Franchise Expo Paris 2014

Interview de Chantal Zimmer, déléguée générale de la Fédération française de la franchise

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INTERVIEW Selon la déléguée générale de la Fédération Française de la Franchise, Chantal Zimmer, interviewée par LSA, quelques semaines avant le salon Franchise Expo Paris, qui se déroulera du 23 au 26 mars à Paris, le secteur fait toujours preuve de son étonnante capacité de résistance à la crise. Certes, les ventes ont connu un premier recul en 2013, du fait notamment des difficultés dans l’immobilier et l’habillement, mais le nombre de créations de nouveaux concepts et de nouveaux franchisés continue, lui de croître, dans un pays où ce modèle économique occupe une place presqu’inégalées dans le monde. Explications. 

Chantal Zimmer, déléguée générale de la fff
Chantal Zimmer, déléguée générale de la fff© FFF
Interview de Chantal Zimmer, déléguée générale de la Fédération française de la franchise

 

 

LSA Comment se porte le secteur de la franchise dans l’ambiance de crise et de déflation qui caractérise le commerce aujourd’hui ?

Chantal Zimmer Ce contexte n’est pas vraiment nouveau, nous sommes en crise depuis 2008 et la franchise s’est plutôt bien comportée durant cette période. Son chiffre d’affaires a progressé de près de 5 % par an en moyenne annuelle et le nombre de franchisés et de franchiseurs a continué d’augmenter pour atteindre respectivement plus de 65 000 franchisés et plus de 1700 réseaux.  En fait, les ventes ne se sont réellement essoufflées que l’an dernier, le chiffre d’affaires cumulé des franchisés est passé de 50 milliards d’euros en 2012 à plus de 48 milliards en 2013. Mais il était inévitable qu’à un moment nous ayons à absorber la baisse de la consommation et du pouvoir d’achat.

 

« Les entrepreneurs ne quittent pas le navire dans la tempête »

 

LSA Comment expliquer cette résistance à la crise ?

CZ Depuis une dizaine d’années le comité scientifique de la Fédération française de la franchise confie à des chercheurs des sujets d’études. En 2010, ils se sont penchés sur les raisons de la résistance du secteur à la crise, mettant un certain nombre d’évidences en lumière. La première d’entre elle, c’est que la franchise est une alliance entre chefs d’entreprise et que des entrepreneurs ne quittent pas le navire dans la tempête. Au contraire, ils se retroussent les manches, se serrent les coudes, se rapprochent, investissent, innovent. Depuis 5 ans, c’est exactement ce qui se passe ; on assiste à une multiplication des relations entre franchiseurs et franchisés, à un accroissement des échanges d’informations, d’expériences, d’innovations qui sont ensuite rediffusées à l’ensemble des réseaux.  Et cette dynamique a accru la confiance entre franchiseurs et franchisés.

 

 

« Les entrepreneurs réfléchissent à deux fois entre se lancer seul ou investir en adhérant à un concept de franchise avec la garantie d’apprendre un métier, de bénéficier d’une formation, d’un soutien, d’apports de savoir-faire et de la notoriété d’une enseigne »

 

 

LSA Pourquoi la franchise est-elle aussi développée en France ?

CZ Le mouvement a démarré après-guerre dans une France peuplée d’une multitude de petits commerçants pas du tout organisés. A la différence de l’Allemagne par exemple où les chaînes volontaires et les coopératives occupaient déjà une place importante. Il s’est accentué dans les années 60 avec l’essor de la consommation, la grande distribution et l’émergence de consommateurs de plus en plus exigeants. Le métier de commerçant s’est considérablement professionnalisé autour d’enseignes à  forte notoriété et la franchise à beaucoup contribué à cette transformation.

L’engouement pour la création d’entreprise en France a aussi joué, la franchise démontrant la pertinence de son modèle. Avec un apport similaire, les entrepreneurs réfléchissent à deux fois entre l’idée  de se lancer seul ou celle d’investir en adhérant à un concept de franchise avec la garantie d’apprendre un métier, de bénéficier d’une formation, d’un soutien, d’apports de savoir-faire et de la notoriété d’une enseigne, tout en restant indépendant et patron de son entreprise.

 

 

« Aujourd’hui, plus de 55% des franchises en France sont des enseignes de services avec des concepts de plus en plus sophistiqués et pointus. » 

 

 

LSA Les Français sont vraiment si dynamiques en matière de création ?

CZ Oui. Et le mouvement a été singulièrement renforcé au cours des 10 dernières années par d’ex-salariés, lassés ou poussés hors du monde de l’entreprise, qui ont tenté l’aventure aiguillonnés par l’envie d’être indépendants et chez soi. Aujourd’hui, plus de la moitié des créations de nouvelles affaires dans la franchise sont le fait de ces anciens salariés du monde de l’entreprise ! Ce secteur est ainsi un formidable outil de reconversion professionnelle.

 

LSA Est-ce qu’il n’y a pas plus d’échecs justement avec cette nouvelle population d’entrepreneurs qui n’a pas forcément l’habitude de développer sa propre entreprise ?

CZ Pas du tout. A partir du moment où on leur donne les outils, la formation et les savoir-faire nécessaires, ce qui est la base de la franchise, ils réussissent aussi bien que des commerçants expérimentés.

 

LSA Quels sont les secteurs les plus dynamiques aujourd’hui ?

 

CZ La restauration rapide a incontestablement le vent en poupe. Avec la crise, les paniers moyens des Français ont beaucoup baissé dans ce domaine. Or ce mode de restauration coûte moins cher. Beaucoup d’enseignes classiques, comme la Mie Câline ou Paul, ont d’ailleurs diversifié leur offre vers les sandwiches et autres salades pour répondre à cette demande grandissante.

L’autre grand secteur en forme est celui des services, aussi bien aux particuliers qu’aux entreprises. C’est un domaine où la France était très en retard, notamment par rapport aux Etats-Unis.  Il y a 20 ans, 80% des franchises US opéraient dans le domaine des services, contre 15 % en France. Aujourd’hui, plus de 55% des franchises en France sont des enseignes de services avec des concepts de plus en plus sophistiqués et pointus : stockage en tous genres, rénovations des toits, des maisons, des salles de bain, même des allées de jardin, à l’image d’une enseigne comme « Daniel Moquet Signe Vos Allées » qui compte plus de 100 franchisés aujourd’hui.

 

LSA Et les secteurs qui souffrent ?

CZ L’immobilier, la décoration de la maison, le prêt-à-porter.  On constate aussi une baisse du nombre de franchisés dans l’alimentaire, mais ce chiffre m’étonne quand je vois les performances d’enseignes dans le chocolat ou le vin notamment. C’est peut-être lié à la concentration dans le monde des grandes enseignes généralistes de l’alimentaire.

 

« Chaque franchisé fait ce qu’il veut dans son bilan, il est indépendant »

 

LSA Quelles sont les priorités du moment de la fédération  que vous dirigez, le financement ?

CZ La question du financement est réglée depuis longtemps. La France est le pays d’Europe où la franchise est la mieux financée. Toutes les grandes banques françaises sont positionnées depuis longtemps sur ce métier avec des départements dédiés très structurés. C’est un modèle économique qui les intéresse car elles rencontrent moins de problèmes avec les franchisés qu’avec des commerçants isolés. 

LSA Pourtant les niveaux de fonds propres requis, l’apport personnel réclamé aux franchisés, sont de plus en plus élevés et seraient passés en quelques années de 30 à 40% de l’investissement total.

CZ C’est logique car le seuil de rentabilité est plus long à atteindre aujourd’hui. Mais il faut se méfier des moyennes. Les études qui sortent périodiquement sur la rentabilité des franchisés me hérissent. Dans ce secteur, chaque compte d’exploitation est différent selon les choix de gestion faits par le franchisé : plus ou moins d’immobilier, plus ou moins de coûts, de frais imputés ou pas sur la société. Chaque franchisé fait ce qu’il veut dans son bilan, il est indépendant. Il vaut mieux regarder du côté des succursales pour avoir une vue plus juste des rentabilités moyennes d’un concept. Les succursales se plient toutes aux mêmes règles de gestion. D’ailleurs, les réseaux matures ont souvent des parcs composés entre 30 et 40% sur des succursales et entre 60 à 70 % de franchisés. C’est un bon équilibre.

LSA Quelles sont vos priorités alors ?

CZ Sans aucun doute l’international. Beaucoup de nos adhérents veulent exporter. C’est là que la croissance se fait aujourd’hui  et nous essayons de les accompagner en nouant des contacts avec les fédérations étrangères membres du World Franchise Council, en organisant leur accueil sur place avec nos homologues. La part de l’international à Franchise Expo Paris qui s’ouvre dans quelques semaines, et dont nous sommes propriétaires, ne cesse d’ailleurs de grandir. C’est l’avenir.

Propos recueillis par Jérôme Parigi

 

 

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