Interview de Jacques-Antoine Granjon, PDG de vente-privee.com : « Cross-canal, mobile-to-store... nous ne sommes qu’au début d’une nouvelle ère »

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INTERVIEW Jacques-Antoine Granjon, PDG de vente-privee.com, lève le voile sur les performances de l’entreprise en 2015 et livre sa vision de l’évolution du retail dans le futur, alors que l’e-marchand étend sa toile en Seine-Saint-Denis avec l’ouverture de bureaux flambant neufs signés Jean-Michel Wilmotte.

Pour Jacques-Antoine Granjon, « vente-privee.com est comme une pochette-surprise et, à ce titre, nous pouvons nous diversifier sans fin ».
Pour Jacques-Antoine Granjon, « vente-privee.com est comme une pochette-surprise et, à ce titre, nous pouvons nous diversifier sans fin ».© © Olivier Roller / Vente Privée

LSA - Quel bilan tirez-vous de l’année 2015 ?

Jacques-Antoine Granjon - Nous prévoyons un volume d’affaires cette année de près de 2?milliards d’euros, contre 1,7?milliard l’an passé, avec une croissance à deux chiffres. Nous avons vendu 90?millions de produits en 2015, et comptons désormais plus de 30?millions de membres. Plus de 50 % de notre chiffre d’affaires proviennent du mobile et désormais 75 % de notre trafic. Et 25 % du chiffre d’affaires de l’entreprise résultent de l’international. Nous avons vendu 44?millions de bouteilles de vin. Un nouveau directeur général, Charles-Hubert de Chaudenay, est arrivé début novembre?2015. Nous croyons beaucoup à la croissance organique en élargissant nos offres à de nouveaux secteurs – au nombre d’une dizaine aujourd’hui –, et nous pensons aussi pouvoir accélérer par de la croissance externe sur certains marchés. Il faut juste ne pas se tromper de cible. Nous préférons afficher une certaine pudeur sur nos résultats. L’année 2015 a été marquée par des événements tragiques. Cela permet de relativiser beaucoup de sujets. Et, contrairement à ce qui a pu être évoqué dans la presse, le digital n’a pas « profité » de ces événements.

LSA - Les retailers traditionnels font une poussée remarquée dans le digital. Qu’en pensez-vous ?

J.-A. G. - Tout d’abord, c’est beaucoup plus facile pour les retailers traditionnels d’ouvrir aujourd’hui un site marchand, qui leur permet de mettre en application des stratégies cross canal, que d’ouvrir des magasins pour les pure players. C’est plus long et plus coûteux. Aujourd’hui, les retailers traditionnels disposent de savoir-faire, de compétences disponibles sur le marché du travail. Il y a dix ans, l’e-commerce était davantage une aventure d’entrepreneurs. Nous sommes dans la convergence désormais. Le cross- canal, le mobile-to-store... nous ne sommes qu’au début d’une nouvelle ère. Le consommateur est devenu le roi, il a le choix. Il peut changer de boutique d’un simple clic. Il peut aller comparer les prix. Il peut critiquer et faire résonner ce qu’il pense sur les réseaux sociaux. Il est libre !

LSA - Faut-il s’attendre à voir vente-privee.com ouvrir des magasins physiques ?

J.-A. G. - Ce n’est pas dans le sens de l’histoire, même si de plus en plus de pure players pensent ou commencent à développer leur propre réseau de boutiques. Mais vente-privee.com n’a aucune raison d’ouvrir des magasins.

LSA - Une success story comme celle de vente-privee.com pourrait-elle encore voir le jour sur le web français ?

J.-A. G. - Oui et heureusement. Le digital va très vite, et les acteurs installés peuvent être balayés rapidement s’ils ne sont pas vigilants. Nous devons sans cesse nous remettre en question, car il y aura toujours un acteur plus jeune, plus agressif ou plus intelligent qui viendra nous chercher sur notre marché. Il y aura toujours des entreprises qui chercheront à perturber des services ou des modèles économiques. Certes, le trafic sur internet, c’est le graal et il est très coûteux. Les consommateurs sauront plébisciter ceux qui innoveront et faciliteront leur vie. Sur le marché spécifique des ventes événementielles, il me paraît peu probable qu’une autre success story comme vente-privee.com puisse voir le jour. En effet, l’industrie du déstockage est assez encombrée, de nombreux concurrents s’activent en France comme à l’étranger. Notre modèle ayant été copié généreusement. Dans le même temps, les marques ont besoin d’écouler de gros volumes sans abîmer leur distribution. Elles iront donc vers les sociétés les plus puissantes qui leur garantissent des taux d’écoulement élevés sans multiplication du nombre de ventes événementielles. L’opération que nous menons actuellement avec Undiz, qui consiste à gérer leurs soldes en ligne sur vente-privee.com, est un grand succès en termes de volumes vendus et de trafic généré.

LSA - Après votre prise de participation majoritaire, en septembre dernier, dans le capital de vente-exclusive.com. Prévoyez-vous d’autres acquisitions ?

J.-A. G. - Seule la vision à long terme de notre aventure m’intéresse. Nous nous projetons dans ce que devrait être l’entreprise dans dix ou quinze ans. Nous mettons en place les investissements humains et industriels nécessaires pour faire vivre notre vision. Notre territoire, c’est l’Europe. En 2015, nous réalisons 25 % de notre chiffre d’affaires à l’international, mais nous n’avons pas encore exploité pleinement toutes les potentialités. Nous avons pris récemment le contrôle de vente-exclusive.com, entreprise profitable et leader de la vente événementielle au Benelux. Elle va réaliser 120?millions d’euros de chiffre d’affaires cette année et recense 5?millions de membres, tandis que vente-privee.com Benelux n’en compte que 600 000. Nous élargissons notre base de membres sur des marchés où nous sommes moins forts, avec la possibilité d’y pousser nos offres et de toucher de nouveaux membres. Le site est profitable et ne repose donc pas sur un modèle qui consisterait à perdre de l’argent pour croître en attendant des jours meilleurs. Ce n’est pas dans ma culture de commerçant. Je me suis planté aux États-Unis. Croyez-moi, j’ai su en tirer les leçons.

LSA - Rue du Commerce avalé par Carrefour, materiel.net racheté par LDLC, Pixmania en redressement judiciaire… La restructuration de l’e-commerce ne fait-elle que commencer ?

J.-A. G. - Nous assistons progressivement à la disparition de nombreux pure players. Spartoo a récemment annoncé qu’il espérait réaliser 20 % de son chiffre d’affaires sur son réseau physique ; et les enseignes, tout comme les grandes marques, sont de plus en plus présentes sur internet. Elles vont muscler leur stratégie cross canal. Amazon va continuer sa course, et les pure players des années 2000, comme Pixmania et Rue du Commerce, disparaissent ou sont avalés. Rue du Commerce va devenir le site marchand de Carrefour. Ne resteront, à mon avis, que les très gros pure players et d’autres, plus petits, bien spécialisés et pratiques pour le consommateur. Ces niches ne sont pas à négliger, car elles recèlent de beaux potentiels si on sait bien les travailler. ???

Propos recueillis par François Deschamps

Les chiffres

  • 2 Mrds d’euros environ de volume d’affaires TTC en 2015
  • 90 M de produits vendus en 2015
  • + de 50% du CA proviennent des mobiles et+ de 75% du trafic
  • 25% du CA réalisés en Europe et 75% en France
  • 30 M de membres
  • 4 M de visiteurs uniques par jour

Source : vente-privee.com

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Article extrait
du magazine N° 2396

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