Interview de Frédéric Gervoson, PDG d'Andros : « Nous allons nous concentrer sur les sites les plus performants »

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LSA - Vous venez d'annoncer votre intention de fermer l'une de vos sept usines françaises de produits laitiers UF et de diminuer de moitié les effectifs d'une autre, soit 176 suppressions de postes. Pourquoi ?

Frédéric Gervoson - Depuis plusieurs années, le marché de l'ultrafrais laitier souffre, aussi bien en marges qu'en volumes et, quand ces deux leviers sont touchés en même temps, on est obligé de fermer les outils les moins modernes pour se concentrer sur les sites les plus adaptés. Depuis trois ans, nous perdons de l'argent sur l'ultrafrais laitier et nos pertes se sont encore creusées l'an dernier. Cela pèse évidement sur la rentabilité du groupe Andros dans son ensemble, qui est affectée, malgré la bonne santé de notre branche fruits et de nos marques. On a fait le dos rond un moment, mais le marché de la MDD est au plus bas et tous les acteurs de l'ultrafrais laitier sont fortement touchés par la crise, avec un secteur clairement en surcapacité en France. Il y a un moment où il faut dire stop et se concentrer sur les sites les plus performants.

LSA - Comment s'expliquent ces pertes ?

F. G. - En dix ans, le prix des produits ultrafrais laitiers a baissé de 0,06 €, passant de 2,60 € au kilo en 2002 à 2,54 € en 2011, selon SymphonyIRI. Ces produits qui étaient rentables souffrent de marges très faibles aujourd'hui et, compte tenu de nos investissements depuis trois ans, nous perdons de l'argent chaque année. La marge brute de l'activité a baissé de 30% au cours des cinq dernières années alors que le coût matière a pris 20%. Cela d'autant plus que, contrairement aux groupes laitiers, nous n'avons pas accès aux achats spots, parfois 20 à 30% moins chers. Et il n'y a pas que le lait qui joue, le poids du transport, qui représente 10% des coûts de l'UF, ne cesse d'augmenter.

LSA - Que comptez-vous faire, concrètement ?

F. G. - Dans la situation actuelle, il y avait deux solutions, soit se désengager complètement, comme certains l'ont fait récemment, en se disant que la partie laitière de notre activité n'était pas centrale - ce que nous avons envisagé -, soit continuer en mettant l'activité en état de marche pour affronter une conjoncture et un marché très difficiles. Ce que nous avons fait : nous n'arrêtons rien, nous prévoyons de transférer les volumes, soit 40 000 tonnes environ, et les emplois. Notre plan consiste à se recentrer sur les sites les plus performants. Ce qui nous oblige à fermer le dernier site qui a rejoint le groupe, celui de Rozet-Saint-Albin, qui a aussi la productivité la plus faible. Marcillé-Raoul gardera, lui, les produits annexes que nous ne produisons pas ailleurs, comme les produits à base de soja, le bio et un peu de yaourts. Ça n'est pas un plan de licenciements, c'est un plan de fermeture et de redimensionnement, sachant que nous proposons de reclasser tous les salariés concernés par le plan de sauvegarde de l'emploi (PSE) dans les autres sites et branches du groupe, une clause qui concerne aussi leurs conjoints. Nous avons de l'emploi pour tous, même si nous savons bien qu'il est difficile et douloureux de se délocaliser.

LSA - Pourquoi ces sites ?

Frédéric Gervoson - Lorsque nous avons racheté, il y a vingt ans, la Générale Ultra-Frais devenue Novandie depuis, nous avons repris quatre sites que les autres repreneurs potentiels comptaient fermer. Ce qu'Andros s'est refusé à faire. Marcillé était dans le lot. Il y a dix ans, quand nous avons voulu agrandir l'usine, les bâtiments de France ont retoqué deux fois notre projet, sachant que le site, construit sur un ruisseau, n'est plus du tout adapté aux outils modernes. Impossible d'y installer une ligne standard par exemple. Le site est aussi très excentré. Nous serions une multinationale, nous vendrionst tout ; là, nous avons fait le choix de le redimensionner, de garder 100 emplois sur trois lignes au lieu de six. Nous allons alléger les coûts fixes en faisant passer les volumes de 25 000 tonnes à 15 000 tonnes et en concentrant la production sur les spécialités à base de soja et sur le bio. Ce transfert de 10 000 tonnes vers un autre site représente une économie de 2 millions d'euros par an.

LSA - Le cas de Rozet-Saint-Albin est différent ?

Frédéric Gervoson - Oui. Nous avons récupéré cette usine qui était en très mauvais état mi-2004, alors qu'elle était en dépôt de bilan. Le climat y était très tendu. Nous avons rassuré les employés, adapté le site, investi plus de 20 millions d'euros. Et les équipes ont eu depuis la reprise du site mais aussi le début de la crise un comportement exemplaire, ils sont compétents et méritants. Néanmoins, l'usine la plus proche est à 40 kilomètres et le bassin d'emploi y est limité, contrairement à Marcillé, qui est située dans pays de Fougères, un bassin industriel dynamique. Certes, les salariés auront des solutions de reclassement dans le groupe, mais je suis conscient que beaucoup vont hésiter à déménager. C'est pourquoi je veux favoriser une reprise industrielle de ce site, que je suis prêt à accompagner financièrement, mais aussi structurellement.

LSA - Sur quel type de projets ?

F. G. - L'usine a des atouts, une station d'épuration, une chaudière en bon état, un encadrement de qualité, un bon emplacement, au coeur du bassin sucrier et à proximité de la région parisienne et de ses consommateurs. Il faut savoir que démarrer une unité de ce type ex nihilo représente au minimum 20 M €, plus les questions de formation des salariés, qui pèse lourd. Ici, les repreneurs pourront profiter d'un personnel de grande qualité. Dans le cadre du plan de réindustrialisation, je lance donc un appel à projet aux entrepreneurs qui ont envie de développer une activité agroalimentaire complémentaire aux nôtres, projet que nous sommes prêts à accompagner commercialement, notamment sur les marchés européens, sachant que nous sommes présents dans une dizaine de pays ; pourquoi ne pas pousser quelque chose dans l'univers du sucre, de la pomme de terre, ou du traiteur par exemple ?

LSA - Un syndicat vous accuse de vouloir délocaliser l'activité de Marcillé en Espagne...

F. G. - C'est faux. Si nous avons démarré des activités comme l'Espagne et la Grande-Bretagne, c'est pour produire localement comme le réclament les distributeurs et les consommateurs. On me dit qu'on aurait pu continuer à exporter vers l'Espagne sans racheter l'usine de Santander il y a deux ans, mais, avec la crise, la forte baisse des prix là-bas et la priorité accordée aux produits made in Spain, c'était un non-sens économique de payer 1 000 kilomètres de transport pour accéder à ces marchés. D'ailleurs, depuis que nous avons repris l'usine de Leche Pascual, nous regagnons les volumes que nous étions en train de perdre. De plus, en nous dotant de capacité en Espagne, ça nous permet d'exporter en complément des produits qu'on ne fabrique pas là-bas. Grâce à cette reprise on va réussir à doubler nos volumes en Espagne. Près de 60% des volumes de cette usine sont déjà des nouveaux débouchés. On peut comparer avec le Portugal où nous n'avons pas d'usine et où nos ventes baissent. Notre principe, c'est d'essayer de fabriquer le plus possible en France pour exporter et, évidement, d'éviter de faire exporter nos filiales vers la France. La France, c'est le coeur du réacteur d'Andros. La moitié de ce que nous produisons sous marque Bonne Maman en France va à l'étranger. Toutes nos filiales étrangères servent de levier de développement pour nos productions françaises. La Chine comme l'Allemagne sont de belles réussites et sont des leviers certains pour le groupe. En Grande-Bretagne, nous avons investi plus de 25 millions d'euros sur trois ans - comme en Espagne -, cela nous a aussi permis d'exporter plus vers la Grande-Bretagne.

LSA - Les cinq autres sites français de la branche ultrafrais sont-ils menacés ?

Frédéric Gervoson - Non, ils ne sont absolument pas menacés, ils vont même être embellis, comme Auneau qui va continuer à se développer. Sachant que l'activité va plus se porter sur l'international, les desserts et les marques plutôt que sur les seuls yaourts ou fromages blancs.

LSA - Quid des autres activités d'Andros ?

F. G. - Le groupe est globalement en ordre de marche. Bonne Maman va bien. Les ventes du gourmand (BM et Mamie Nova) progressent de 6%. Les jus de fruits aussi progressent bien, le passage à la bouteille nous a fait du bien. Dans l'ensemble, l'image fruitière d'Andros fonctionne. Reste l'échec de l'activité MDD ultrafrais qui représente tout de même entre 85% et 90% des ventes de la branche. Le vaisseau amiral, ce sont les fruits et nos marques, les résultats viennent de là. Mais vendre de la marque et des MDD en même temps, c'est un casse-tête terrible, je ne le conseille pas. Nous sommes en train de réorganiser la France, notamment le back office, en coordonnant les trois directions, UF, fruits et marques sous une seule direction France. Elle sera assurée à partir de la fin de l'année par Olivier Rudaux, qui dirige aujourd'hui Novandie. À l'image de l'organisation de la plupart de nos filiales étrangères où les directions pays s'occupent des usines, du commerce et des marques.

LSA - Quelle est votre ambition aujourd'hui ?

F. G. - Mon ambition c'est de développer le groupe, d'en faire un vrai industriel international. Nous avons du retard en Europe, mais nous nous développons en Chine, ou dernièrement aux États-Unis, par exemple, où nous venons de racheter, en avril, le fabricant de compotes Beauman Apple products, près de Washington. L'international, c'est le futur d'Andros. Déjà 40% de nos ventes sont réalisés à l'étranger (30% pour l'ultrafrais) et toutes nos filiales sont rentables, sauf celles qui ont investi récemment comme l'Angleterre et l'Espagne. Je veux faire des usines pour vingt ans. Et pour cela, je suis en train de mettre en place les hommes qui feront de notre petite entreprise née au fin fonds du Lot une entreprise d'envergure européenne. J'espère pouvoir passer le relais de la direction générale à cette nouvelle équipe dans quatre ou cinq ans.

 

 

1 commentaire

papy NOVA

19/04/2016 17h55 - papy NOVA

Il ne parle pas du site NOVADIS (80 salariés) ans le 76 pas loin de NOVANDIE Marome 76, l'usine de Mamie NOVA. Les 2 sites font partis du groupe ANDROS. NOVADIS ex Générale Ultras Frais ex Mamie Nova est un entrepôt où les salariés font de la préparation de commandes....aussi variées qu'il y a de vendeurs de produits laitiers en France. Chez NOVADIS on livre les petites, moyennes et grandes surfaces, les marques distributeurs, on fait les commandes pour les écoles, les hôpitaux...etc...les préparateurs ont fait depuis plus de 25 ans la richesse du groupe ANDROS. Aujourd'hui, leur expérience est reconnue et le site de Moulineaux est depuis la naissance du site de Auneau la roue de secours de Andros. Malheureusement il est aussi le petit village gaulois du groupe qui au fil des années a pu obtenir des acquis qui dérangent aujourd'hui le groupe ! Ne jamais parler de Moulineaux c'est s'assurer de ne pas faire de bruit le jour où Andros voudra s'en séparer, l'activité même du site de Moulineaux n'est pourtant pas à dissocier de la richesse de Andros, l'image de NOVADIS ne pourra dés lors être dissociée de celle de la marque Andros.

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Article extrait
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