Interview de Gauthier Picquart, cofondateur-PDG de RueDuCommerce : « La marque en distribution va devenir de plus en plus importante »

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INTERVIEW Le fondateur de RueDuCommerce, Gauthier Picquart, toujours à la tête de son bébé après sa revente, début 2012, à la foncière Altarea, nous éclaire sur la stratégie de l'enseigne et sur sa vision de l'avenir.

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Sept mois après le rachat du site généraliste RueDuCommerce par Altarea-Cogedim, rien n'a filtré sur les projets de la foncière. Pour celle-ci, l'acquisition est indéniablement le moyen d'approcher et de mettre un pied dans un secteur qui, d'après les dernières prévisions de la Fédération du e-commerce et de la vente à distance (Fevad) connaîtra en 2012 une croissance de 20%, à 45,2 milliards d'euros, après une hausse au deuxième trimestre de 21%, à 10,8 milliards d'euros. Le web constituant alors un potentiel relais de croissance. Mais pour pouvoir aller encore plus loin, des chantiers ont été mis en oeuvre, avec, notamment, une refonte technique de la plate-forme de RueDuCommerce, des échanges d'expertises. Mais aussi et surtout des réflexions sur les pistes d'innovations et de développements possibles prenant en compte les futures évolutions du marché, dont celle d'un commerce multi et cross canal.

 

LSA - Aujourd'hui, comment le rachat par Altarea se passe-t-il ?

Gauthier Picquart - Altarea est la troisième foncière en France. Ce sont des visionnaires et des pragmatiques. Voilà pourquoi ils ont décidé de mettre un pied dans chaque domaine, physique et digital, et d'être forts dans les deux. Cela pose le problème du rapprochement entre l'e-commerce et la distribution traditionnelle. C'est un sujet compliqué. Il y a des synergies avec Altarea car nos métiers sont assez proches. La première d'entre elles a trait au fonctionnement quand des marchands ouvrent des points de vente dans un centre commercial ou dans notre galerie marchande, et dans la relation au quotidien avec les magasins.

LSA - Quels sont les projets en cours ?

G. P. - Nous investissons pour que les entreprises soient fortes demain, quand les synergies seront effectives. Le rapprochement va nécessiter trois chantiers très importants pour avancer. Le premier sera un chantier IT [Information Technology, NDLR]. La technologie est le passage obligé pour tout format d'innovations. Il faudra notamment refondre la plate-forme et redéfinir complètement l'architecture technique de l'entreprise. Un deuxième chantier sera la galerie marchande, avec un apprentissage des relations entre les équipes en termes d'expertise, de contact et de redéfinition d'un catalogue produits. Nous allons investir pour renforcer les équipes, avec le recrutement de 25 personnes chez les fabricants ou les distributeurs, expertes dans les produits, les marchés et la génération de contenus, capables également d'appréhender les tendances et les évolutions de marchés.

 

LSA - Est-ce que vous poursuivez la diversification de la galerie marchande ?

G. P. - Oui, de façon verticale, car nous proposons déjà pratiquement tous les produits, hors alimentaire grand public. Nous continuons à enrichir chacun des segments.

 

LSA - Avez-vous réussi à féminiser votre audience ?

G. P. - Nous y travaillons toujours. Les femmes représentent déjà 45 % de notre trafic. Il est vrai que nous sommes un site plus masculin au départ. Mais les produits techniques qui se vendent sont de plus en plus unisexes. Les nouvelles générations changent. Les femmes de 30 ans sont « geek » a minima. Il est vrai que les hommes se sentent mieux sur leur terrain chez nous et sont encore sur-représentés sur les gros achats, comme, par exemple, dans le gros électroménager, mais nous travaillons à féminiser le design et l'ergonomie de la plate-forme.

 

LSA - Le dernier chantier ?

G. P. - Le développement et l'innovation, avec la constitution d'un pôle commun visant à appréhender toutes les synergies qui vont constituer la couche que nous allons ajouter demain. Ce planning de déploiement total va s'étaler sur cinq à dix ans. C'est très long dans l'e-commerce. Cela passe par beaucoup de tests.

 

LSA - Et par le marketing ?

G. P. - Le marketing est notre vie quotidienne. Le problème est celui de l'évolution du commerce dans les dix prochaines années. Avant, on pouvait amener un consommateur à un endroit, et il achetait. Celui qui avait le meilleur emplacement ou qui parlait le plus fort était le gagnant. Aujourd'hui, le client choisit où il va et quand il va acheter. Il est libre et 100% actif. Avant, avoir un centre commercial suffisait. Demain, le consommateur pourra être dans le centre et acheter avec son mobile ailleurs et/ou plus tard. Cela va changer la problématique du coût d'acquisition du client. Le problème du vendeur va être de savoir combien il va investir dans chaque structure pour le capter et le garder. Il va falloir trouver le levier pour lui parler et faire en sorte qu'il choisisse de venir dépenser chez nous. La marque en distribution va devenir de plus en plus importante.

 

LSA - Quel est l'avenir des grands généralistes ?

G. P. - Avec les révolutions économiques actuelles, si l'on veut préempter des territoires, il faut faire des investissements massifs et majeurs ou être ouverts au risque de l'investissement, comme avec les Amazon, Groupon ou Facebook aux États-Unis. En France, les capacités d'investissements sont trop réduites. Aujourd'hui, on ne peut pas résister face à des acteurs mondiaux, comme Amazon ou Rakuten. Les pure players historiques n'ont pas réussi à créer assez de valeur d'entreprise pour cela. Depuis quelques années, les distributeurs classiques sont en train d'arriver : Dixons, Auchan, Casino ou Leroy Merlin, qui vient de racheter delamaison.fr. RueDuCommerce a été valorisé à 100 millions d'euros. Ce n'est pas tant que ça. Casino a dépensé des centaines de millions d'euros dans Cdiscount !

 

LSA - Cela augure-t-il d'autres rachats, selon vous ?

G. P. - Bien sûr. Nous-mêmes sommes ouverts à des acquisitions car beaucoup d'entreprises vont avoir besoin de supports. Cela fait partie des projets de développement. Nous avons la volonté d'investir, ce qui n'était pas le cas les trois dernières années. Aujourd'hui, nous retrouvons un nouveau souffle.

 

LSA - C'est votre priorité ?

G. P. - Ma priorité est de préparer Noël. Il ne faut pas oublier que nous sommes des commerçants, et la plus grosse part de notre chiffre d'affaires se joue en fin d'année !

 

Le site en chiffres

400 M E de volume d'affaires, dont 100 M E pour la galerie marchande 6 à 8 millions de visiteurs uniques/mois Plus de 2 millions de produits à la vente 2,4 millions de clients Source : RueDuCommerce

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Article extrait
du magazine N° 2243

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