Interview de Dominique Amirault, président de la FEEF : L’atout concurrentiel des PME est d’être naturellement RSE

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Dossier Le président de la Fédération des entreprises et entrepreneurs de France – plus de 850 PME adhérentes – milite pour des relations apaisées et constructives avec les distributeurs. Explications.

Dominique Amirault
Dominique Amirault

LSA - La Feef plaide pour que la RSE soit intégrée dans les négociations commerciales. Pourquoi ?

Dominique Amirault - La RSE, ou responsabilité sociale des entreprises, apporte une dimension humaine et sociale. Ce sujet préoccupe de plus en plus nos consommateurs et nos clients distributeurs. Et bien évidemment, ces questions nous concernent et nous mobilisent. D’autant plus que l’atout concurrentiel des PME est d’être naturellement RSE. Je dirais même que la RSE est naturellement inscrite dans les gènes des PME qui se caractérisent par des valeurs d’éthique, d’authenticité et de proximité. Tout le monde connaît une PME proche de chez lui. Tout le monde met un visage sur une PME. Nos structures sont autant de petites communautés humaines sur nos territoires. Et nous savons que cette dimension est essentielle dans la réussite ; plus que le capital, qui n’est, finalement, qu’un moyen. J’ajoute que la RSE, qui se réduit au respect de normes, ne fait qu’aligner tout le monde sur la même base. Ce n’est en rien différenciant ! Une norme n’est pas créatrice de valeur, c’est un alignement vers le bas. À un moment où l’on parle beaucoup de création de valeur, il faut rappeler que seul l’homme est créateur de valeur. Ce qui est le plus important, ce n’est pas l’intention première, mais la mise en pratique de la RSE dans la vie quotidienne. C’està- dire le comportement qu’on peut avoir vis-à-vis de l’autre pour l’écouter et dialoguer. Se mettre autour d’une table pour construire, rechercher des solutions communes pour créer de la valeur. Les relations commerciales sont des relations d’hommes. Il faut que les gens s’écoutent pour pouvoir réussir. La solution ne passe pas par la réglementation comme peuvent le croire certains. Il s’agit avant tout d’un problème de management et de stratégie d’entreprise.

LSA - N’êtes-vous pas favorables à la norme de responsabilité sociétale ISO 26000 ?

D. A. - Si, mais une norme ou une réglementation ne font pas le progrès. C’est une référence. Ces normes évitent des comportements déloyaux, par exemple avec des normes qui seraient différentes et, donc, non comparables. Mais ce n’est que le « Smic », le plus petit commun dénominateur auquel on peut prétendre quand on veut se lancer dans la RSE. Mais si tout le monde fait la même chose, il n’y a plus de différenciation. Car tout le monde sera pareil ! C’est pourquoi nous pensons qu’il faut aller au-delà. Et c’est pourquoi nous avons créé le label « Entrepreneurs + engagés ». Il a pour objet de dire que nous faisons « mieux ». .

LSA - Combien d’adhérents de la Feef portent ce label « E +» ?

D. A. - Aujourd’hui, ils sont 72. Et nombreux sont en cours de labélisation. Mais je rappelle que c’est une démarche très engageante. Nous ne voulons pas aller trop vite. L’important est de relever les vrais défis. Comme les consommateurs ont davantage confiance dans les PME que dans les groupes, nous n’avons pas le droit d’être décevants. Nous faisons en sorte que nos adhérents qui portent ce logo respectent bien le référentiel et ses implications. Aussi, cette labélisation est décidée par un organisme tiers indépendant, en l’occurrence Ecocert.

LSA - Quel regard portezvous sur les États généraux de l’alimentation ?

D. A. - Nous apprécions la méthode de concertation large qui se veut constructive et collaborative ; et à condition que tous les acteurs jouent le jeu ! Néanmoins, pour le gouvernement, la solution est visiblement réglementaire. Mais le commerce est une affaire d’hommes, et cela passe par des relations commerciales apaisées et bienveillantes. Il faut retrouver les moyens de recréer de la valeur. On pourra le faire en étant collaboratif. C’est la solution, et je ne pense pas que ce soit une loi qui permette de changer les mentalités. Enfin, à quoi sert la surréglementation qui donne bonne conscience si l’on ne contrôle pas suffisamment son respect et, qu’au final, on laisse faire ? Il faut que les contrôles soient faits de façon régulière et efficace. Il est nécessaire que l’on fasse moins de formalisme, mais que la DGCCRF puisse jouer son rôle d’arbitre en temps réel quand les règles du jeu ne sont pas respectées. Sinon à quoi cela sert d’avoir des réponses trois ou quatre ans après, quand les jeux sont faits ?

PROPOS RECUEILLIS PAR YVES PUGET

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Article extrait
du magazine N° 2476

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