Inflation

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Yves Puget, directeur de la rédaction
Yves Puget, directeur de la rédaction©Bernard Martinez

Au moment où les français vont de plus en plus entendre parler de reprise, leur porte-monnaie sera lui, au régime sec.

Faut-il avoir peur d'un éventuel retour de l'inflation ?

Depuis plusieurs mois, les experts prédisent des hausses de prix au second semestre 2010. Même si les prix des produits de grande consommation affichent une légère baisse en juillet (lire page 15), la flambée du cours du blé (p. 34 et 35) ou la crise laitière (p. 20 et 21) laissent bel et bien présager d'une envolée des étiquettes dans les mois qui viennent. Ces deux événements ne sont pas les seuls à accréditer cette thèse. L'appétit de certains pays (telle la Chine) allant grandissant, les matières premières sont de plus en plus demandées, alors même qu'elles sont plus rares ! D'où une augmentation mécanique des tarifs. Dans le même temps, les pays industriels, fortement touchés par la crise, privilégient des politiques économiques antidéflations en soutenant la croissance. Sans oublier la reprise de l'activité mondiale. Le risque d'inflation est donc réel. Avec, pour certains, le pire des scénarios : le spectre de la stagflation ! Soit une économie qui souffre à la fois d'une croissance faible ou nulle et d'une inflation forte...

 

Autant de nouvelles guère réjouissantes pour le portefeuille des Français et pour la consommation, moteur traditionnel de la croissance nationale. Car malgré la forte remontée du chômage, les ménages ont pour l'instant profité d'une légère hausse de leur pouvoir d'achat (+ 1,6 % selon l'Insee en 2009) grâce à la désinflation (baisse du taux d'inflation), à la revalorisation des prestations sociales ainsi qu'à la baisse des impôts sur le revenu et sur le patrimoine. Une forte progression des prix amputera inéluctablement le revenu disponible des Français. D'autant que les revalorisations de prestations sociales et les maigres hausses de salaire seront calculées sur la base de l'inflation de 2009. Un décalage socialement explosif. Au moment où les Français vont de plus en plus entendre parler de reprise, leur porte-monnaie sera, lui, au régime sec. Conséquence: une fragilité croissante du moteur de la consommation. Cette situation est pourtant préférable à la déflation, à savoir une baisse généralisée des prix. En effet, une telle spirale s'avérerait désastreuse pour les entreprises. Elle impliquerait un effondrement des recettes. Soit, in fine, de faibles hausses de salaire, voire une explosion des licenciements. Ce qui, évidemment, déprimerait la consommation.

 

C'est bien là la quadrature du cercle. Car, à titre d'exemple, si la hausse des prix est l'ami du Français endetté, elle est aussi l'ennemi du même lorsqu'il épargne, l'inflation rognant son pouvoir d'achat. Et si le chef d'entreprise préfère l'inflation à la déflation, il se doit de trouver des actifs qui lui rapporteront davantage que la flambée des prix, ce qui implique de prendre des risques. Finalement, les consommateurs et les entrepreneurs ont les mêmes intérêts. Ni l'un ni l'autre ne doivent espérer une surchauffe des prix. À la baisse comme à la hausse. Il ne faut donc pas avoir peur d'un léger regain d'inflation.

 

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Article extrait
du magazine N° 2146

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