateurs haut de gamme (moins de 5 % de l'offre) sont équipés d'un thermomètre assorti d'un système de régulation électronique, dont le coût - plusieurs centaines de francs - incite les industriels de l'électroménager à attendre que la réglementation européenne leur impose d'intégrer un thermomètre sur toutes leurs références. La présence d'un thermomètre créerait en outre une obligation de résultat.

Pourtant, la nouvelle affaire de Listeria vient de démontrer cruellement que cet équipement doit devenir standard. Un effort important à consentir pour les industriels. Mais qui devra s'accompagner d'un souci similaire de pédagogie de la part des distributeurs. « Il est difficile d'argumenter sur les réfrigérateurs, confirme une vendeuse chez Darty, le consommateur considère que tous les appareils fournissent le même froid. » Il ne lit pas la notice d'utilisation, qui comporte pourtant des conseils de nettoyage de l'appareil, de rangement des aliments frais dans la zone la plus froide, l'interdiction d'introduire des aliments encore chauds Pour sensibiliser le grand public aux bonnes pratiques de conservation des aliments, le Gifam prépare une nouvelle campagne d'information. Une plaquette de conseils devrait être distribuée prochainement aux magasins d'électroménager pour une large diffusion avant l'été.

Pour beaucoup de professionnels, en attendant l'arrivée de réfrigérateurs à thermomètre intégré, l'une des solutions consiste à convaincre le consommateur de monter en gamme lorsqu'il renouvelle son appareil. Mais ce n'est pas si simple. Bruno Vendroux, directeur général d'Electrolux France, rappelle « le lancement, il y a sept ou huit ans, de modèles à compartiment spécifique pour les produits frais devant être conservés à une température comprise entre 0 et 3 °C ». Ces appareils, vendus 500 à 800 F (76,22 à 122 EUR) plus cher, n'ayant eu aucun succès, la fabrication a été suspendue.

Christian Brabant, le PDG de Whirlpool France, plaide plutôt en faveur d'une « plus large diffusion de la technique du froid ventilé. Ce qui permet de maintenir à l'intérieur de l'appareil une température constante, malgré l'ouverture fréquente de la porte ». Cette technique, très répandue aux États-Unis ainsi qu'en Asie, suppose cependant des changements dans les habitudes. Elle contraint, notamment, à couvrir tous les aliments, afin qu'ils ne risquent pas de se dessécher.

Froid ventilé, thermomètre et régulation électronique constituent sans doute de bonnes solutions mais peuvent mettre du temps à s'imposer. « Dans ce type d'équipement domestique lourd, il faut quinze à vingt ans pour renouveler un parc d'appareils, rappelle Christian Brabant. Actuellement, en France, plus de 3,5 millions de réfrigérateurs ont 15 ans et plus. » Raison supplémentaire pour fournir rapidement aux consommateurs les moyens de mieux utiliser leur réfrigérateur.

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