Inflation, qu'y comprendre ?

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Méthode -Les prix ont-ils augmenté moins... ou plus que devait l'indiquer le ministre de l'Économie cette semaine ? Une plongée dans l'univers obscur des relevés de prix en grandes surfaces permet de faire la lumière.

L'évolution des prix en grandes surfaces devait être révélée par Christine Lagarde, ministre de l'Économie, et Luc Chatel, secrétaire d'État à la Consommation, dans le courant de la semaine. Quelques jours après la date promise. La ministre avait toutefois levé un coin du voile sur LCI, le 10 mars : « Le premier enseignement, c'est que la hausse générale portant sur une très très large catégorie de produits, à la fois alimentaires, d'hygiène corporelle et d'entretien, amène à des hausses de l'ordre de 5 % de février 2007 à février 2008 ».

À quoi correspondent ces 5 % ? Probablement à ce que les panélistes appellent l'inflation de la demande, qui ressort à 5,04 % chez Nielsen et à 4,66 % chez Iri. Le niveau de l'inflation de l'offre, bien inférieur, se situe à 3,30 %, selon le tableau Nielsen/LSA publié tous les mois, et à 4 % pour Iri, « qui ne publie pas cette donnée habituellement ». Iri calcule aussi une « évolution du prix de l'offre » intégrant les changements de l'offre en magasins, qui ressort cette fois à 5,6 %, et une évolution du prix du panier, de + 5,3 %.

Dans tous les cas, ces évolutions de prix ne comprennent pas ceux des hard-discounters, les enseignes allemandes Aldi et Lidl refusant de connecter leurs sorties de caisses avec les panélistes. Or, la forte flambée des prix dans ces enseignes alourdirait la note.

Y a-t-il une mesure d'inflation plus valable que les autres ? « Les relevés de prix proviennent des sorties de caisses. Dans notre cas, dans 5 700 magasins, souligne Olivier Geradon de Vera, vice-président d'Iri. Nous traitons un milliard d'informations provenant des codes à barres, qui donnent le prix de chaque produit passé en caisse. Le prix de l'offre comprend aussi bien la confiture à 1 E que celle à la myrtille et aux fraises des bois à 7 E. Mais le consommateur ne va pas forcément choisir cette dernière, mais acheter une confiture à 3 E. C'est sur la base de cet achat que nous mesurons l'inflation de la demande. Il s'agit de la variation du prix réellement payé à références constantes. »

Pondérations

« Il n'y a pas de suprématie d'un indice sur l'autre, ajoute Georges Ferronnière, directeur du marketing international de Nielsen, dont les chiffres sont issus de 200 000 références dans plus de 5 000 magasins. L'inflation de l'offre reflète ce que le consommateur voit, celle de la demande reflète ce qui se passe au niveau de son portefeuille ! » Ce dernier considère, toutefois, que l'inflation de l'offre « est plus grossière, mais plus robuste » que l'inflation de la demande, qui fait l'objet de pondérations. Elle est plus cohérente avec les relevés de prix que pratiquent, de manière empirique, sur un faible nombre de références, les associations de consommateurs, l'INC ou l'UFC-Que Choisir.

Pour comprendre les méthodes de calcul, il faut entrer dans l'univers des statisticiens. L'inflation de l'offre, selon Nielsen, reflète le prix des étiquettes, sans pondération des quantités vendues ni de la variation de l'offre. L'inflation de la demande, pour Iri comme pour Nielsen, fait l'objet de pondérations selon le poids des ventes réalisées. Si un produit augmente de 10 %, mais n'est vendu qu'une fois, qu'un autre augmente de 1 % mais est vendu dix fois, l'ensemble fait l'objet d'une pondération.

Les analyses peuvent encore s'affiner, avec « l'évolution du prix de l'offre », qui cherche, cette fois, à intégrer les lancements de produits « qui sont souvent à plus forte valeur faciale », selon Jacques Dupré, directeur Insights d'Iri. Par exemple, le lancement d'Essensis dans les yaourts provoque de facto une hausse du prix de l'offre, qui renchérit encore la perception de l'inflation à références constantes, c'est-à-dire s'il n'y avait pas eu ce lancement. Ce qui peut « entraîner un sentiment de frustration ! », estime Olivier Geradon de Vera. Cette approche, baptisée par LSA « l'inflation masquée », a fait couler beaucoup d'encre.

« 1 500 produits psycho »

« Il y a une relative cohérence entre l'inflation d'offre, hausse arithmétique de la somme des produits vendus, et l'inflation pondérée des volumes, confie Philippe Manzoni, adhérent responsable du marketing d'Intermarché. La hausse de la seconde est plus élevée compte tenu de la forte inflation sur les produits les plus consommés. Ainsi, l'évolution des prix, pour nous, est de 4,78 % sur le frais libre-service, de 4,04 % sur l'épicerie, de 0,6 % sur le DPH et de 1,50 % sur le non-alimentaire courant. » L'homme suit aussi de près « les 1 500 produits psycho », dont 300 MDD, pour lesquels l'inflation est de 2,43 %. « Sur les produits les plus inflationnistes, nous allons absorber une partie des hausses. Les prix des 1 000 produits stickés vont ainsi être bloqués, et nous allons lancer des produits innovants comme un riz en Doypack à 0,99 E, 50 % moins cher que l'équivalent à marque nationale. »

Au-delà des statistiques et des effets d'annonces politiques, des stratégies se mettent en place. « Car ce qui est sûr, rappelle Georges Ferronnière, c'est que l'inflation a pris 3 points en trois mois, quel que soit l'indice. » Les Français procèdent à des arbitrages, ajoute-t-il. L'inflation du riz ressort ainsi à 6 % au lieu de 8 %, « du fait d'une économie de 2 % réalisée en choisissant des produits différents dans cette catégorie »... avant même qu'Intermarché ne lance le sien !

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Article extrait
du magazine N° 2036

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