Interview d'Alain Juillet, président du Club des directeurs de sécurité des entreprises : « La sécurité va devenir un élément différenciant entre les commerces»

|

INTERVIEW Alain Juillet, président du Club des directeurs de sécurité des entreprises (CDSE), revient sur les mesures sécuritaires prises à la suite des attentats et à leurs conséquences sur le commerce.

LSA - Quel est le rôle du Club des directeurs de sécurité des entreprises ?

Alain Juillet - Le CDSE est une association qui regroupe 115 grandes entreprises essentiellement françaises. Elles sont toutes représentées par leur directeur sécurité. Nous travaillons par commissions afin de développer la sécurité au sens large. Et nous sommes en liaison permanente avec les différentes instances de l’État, afin de faire circuler les informations.

LSA - Comment jugez-vous le niveau actuel de sécurité dans le commerce ?

A. J. - En France, nous savions qu’il y avait des risques d’attentats. L’attaque contre Charlie Hebdo a surpris, mais les entreprises avaient déjà pris des mesures. Avant le Bataclan, nous étions également informés des risques d’attaques imminentes, et la sécurité a encore été renforcée à tous les niveaux. Après le 13 novembre, les organisations n’ont finalement pas beaucoup changé, puisque toutes les dispositions étaient prises au sein des grandes entreprises. Des ajustements ont dû être faits pour les sociétés qui accueillent du public, afin de mettre en place les contrôles sur les points d’accès. Les changements proviennent plutôt des petites entreprises, qui prennent conscience des besoins de sécuriser leur personnel.

LSA - On évoque les centres commerciaux parmi les cibles principales. Réalité ou fantasme ?

A. J. - Attention aux rumeurs… Les centres commerciaux ou les grands magasins se révèlent déjà extrêmement bien équipés en termes de sécurité, notamment pour éviter les vols armés. Ils ont renforcé la présence des vigiles pour limiter encore un peu plus les risques. Il est vrai qu’un attentat dans une zone commerciale représenterait une véritable catastrophe économique. Après, la loi impose des contraintes quant aux rayons d’action des vigiles [contrôle mais pas de fouille des sacs, ronde de sécurité uniquement intérieure… NDLR]. Une évolution législative pourrait faciliter la surveillance, mais il ne s’agit pas de bloquer n’importe qui dans la rue.

LSA - À la veille de Noël, comment rassurer les consommateurs ?

A. J. - La sécurité concerne tout le monde. Les magasins ont mis en place les mesures. Mais, chaque personne doit rester attentive et signaler, par exemple, un sac abandonné sous un banc. Et tant que l’on n’aura pas réglé le problème de ce groupe terroriste violent, il y aura des risques, et nous devrons apprendre à vivre avec. Ne pas faire nos courses et arrêter de sortir est la plus mauvaise des réponses au terrorisme. Il faut vivre normalement tout en restant vigilant.

LSA - Le recours a davantage des vigiles est-elle la meilleure solution ?

A. J. - Le vigile reste la solution pour contrôler les sacs. Les portiques, à l’heure actuelle, ne permettent pas une vérification rapide, et ils ne pourraient pas absorber tous les flux d’un centre commercial par exemple. Regardez les files d’attente dans les aéroports. De plus, un vigile permet également de détecter les comportements suspects et les attitudes bizarres. Rien ne peut remplacer son efficacité à l’heure actuelle.

LSA - Davantage de vigiles implique un surcoût. Est-ce que les entreprises doivent prendre en compte, sur le long terme, la hausse du budget sécurité?

A. J. - Il va encore augmenter dans les années à venir. Les risques d’attentats sont toujours élevés et les exigences sécuritaires pour s’en prémunir restent élevées. De plus, la sécurité va devenir un élément différenciant entre les commerces et risque même de devenir un argument publicitaire.

LSA - Les attaques peuvent aussi être numériques. Les entreprises sont-elles également préparées contre les cyber-attaques ?

A. J. - Les entreprises ne prenaient pas conscience jusqu’à peu de ce problème. Or, depuis les histoires d’escroqueries au président, tous adoptent des mesures de sécurité, car ils estiment qu’un tel problème aurait très bien pu leur arriver. Toutefois, il reste encore une grande marge de progression pour que les entreprises françaises soient vraiment prémunies contre ce type d’attaques.

Propos recueillis par Clotilde Chenevoy

Un homme de pouvoir

Alain Juillet, 73 ans, a dirigé de nombreuses entreprises, comme Pernod Ricard ou Jacobs Suchard. De 2002 à 2003, il est nommé directeur du renseignement à la DGSE. Il occupe ensuite jusqu’en 2009 le poste de haut responsable à l’intelligence économique, rattaché au Premier ministre. Puis, il intègre le cabinet d’avocats Orrick en qualité de conseiller senior. Il est également président de l’Académie d’intelligence économique, qui promeut les bonnes pratiques en matière de sécurité. Alain Juillet est l’auteur de l’ouvrage « Gérer les risques criminels en entreprise » (Larcier Business, 2012). Il préside le CDSE depuis 2011.

Testez LeMoniteur.fr en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Toutes les actus de la consommation et de la distribution

je m’inscris à la newsletter

Article extrait
du magazine N° 2392-2393

Couverture magasine

Tous les jeudis, l'information de référence de la grande consommation Contactez la rédaction Abonnez-vous