Interview de Dominique Amirault, président de la Feef et Jacques Creyssel, délégué général de la FCD : « La nécessité du partenariat PME-commerce »

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DossierINTERVIEWINTERVIEW Avant la remise des prix des Grés d'or, Dominique Amirault, président de la Feef, et Jacques Creyssel, délégué général de la FCD, expliquent leur vision du partenariat entre la grande distribution et les PME.

LSA - Comment qualifiez-vous le partenariat entre la grande distribution et les PME ? Jacques Creyssel - Les PME sont des partenaires essentiels de toutes les enseignes de la grande distribution. Il faut rappeler que 64% de nos fournisseurs sont des PME françaises et que 70% de nos marques de distributeurs sont produits par ces petites et moyennes entreprises. Les enseignes sont conscientes des spécificités de leurs partenaires PME. Contracter avec une PME, c'est plus de flexibilité et de souplesse, plus d'innovations, mais également, de notre part, un soutien fort à l'industrie française. Ces partenariats s'inscrivent dans la durée et nous devons tout faire pour les développer et les soutenir. La FCD et la Feef sont des partenaires de longue date et mettent en oeuvre de nombreux projets pour accompagner les PME dans leur croissance. Depuis la signature de Cap sur la croissance, en 2010, toutes les enseignes ont mis en place des initiatives concrètes pour faciliter leurs relations de travail avec les PME.

Dominique Amirault - Le fait que les PME soient des partenaires essentiels pour la grnade distribution est extrêmement encourageant pour les entrepreneurs que nous sommes. La France a besoin d'entrepreneurs qui s'engagent et prennent des risques pour relancer l'activité. Mais, c'est vrai que, quand on n'a ni la taille, ni la puissance financière, la bataille est inégale pour se faire entendre. Il faut donc trouver des aménagements et travailler dans la durée avec nos clients, dans la confiance, la concertation et la contractualisation. Les enseignes cherchent la différenciation dans leurs assortiments et l'ancrage dans des marques et des produits fabriqués dans les différentes régions de France. Les PME sont des réponses : reconnues pour leur agilité, pour leur capacité à innover. Elles représentent aussi désormais des gisements de rentabilité pour la distribution, étant des marques moins bataillées en termes de prix.

LSA - Comment cela se concrétise-t-il ?

D. A. - En 2010, nous avons déjà signé avec la FCD un premier accord cadre que nous avions appelé Cap sur la croissance 2010-2012, et qui était décliné par enseigne suivant sa stratégie et ses priorités. Nous travaillons actuellement à la version 2012-2014 qui s'inscrit dans la continuité de l'accord précédent, comme, par exemple, le développement de l'offre et sa visibilité en rayon, une démarche supply chain concertée. Nous souhaitons intensifier et professionnaliser les relations avec les enseignes via l'accès aux démarches catégorielles des enseignes pour les PME, via des codes de bonnes pratiques : nous travaillons actuellement à un tel code sur le déréférencement avec la FCD. Nous aimerions également voir la démarche de certains distributeurs, « code de bonne conduite avec les PME », reprise et étendue. La relation se construit entre les hommes dans la durée, et particulièrement dans les boxes ?????. Il est bon d'en rappeler les spécificités

J. C. - Cela se traduit, très concrètement, par exemple par la promotion de l'offre de produits des PME dans les rayons des magasins, notamment des produits locaux. La plupart des enseignes font la promotion de ces produits aujourd'hui, non seulement car cela répond à une demande des consommateurs, mais aussi car c'est un moyen de développer nos relations avec nos partenaires PME. C'est une relation gagnant-gagnant. Plusieurs enseignes ont également travaillé à la mise en place de bonnes pratiques et de mutualisations, notamment en termes de qualité et de logistique, pour optimiser les coûts de fonctionnement. Et nous souhaitons poursuivre de nombreuses initiatives et nous réengager à l'horizon 2014 pour améliorer encore nos actions. La FCD travaille aussi avec la Feef à la signature d'un code de bonnes pratiques en matière de rupture des relations commerciales pour protéger au maximum les PME. Notre collaboration est quotidienne, nos progrès mesurables, et nous allons continuer pour améliorer encore ces partenariats.

LSA - Souhaitez-vous que l'État intervienne dans vos relations ?

J. C. - L'intervention des pouvoirs publics n'est pas une solution. Nous devons continuer à travailler ensemble et à échanger, élaborer des codes de bonnes pratiques pour améliorer ce qui doit l'être, mieux protéger nos partenaires PME. De nombreuses initiatives sont en cours, entre la FCD et la Feef, entre nos enseignes et leurs fournisseurs, sur la question des déréfencements, par exemple. Le réengagement, en cours de discussions, de toutes nos enseignes dans un nouvel accord Cap sur la croissance 2012-2014 est une des manifestations de cette volonté et de sa mise en oeuvre.

Dominique Amirault - Nous devons trouver quels sont les nouveaux gisements de valeur. Mais nous sommes conscients que les chiffres de la consommation ne sont pas favorables à l'apaisement. Que, très logiquement, chacun cherche à sauvegarder ses marges. Dans une telle ambiance, il faut tout faire pour s'en sortir, mais aussi, ne pas étrangler ses partenaires... Voilà tout l'intérêt d'une démarche de progrès que nous voulons instaurer. Les règles du jeu doivent être claires pour tous et elles doivent être respectées. Il est évident, par exemple, que la loi doit être appliquée. D'ailleurs, je note qu'à l'origine la loi de modernisation de l'économie, la fameuse LME, devait profiter aux PME. Et in fine, les PME sont les laissées-pour-compte de cette loi. Nous y perdons clairement. Nous demandons simplement que la loi soit respectée.

LSA - Et la FCD réclame-t-elle une nouvelle loi ?

Jacques Creyssel - La LME ne doit pas être changée. Les ajustements nécessaires se font notamment dans le cadre de la CEPC, où la Feef et la FCD sont présentes, et cela fonctionne bien. Cette loi a montré ses effets positifs. Et dans cette période de consommation fragile, où tous les acteurs doivent travailler ensemble aux services des consommateurs et de leur pouvoir d'achat, cela serait dangereux de changer encore les règles du jeu des relations commerciales. Nous avons tous, industriels comme distributeurs, besoin de stabilité. Encore une fois, il faut surtout essayer de multiplier les accords de bonne conduite. Nous devons construire des partenariats dans la durée, bien plus efficaces que des législations nouvelles.

LSA - Que pensez-vous de la question de la volatilité des matières premières ?

J. C. - Il faut, tout d'abord, être prudent sur cette question et ne pas faire croire aux consommateurs que tous les prix des produits alimentaires vont être affectés par la hausse du prix des matières premières. Certes, les céréales ou le maïs ont fortement augmenté, depuis un an, mais le sucre ou le café ont diminué. Nous sommes conscients des impacts des hausses des cours de matières premières sur nos fournisseurs, et bien plus que les autres les PME. Mais nous pensons que le consommateur ne doit pas supporter seul le poids de la hausse du prix de certaines matières premières, au risque de voir chuter la consommation. Il faut aujourd'hui trouver des solutions structurelles : en ce qui concerne la viande, une contractualisation entre filières végétales et animales ; plus globalement, utiliser les techniques de couverture financière pour lisser les évolutions et lutter contre la volatilité au niveau international, en constituant des stocks.

D. A. - La volatilité des cours des matières premières a des conséquences dramatiques sur les comptes des PME, particulièrement lorsqu'elles commercialisent à marque de distributeur ! Il est anormal que ces fortes variations de cours des matières premières, lorsqu'elles ne sont pas intégrées dans les prix facturés aux enseignes, puissent remettre en cause leurs marges et donc leur survie compétitive. Il nous faut donc trouver ensemble des solutions raisonnables et durables pour tenir compte de ces fluctuations indépendantes de notre volonté d'autant plus qu'elles sont souvent attisées par la spéculation financière. Ainsi, nous pourrions définir des clauses de variations de prix à la hausse comme à la baisse, des mécanismes de communs de couvertures.

LSA - Beaucoup de PME déplorent un manque d'information, de communication, avec leurs clients distributeurs. Est-ce vrai ?

D. A. - Oui, la question est souvent abordée. Il faut faciliter l'accès à l'information, notamment catégorielle. Il est évident que nous n'avons ni la force de persuasion ni les moyens des multinationales pour obtenir ou acheter des données. Et nous avons besoin des ces informations pour mieux faire notre métier. Nous devons comprendre les stratégies catégorielles de nos clients distributeurs afin de répondre à leurs demandes. Comment voulez-vous éviter les points de blocage si vous ne connaissez pas, en amont, ces fameux points de blocage ? Les distributeurs doivent nous donner plus d'informations. Ils doivent mieux nous expliquer leurs besoins et leurs attentes. C'est pourquoi les relations des enseignes avec les PME doivent être spécifiques pour pouvoir transformer l'essai.

J. C. - Cela faisait partie de nos engagements en 2010 et nous nous engagerons encore davantage dans le prochain accord sur ce point d'ici à 2014.


Dans cette période de consommation fragile, cela serait dangereux de changer encore les règles du jeu des relations commerciales. Nous avons tous, industriels comme distributeurs, besoin de stabilité.

Jacques Creyssel, délégué général de la Fédération des entreprises du commerce et de la distribution

 

Il nous faut trouver ensemble des solutions raisonnables et durables pour tenir compte des fluctuations des cours des matières premières, indépendantes de notre volonté, d'autant qu'elles sont souvent attisées par la spéculation financière.

Dominique Amirault, président de la Fédération des entreprises de Francef

 

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Article extrait
du magazine N° 2243

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