INFORMATIQUE : Le Wi-Fi sur la bonne fréquence

La France vient d'adopter le protocole Wireless Fidelity, ouvrant la voie à de nouvelles applications dans l'univers de la transmission de données par ondes radio. Le secteur de l'hôtellerie-restauration a toutes les raisons d'être intéressé par les réseaux sans fil.

N ul n'ignore aujourd'hui l'existence du terminal portable de prise de commande, substitut du carnet de bons, qui autorise la prise de commande à la table et transmet à distance les informations à des imprimantes situées sur les points de production.

Défriché il y a une dizaine d'années par quelques spécialistes de l'infrarouge, tels Cocirel-Pokky, Remanco ou encore Microciel, le terrain est aujourd'hui occupé par certains rescapés qui ont adapté leur technologie, à l'instar de Cocirel. Mais, surtout, il a vu arriver de nombreux et nouveaux prestataires, comme Pointex, PI Electronique, Micros et, plus récemment, Cegid, RDS, CSI et consorts.

Tous proposent maintenant des portables de prise de commande fonctionnant non plus sur la technique de l'infrarouge, mais sur la fréquence radio (2,4 GHz). Car la technologie s'est normalisée, la bande de fréquence, jadis réservée aux applications militaires, a été libérée, et le coût des matériels a fortement chuté. Enfin, depuis que l'Autorité de régulation des télécommunications (ART) a fixé les contours et les modalités d'utilisation du réseau sans fil, dans un décret en date du 7 novembre 2002, la technologie a fait un vrai bond en avant, libérant une myriade de possibilités d'applications.

Une norme planétaire

De fait, une autre évolution est en marche. On ne peut aujourd'hui ouvrir un magazine ou un quotidien sans y rencontrer les termes Wireless ou Wi-Fi. Sous ces appellations un peu obscures se cachent en fait un domaine d'application, le sans-fil, et un protocole de communication dédié, le Wi-Fi (sous la référence IEEE 802.11b).

Il s'est imposé comme une règle à l'échelle planétaire, reléguant le Bluetooth aux oubliettes. La France vient d'en accepter le principe. Depuis, cette plate-forme technique et ses applications se répandent comme une traînée de poudre. Et, de l'avis de nombreux spécialistes, il s'agit ni plus ni moins de la nouvelle révolution après celle de l'Internet.

Par Wi-Fi, il faut comprendre Wireless Fidelity. Ce qui désigne un réseau local radioélectrique sans fil. Il utilise les ondes radio pour transmettre un fichier numérique en haute qualité. Ce peut être des données, des images, de la vidéo ou de la musique. Le débit théorique est actuellement de 11 millions de bits par seconde (Mbps) dans une bande de fréquence aux alentours de 2,4 GHz. Il est en fait de 7 Mbps en réel et tend à s'étioler avec la distance. D'où la réserve de Jean-Marc Lamachia, codirecteur de Betisoft, qui parle de régression technologique, alors que les applications d'aujourd'hui sont lourdes et exigent un débit important, quel que soit l'emplacement des hot spots (relais radio). « Faux problème », souligne Michel Senot, directeur de Sage-Serec, qui édite des solutions pour la restauration collective, puisque, selon lui, une caisse qui transmet une requête n'excède jamais une telle masse de données.

Là où subsiste une zone d'ombre, c'est en matière de confidentialité et de sécurisation de la communication des données. Pourtant, du côté des fournisseurs, on est confiant dans les systèmes de cryptage jugés performants. Mieux vaut cependant rester vigilant. Car si un pirate informatique parvient à « mordre » sur un réseau sans fil d'un restaurant de chaîne, lui-même en liaison avec son siège, on peut craindre l'effet dominos et l'accès à la base de données centrale.

Outre la question de la sécurité, il y a aussi les problèmes d'interférences. « C'est pourquoi l'adoption du Wi-Fi exige une analyse très pointilleuse du site pour étudier tous les obstacles en présence, comme les tuyaux de climatisation, les armoires électriques, les structures métalliques du bâtiment ou encore l'existence d'autres ondes parasites », ajoute Didier Thennier, directeur technique chez JES.

L'hôtellerie et la restauration en première ligne

Et Jean-François Poulain, consultant en informatique de la société Applicatis, d'ajouter : « Un réseau sans fil, eu égard à son coût et aux contraintes d'implantation, n'est intéressant que dans des cas de figure bien particuliers (terrasse, portable, site classé ) et en complément d'un réseau ethernet existant. »

Car même avec l'avènement du Wi-Fi, il ne s'agit pas de faire du « tout sans fil », mais de « proposer une installation à géométrie variable selon les sites et en tirant le meilleur parti de chaque technologie », renchérit Éric Blat, de Cegid.

A l'échelle d'un hôtel ou d'un restaurant, les applications Wi-Fi sont multiples. Dans le cadre du fonctionnement d'une architecture en réseau local (WLAN) pour ses propres outils informatiques, mais aussi pour proposer aux clients de nouveaux services et, notamment, l'accès à l'Internet haut débit sans fil.

Dans le premier cas, les outils informatiques dialoguent entre eux sans câblage, ce qui permet de rendre une caisse mobile, d'installer ou de déplacer un TPV en terrasse, de disposer d'une caisse sur un site classé où le passage de câbles se révèle parfois impossible, d'installer un poste sur un point de restauration itinérant, voire de rendre une installation rapidement opérationnelle dans le cas d'une ouverture urgente d'établissement. Ce qui fut le cas lors de l'installation des caisses Cegid sans fil sur la terrasse (700 m2) de la Brasserie lyonnaise Argenson. L'installation a pu se faire rapidement et en pleine saison sans travaux de câblage. « On peut également les mettre où l'on veut, quand on veut », précise la direction qui souligne : « Compte tenu de la superficie, c'est très utile et, surtout, en cas de temps capricieux, il est facile de tout rentrer rapidement. »

La société JES propose dorénavant le réseau sans fil pour son logiciel de collectivité Monewin2, mais aussi pour sa nouvelle solution de restauration automatique MoneDA. Ce qui permet, par exemple, à un pôle de distribution automatique excentré d'être facilement relié au réseau ethernet pour transmettre les éléments de vente. Le principe est assez simple, rappelle Thierry Violette, de la société RDS : « Il consiste à installer sur la caisse une carte réseau radio qui se substitue tout simplement à la liaison filaire classique. Le TPV ou le portable sans fil, doté d'une adresse TCP-IP, est reconnu par le réseau comme n'importe quel terminal branché. Certaines caisses, comme la New Beetle, du fabricant Wincor Nixdorf, intègrent aujourd'hui directement en natif, sur la carte mère, un chipset radio qui évite la présence d'un boîtier radio extérieur.

Le haut débit sans fil servi sur un plateau

« Les modifications du logiciel à prévoir concernent surtout le protocole de transmission », ajoute Alain Bessou, directeur général de CSI, qui propose déjà sous Wi-Fi ses trois solutions Stage, Esterel et CHR Coll Net Station. Les périphériques peuvent, eux aussi, communiquer avec les caisses sans liaison filaire, c'est le cas des toutes nouvelles imprimantes radio autonomes de PI Electronique qui peuvent être en relation avec les TPV Touch Home sans fil ou le portable HandyTouch du fabricant.

La question du Wi-Fi est sur toutes les lèvres et devrait constituer l'attraction du pôle nouvelles technologies du prochain salon Equip'hôtel. Le Club des directeurs de restauration d'hôtel, le CDR, l'a d'ailleurs mis à l'honneur lors de sa réunion mensuelle d'avril.

Le sujet concerne la restauration comme l'hôtellerie. S'en servir comme réseau local, c'est une chose, mais de nombreux professionnels y voient aussi un grand intérêt pour accéder à l'Internet haut débit sans fil. Un nouveau service à offrir à leurs clients. Et sur ce point, de nombreuses expériences sont en cours, au Café Malongo de la Défense, au Columbus Café de Neuilly, au Café Orbital (Paris 6e), mais aussi à l'hôtel Claridge, au Westminster

Les établissements se sont dotés d'une ou de plusieurs bornes hot spots qui permettent aux clients munis de leur portable (équipé d'une carte Wi-Fi) d'accéder et de partager la même ligne à haut débit sans avoir à se brancher quelque part. Le groupe Accor vient de montrer son intérêt pour le Wi-Fi en signant un partenariat avec France Télécom et Orange, qui prévoit de déployer le réseau Wi-Fi dans 900 établissements. Grâce à une carte prépayée, les clients pourront accéder à l'Internet haut débit dans toutes les catégories d'hôtel, de Formule 1 à Sofitel.

Dans le sillage de Starbucks aux États-Unis qui a installé une centaine d'établissements, McDonald's vient également d'équiper une dizaine de fast-foods à Manhattan. Le Wi-Fi, c'est déjà demain !
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Article extrait
du magazine N° 0398

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