Interview de Jean-Marc Ascione, directeur international des métiers capillaires de L'Oréal : « Un modèle de recherche en réseau »

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DossierINTERVIEWINTERVIEW Directeur du nouveau centre de recherche capillaire de L'Oréal, Jean-Marc Ascione revient sur le modèle de recherche de son groupe. Premier investisseur en R et D dans le secteur.

LSA - Comment s'articule la recherche au sein de L'Oréal ?

J.-M. A. - Afin d'aboutir aux innovations les plus percutantes, notre recherche s'articule en réseau. Le processus d'innovation ne s'organise pas verticalement entre la R et D d'une part et le marketing de l'autre, avec des demandes ou des découvertes fluctuantes entre les deux. Tout notre espace de R et I [recherche et innovation, NDLR] s'organise en quatre entités, qui forment un maillage global sur le marché. Tout d'abord, la recherche avancée, dont le but est d'accroître la connaissance fondamentale dans les domaines scientifiques : biologie, physique... À ce titre, ils découvrent des molécules et caractérisent leurs propriétés. À partir de cette accumulation de connaissances, vient un deuxième département : la recherche appliquée. Elle a pour vocation de détecter des « pépites », comme certains actifs susceptibles d'intéresser le marché. En associant diverses matières, elle développe des prototypes innovants, un peu comme un diamant brut. Arrive ensuite le développement, qui part de ces prototypes et les façonne. Son rôle est d'en faire des formules. Il travaille alors la galénique, le parfum, la texture, pour en révéler l'efficacité, et la rendre optimale auprès des consommateurs. À tous ces niveaux de recherche, intervient le quatrième département : l'évaluation. Il mesure la performance « brute » du produit, mais également son impact sensoriel et émotionnel. Ce type d'évaluation est fondamental dans la conception d'un produit cosmétique.

 

LSA - De quelle manière ces départements travaillent-ils ?

J.-M. A. - Une idée peut arriver à tout niveau. Nous développons de plus en plus les espaces collaboratifs entre les quatre départements. Notre nouveau centre de recherche capillaire, à Saint-Ouen, en région parisienne, prend largement en compte cet aspect de décloisonnement physique, avec des salles de travail spécifiques pour un mariage intellectuel entre les experts. On regroupe ainsi plusieurs expertises dans une même pièce pour que s'effectuent des transferts d'idées.

 

LSA - Comment relier cette recherche au marché mondial dans lequel vous évoluez et ainsi lancer les innovations adaptées ?

J.-M. A. - Nous bénéficions pour chaque domaine d'un quartier général de recherche, qui regroupe la recherche appliquée, le développement et l'évaluation. Ce centre anime le portefeuille d'innovations du groupe et définit une stratégie. S'ajoutent à cela des pôles régionaux, au plus près des consommateurs. Pour le capillaire, nous en disposons de six. Leur but est d'interpréter la stratégie globale de R et I de L'Oréal, et d'en faire une adaptation locale, la plus pertinente possible. Ils observent les routines de chaque type de consommateur en fonction des zones géographiques, et font remonter ces informations. On peut ainsi faire de la « reverse innovation » où un produit développé pour un marché spécifique se voit transposé et adapté à l'usage d'un autre pays.

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Article extrait
du magazine N° 2222

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