Marchés

Internet Tarif unique su r le haut débit

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Après avoir connu une guerre des prix saignante, le marché de l'abonnement haut débit s'harmonise à 29,90 E mensuels. Les offres et les stratégies sont pourtant diverses.

Moins spectaculaire que la déferlante MP3 ou la lame de fond DVD, l'abonnement internet haut débit sera néanmoins l'un des produits stars du quatrième trimestre 2005. Avec presque 9 millions d'abonnés espérés fin 2005, ce sont plus de 2 millions de foyers qui auront sauté le pas cette année, dont la moitié entre la rentrée scolaire et Noël. Le phénomène devrait durer, estime-t-on chez Cegetel, où l'on prévoit encore « 1,5 million d'ouvertures de lignes en 2006 et 1 million en 2007 ». Les consommateurs équipés en informatique sont donc majoritairement convaincus aujourd'hui de l'intérêt d'une connexion haut débit. Mais ils se montrent plus dubitatifs quant au choix de leur FAI (fournisseur d'accès internet). Car, même si la situation s'est clarifiée par rapport à l'époque où les offres « gratuites » explosaient dans toutes les enseignes et en vente directe, même si la concentration en cours réduit le nombre d'acteurs présents, ils sont encore six, au bas mot, à se disputer les faveurs des internautes.

Fin de la guerre des prix

Avec, depuis quelques mois, un phénomène tarifaire nouveau qui vient succéder à la guerre des prix acharnée que se menaient les fournisseurs d'accès : l'apparition chez tous les acteurs d'une offre phare proposée à 29,90 E (ou 29,95 E, ou encore 29,99 E...) et intégrant le maximum de services. Avec de nombreuses variations en fonction du modem - qui peut être prêté, vendu ou loué -, des options Wi-Fi ou des frais liés aux services.

Pour ce tarif, le principe est de proposer le débit théorique le plus élevé possible, soit 20 mégas actuellement pour les clients dégroupés et bénéficiant de la technologie ADSL 2+, et, dans la mesure du possible, le « triple play ». Une dénomination en passe d'accéder à la célébrité, qui désigne en fait les offres trois-en-un groupant internet, télévision et téléphonie illimitée (avec certaines restrictions toutefois).

Le triple play pour se diversifier

Aujourd'hui, le triple play n'est pas disponible chez tous les FAI. Mais les retardataires, aiguillonnés par l'immense succès de Free et de sa Free Box à tout faire, cravachent pour combler leur retard. « Pour prendre de la part de marché, explique Marie-Christine Levet, présidente de Club Internet France, il faut proposer de nouveaux services. Le triple play ne représente encore que 5 % des abonnés ADSL, mais il s'agit clairement du service attendu par tous. Nous le lancerons fin 2005, et nous estimons pouvoir atteindre, à terme, 15 % de part de marché en France, notamment grâce à ce service. » « La télévision est un service que les clients ADSL comprennent et désirent, assurait quant à lui Jacques Veyrat, président du groupe Neuf Télécom, en présentant au printemps son partenariat avec le bouquet TPS. 90 % de nos clients connaissent l'existence de la télé sur DSL, et 20 % de nos nouveaux clients optent d'emblée pour le service Neuf TV, qui devient un produit d'appel. » Directeur associé du cabinet de conseil Greenwich Consulting, Étienne Costes souligne également la nécessité pour les opérateurs de se diversifier : « Le multiplay est aujourd'hui la meilleure chance pour les FAI de défendre les revenus de l'accès internet. Leur grosse problématique est le coût de l'accès " nu », qui est descendu à des niveaux exceptionnellement bas, à peu près deux fois plus bas que la moyenne européenne ! »

Cette course au triple play explique les annonces récentes de plusieurs fournisseurs d'accès internet, désormais décidés à déployer leur propre réseau physique. C'est-à-dire à mettre en place des infrastructures de réseau au lieu de continuer à louer de la capacité aux gros acteurs du marché, France Télécom en tête.

De « fournisseurs d'accès », ils deviennent alors « opérateurs » au sens plein du terme. « Cela nous donne l'autonomie et nous permet de proposer des offres plus compétitives, explique Marie-Christine Levet. Maîtriser le réseau, c'est maîtriser le rythme de lancement des innovations et la qualité du service. » Et puis, complète Olivier Blanchard, directeur commercial d'Alice, « sans réseau physique, pas de dégroupage total, pas de triple play, pas de différenciation possible avec la concurrence, et pas d'économies d'échelle sur les abonnés. C'est devenu le " business model " de tous les opérateurs du marché ». Tous sauf AOL qui reste sur une stratégie de pur distributeur mais doit, pour cela, réduire ses coûts.

Accéder au mass market

Dernière spécificité liée au haut débit : parce qu'il nécessite un équipement particulier à connecter au PC, il justifie le retour des FAI dans la distribution classique, qui n'est plus cantonnée au rôle ingrat - et peu rémunérateur - de fournisseur de CD-Rom à titre gracieux. « Sur le million de nouveaux abonnés espéré au dernier trimestre, nous estimons que la grande distribution peut en capter 200 000 ou 300 000, assure Olivier Blanchard. Nos offres sont de plus en plus compliquées et nous avons besoin d'un environnement connu et rassurant, le magasin et un vendeur, pour donner confiance au consommateur. »

Aujourd'hui, le pack intégrant un modem est déjà vendu en libre-service. L'étape suivante sera la prise d'abonnement directement sur le lieu de vente, comme en téléphonie mobile. « Le poids de la grande distribution [15 à 20 %, NDLR] devrait encore progresser en 2006, car l'ADSL lui a permis de retrouver son vrai métier, qui consiste à diffuser des biens physiques plus que des services, précise Étienne Costes. C'est aussi l'intérêt des fournisseurs d'accès internet, qui doivent maintenant être présents dans les canaux mass-market pour toucher la population non équipée. Ensuite, il faudra régler la question du multiplay : le vend-on au rayon informatique ? Télévision ? Les deux ? C'est une discussion qui reste à mener entre FAI et distributeurs. »

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