Inquiétudes

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Yves Puget, directeur de la rédaction
Yves Puget, directeur de la rédaction©Bernard Martinez

L'inquiétude était palpable et les interrogations multiples, lors du dernier séminaire de la Fédération des entreprises et entrepreneurs de France (Feef). Les dirigeants des PME ont expliqué aux distributeurs qu'ils n'étaient guère rassurés quant à l'évolution de la consommation en général et à l'état de leur société en particulier. Il est vrai que les chiffres présentés par Nielsen n'incitent pas à l'optimisme. Si le marché des produits de grande consommation bondit de 4,2% entre janvier et octobre, cette croissance provient principalement des hausses de prix (+ 3,5%). Les volumes patinent, à+ 0,5%. Pire, les volumes par magasin (donc sans effet parc) reculent de 0,2%. Et, dans ce marasme, les PME estiment qu'elles n'ont pas la place qu'elles méritent.

Celles présentant moins de 50 millions d'euros de chiffre d'affaires ne réalisent que 17,1% des ventes en France, contre 38% en Italie ou 34,9% en Allemagne. Plus globalement, en une dizaine d'années, l'industrie française est passée de 24% à 13% du PIB. Avec à la clé une perte de près d'un million d'emplois ! Ici ou là, on évoque plus de 10 000 licenciements dans l'agroalimentaire sur les six prochains mois. Les marges sont à leur plus bas niveau et les entreprises n'ont plus les moyens d'investir. Un quart des PME obtiennent difficilement des financements bancaires pour assurer leur trésorerie. On dénombre 11 800 défaillances d'entreprises au troisième trimestre, et pas moins de 7 000 TPE-PME de 1 à 49 salariés font l'objet de procédures de sauvegarde.

L'économie n'est donc guère florissante et, du côté des relations avec la distribution, ce n'est pas mieux. Les négociations commerciales 2013 sont très tendues, la volatilité des coûts des matières premières compresse les marges... Face aux enseignes présentes, les dirigeants des PME n'ont pas manqué de remplir le « cahier de doléances ». De leur côté, les distributeurs ont martelé qu'ils rejetteront toutes les hausses de tarifs, qu'ils qualifient « de confort », mais qu'ils ont besoin des PME et qu'ils feront tout pour les soutenir.

Serge Papin, PDG de Système U, réclame de nouveau un changement de la LME afin de protéger ses petits fournisseurs. Vincent Mignot, directeur général d'Auchan France, explique comment il a réorganisé sa centrale et l'intérêt du contrat simplifié qu'il a signé avec les PME. Chez Carrefour, Noël Prioux, son directeur exécutif, argue que l'enseigne retrouve son bon sens commerçant et redonne de l'autonomie aux magasins. Le numéro deux mondial simplifie ses structures et veut mettre en place une organisation d'achats régionale au service des PME. Avec pas moins de 20 acheteurs. Sans oublier Intermarché, qui vante sa nouvelle organisation en category management, sa toute récente direction de l'offre et son flux poussé pour les innovations.

En d'autres termes, les lignes commencent à bouger et les mentalités à évoluer. Pour preuve : des PME évoquent des directions commerciales partagées, d'autres parlent de forces de vente externalisées. Sans oublier celles qui partent à l'export en constituant un GIE. La mutualisation n'est plus un tabou. Il ressort de ces deux jours de travail que, si les acteurs ont un grand nombre de divergences (en particulier sur l'inflation des matières premières), ils ont aussi des intérêts communs. Si les dirigeants des PME maudissent la conjoncture et pestent ici ou là contre telle ou telle pratique, ils ont surtout compris que le salut viendra d'abord de leur capacité à innover à tous niveaux. Aussi bien du côté de leur offre que de leur organisation.

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Article extrait
du magazine N° 2253

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