Info de la semaine: Carrefour et Casino en lice pour racheter Dia France

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DossierINFO DE LA SEMAINE Selon nos informations, la vente de la filiale française du groupe espagnol avance. Deux favoris lutteraient pour les 840 magasins et les près de 2 points de part de marché de ce réseau de soft-discount. Casino, qui donnerait à Leader Price une vraie taille critique, et Carrefour, qui se renforcerait à Paris et dans le Sud.

c’est un serpent de mer depuis presque trois ans. Et pourtant, la vente de Dia France n’a jamais été aussi proche. Au siège du groupe espagnol, à Madrid, on se contente de répéter depuis un an que « toutes les options sont ouvertes », sans commenter la réalité du mandat de vente confié à BNP Paribas, il y a quelques semaines. Néanmoins, selon nos informations, le dossier avance vite, très vite même.

« Ce n’est un secret pour personne que la situation de Dia est difficile en France, indique un proche de Dia. Nous y sommes très isolés, et nous n’avons pas la taille critique. Mais, contrairement à ce qui a été écrit, nous avons reçu beaucoup de marques d’intérêt, et la cession devrait se faire assez vite. » « On devrait connaître le repreneur fin juin », appuie, de son côté, une source française, proche des négociations en cours.

Les difficultés de Dia France – dont les 840 magasins ont vu leurs ventes fondre de près de 11 % l’an dernier, et la perte opérationnelle se creuser pour atteindre 25 millions d’euros – n’ont, en effet, pas découragé tout le monde. D’après nos informations qu’aucun des acteurs concernés n’a voulu commenter, Casino et Carrefour seraient désormais seuls en lice pour racheter la totalité du réseau français fort de ses 2,2 milliards d’euros de chiffre d’affaires TTC. Intermarché, un temps pressenti, aurait renoncé. Il est vrai que l’affaire ne se fera pas pour 1 € symbolique, comme certains analystes un peu enthousiastes ont pu l’avancer. Ils s’appuyaient sur le fait que Dia aurait beaucoup plus intérêt à investir son précieux Capex en Espagne et dans les pays émergents qu’en France, où le hard-discount est en déconfiture, perdant plus de 2 points de part de marché cumulée depuis cinq ans, selon les données de Kantar Worldpanel, dont 0,8 point pour la seule Dia.

Sauf que, même déliquescente, l’enseigne du groupe espagnol a une valeur évidente en France. À l’heure où la guerre des prix fait rage et où les bons emplacements se raréfient, difficile de laisser filer un réseau de 841 magasins et plus de 600 000 m2 de surface de vente, d’après LSA Expert, avec des positions très fortes sur l’axe Paris-Lyon-Marseille.

Selon les chiffres communiqués par Dia aux analystes financiers, sa filiale française revendiquerait 200 millions d’euros d’actifs immobiliers en France, plus 200 millions d’euros de fonds de commerce, auxquels s’ajoutent 100 millions d’euros de déficit fiscal. Soit 500 millions d’euros d’actifs théoriques face à une dette d’environ 200 millions et 25 millions d’euros de pertes opérationnelles en 2013. Dans ces conditions, un prix compris entre 150 et 200 millions d’euros pour un repreneur éventuel ne serait pas irréaliste. C’est d’ailleurs dans cette fourchette que se situeraient les offres avancées par Carrefour et Casino.

Leader Price passerait devant Lidl…

Pour les deux distributeurs français, intégrer Dia fait sens. Même si, dans les deux cas, la tâche s’annonce difficile, et la restructuration, délicate. Casino qui veut se renforcer dans le discount semble le candidat plus naturel, sauf que la position déjà dominante des enseignes du groupe à Paris et dans certaines villes du Sud et du sillon rhodanien l’obligera sans doute à de douloureuses cessions à la concurrence. « Au moins une centaine de magasins », évalue un expert. Sans compter des unités qui pourraient fermer, dans le Nord et l’Ouest notamment. Car le parc de Dia France est très hétérogène. « Enlevez les 200 magasins en région parisienne, dont 90 intra-muros, et les 300 unités dans le Sud, et il ne reste plus grand-chose », estime un autre expert. Tout le Nord serait sinistré.

Par ailleurs, on peut s’interroger sur l’avenir de tout ou partie des neuf entrepôts de Dia France. Des analystes financiers estiment déjà entre 300 et 600 millions d’euros le chiffre d’affaires des magasins qui pourraient être fermés, pour des coûts de fermeture compris entre 60 millions et plus de 100 millions d’euros. « Cela limiterait la part de marché exploitable de l’acquéreur à 1 % », calcule l’un d’entre eux.

Le premier hard-discounter du pays

Voilà pour la théorie financière. Dans la pratique, le jeu en vaut sans doute plus la chandelle. Jean-Charles Naouri, actionnaire majoritaire et patron de Casino, martèle depuis trois ans qu’il veut donner une vraie taille critique à Leader Price et dépasser la barre des 1 000 magasins. Avec Dia, plus les 134 points de vente Le Mutant en cours d’intégration (47) ou d’affiliation (87), la barrière serait dépassée. Leader Price deviendrait la première enseigne de hard-discount en France avec 1 650 magasins et 1,25 million de mètres carrés de surface de vente, devant Lidl et ses 1 570 unités pour 1,1 million de mètres carrés, selon LSA Expert. Loin devant Aldi et ses 925 magasins pour 617 000 m². Face à cette logique, la candidature de Carrefour peut sembler plus surprenante. Surtout que le groupe s’est séparé de Dia il y a trois ans via un spin-off et une cotation à la Bourse de Madrid. Mais les vérités d’hier, de Lars Olofsson, ne sont pas celles d’aujourd’hui. Avec Georges Plassat, Carrefour a prouvé sa capacité à se relancer en France, et intégrer le réseau Dia à sa branche proximité, qui marche bien, voire pour certaines unités, à ses supermarchés, n’est pas dénué de sens. Un tel projet aurait d’ailleurs été envisagé avant que les actionnaires de Carrefour ne poussent à la cession de Dia. Il laisse pourtant sceptique cet expert pour qui « Dia est en grande majorité implanté sur des zones de chalandise discount, qui n’ont pas le potentiel pour générer les 7 à 8 millions d’euros de ventes d’un petit Market ». Mais le rachat permettrait aussi à Carrefour de se renforcer à Paris, où il vient de laisser passer les 55 magasins que Casino devait céder, et dans le Sud-Est. Surtout, cette acquisition affirmerait le leadership de Carrefour en France, contesté par E. Leclerc. Un point non négligeable en pleine guerre des prix. Les deux candidats ont des arguments de taille. Il leur reste quelques semaines pour convaincre Dia de leur pertinence.

Le contexte

  • Une enseignequi souffre surun marchéqui plonge.
  • Un des derniers réseaux à vendre dans la distribution alimentaireen France.
  • Des positions clésà prendre à Pariset dans le Sudde l’Hexagone.

Casino

L’intérêt

  • Donner une vraie taille critique à Leader Price, fixée à plusde 1 000 magasins par Jean-Charles Naouri. Avec Diaet Le Mutant, Leader Price deviendrait la première enseigne de hard-discount en France en nombre de magasins (1 650, pour 1,25 M m2).
  • Talonner le numéro trois français de la distribution alimentaire, les Mousquetaires.
  • Renforcer sa marque propre.

Les freins

  • La région parisienne, où le groupe archidominant devrait céder une centaine de magasins sur 230. Il y aura aussi dela « casse » dans le Sud-Est.
  • Une difficile restructurationà mener dans le Nord etautour des 9 entrepôts de Dia.

Les deux favoris

Carrefour
  • Réaffirmer son leadership en France en distançant E. Leclerc.
  • Se renforcer dans Paris etdans le Sud-Est où Carrefour est historiquement faible.
  • Fortifier Carrefour Market, City et Contact, et son parcde franchisés.
Les freins

Transformer un réseau à vocation discount en magasins de type supermarchésou supérettes pourraitse révéler très hasardeux.

Même s’il y a moinsde doublons que pour Casino, la restructuration sera difficile à mener, surtout si le réseau passe sous marques Carrefour pour lesquelles nombrede magasins ne serontsans doute pas éligibles.

Les autres distributeurs français

Intermarché, Système U et Auchan ont examiné le dossier. Selon LSA, des offres auraient été aussi faites aux Mousquetaires. Ces derniers, comme Système U, n’ont pas fait suite, prouvant les difficultés pour des indépendants de mener des opérations de concentration si importantes. Les échecs de Spar pour les Mousquetaires et de Telemarket pour U n’ont pas aidé.

Des distributeurs étrangers

Lidl, Aldi, voire Colruyt, auraient pu être intéressés, mais aucun des trois n’est adepte dela croissance externe, etles deux premiers en sont plutôt à repenser et redimensionner leurs réseaux. Quant au troisième, il vise des coques supérieuresà 2 500 m². Enfin, pour un grand acteur international qui voudrait s’implanter en France, ce réseau manque singulièrement d’attrait.

Un fonds d’investissement

À notre connaissance, aucun fonds n’a fait d’offre. Faire jouer un hypothétique « effet de levier » dans ce métier spécifique, où il y a peu de croissance sectorielleà espérer et encore moins de croissance externe ou de valeur cachée, semble difficile. Surtout que les marges opérationnelles de la filiale française ont fondu malgré une chasse aux coûtsdéjà largement engagée.

841

  • magasins pour 607 000 m²à fin avril 2014
  • 9 entrepôts 2,2 Mrds € de CA TTC en 2013, à - 10,9%
  • 1,6% de part de marché alimentaire en CAM à mi-mars 2014, à - 0,5 pt en deux ans
  • 16,9% de foyers français acheteursà mi-2013, contre 20,8% en 2011, près de 1 M de clients perdus en deux ans
  • 4 régions majeures : Sud-Est, à + 4,4%de PDM (mi-2013) ; Nord, à 2,5% de PDM ; puis région parisienneet Centre-Est, à 2,2%

Sources : LSA Expert, LSA,Dia, et Kantar Worldpanel (origine : distributeurs)

Dia France, une enseigne en difficulté, mais un parc attractif

La carte des implantations de magasins Dia en France, à partir de LSA Expert, montre le fort tropisme de l’enseigne sur un axe Lille/Paris/Lyon/ Marseille… Un tropisme que confirment les parts de marchés régionales de Kantar Worldpanel (ci-contre), qui distinguent quatre régions majeures, Sud-Est en tête.

1 commentaire

valeur

15/05/2014 15h37 - valeur

la seule baisse du marché du hard discount en France n'explique pas en totalité l'érosion du chiffre d'affaires de DIA France. Depuis la migration de l'enseigne Ed vers DIA les erreurs d'orientations commerciales et de management avec réduction des coûts (maxi V2, commande automatique, augmentation des prix, puis promotions à profusion, nombreuses ruptures de marchandises en entrepôts,) ont démotivé le personnel des magasins. Ainsi l'enseigne a oublié de faire du commerce et a été de moins en moins accueillante, d'où la désaffection. De plus les ouvertures de nouveaux points de vente ont été ralenties, voire stoppées (en 2011 , la direction annonçait 45 ouvertures en 2013, idem en 2014, alors que moins de 10 nouvelles créations ont été réalisées l'année dernière),

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Article extrait
du magazine N° 2319

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